BEAUGÉ André, Alfred, Marie, dit Père André ou André-Hubert

Par André Caudron

Né le 26 juin 1913 au Relecq-Kerhuon (Finistère), mort le 19 septembre 1997 à Six-Fours-les-Plages (Var) ; capucin ouvrier à Nanterre (1946-1953) ; président du conseil communal du Mouvement de la paix (1953) ; délégué CGT au Comité inter-établissements Peugeot ; « homme à tout faire » aux îles Kerguelen (1956-1960) ; biologiste (1961-1978) ; membre du bureau du Collectif pour une Église du Peuple (1980).

Fils d’un officier de marine, André Beaugé, qui eut huit frères et soeurs, fut séduit par la personnalité de saint François d’Assise et entra au noviciat des frères mineurs capucins au Mans en 1933. Après son service dans l’artillerie coloniale à Lorient (1936-1937), il poursuivit ses études jusqu’à la mobilisation et fut ordonné prêtre en hâte le 23 décembre 1939 à Nantes. Promu maréchal des logis, fait prisonnier en juin 1940, il subit cinq ans de captivité à Stablack (Prusse orientale) puis dans la banlieue de Berlin. Il choisit le statut de « prisonnier transformé » pour être proche des jeunes requis du STO, treize mois avant sa libération. Cette époque de sa vie décida de son orientation future : « Après cinq ans de dure captivité en Allemagne nazie, vécus dans la communion fidèle et quotidienne avec un peuple humilié, je n’avais pas cru possible d’engager mon sacerdoce autrement qu’en partageant la vie ouvrière ».
En novembre 1946, il travailla trois semaines comme ouvrier, incognito, à l’usine à gaz de Clichy. Le mois suivant, il s’installait au Petit Nanterre, secteur très déshérité de la banlieue parisienne, peuplé surtout d’immigrés, avec le P. Rogatien (Léon Gahier), qu’allait rejoindre le P. Césaire (Léon Dillaye). Les trois capucins ouvraient en février, dans une petite baraque en bois, une « Mission ouvrière ». Celle-ci, renforcée en 1948 par deux équipes de « missionnaires laïcs », l’une masculine, l’autre féminine, était rattachée au Sacré-Coeur de Colombes qui avait pour curé le P. Georges Michonneau, des Fils de la Charité, l’un des promoteurs d’un renouveau paroissial.
Après un séjour de treize semaines au séminaire de la Mission de France à Lisieux (1947-1948), le P. André - « le costaud, le tribun, toujours à l’affût de rencontres, de débats, d’innovations », selon son compagnon Léon Gahier - devint manœuvre aux ateliers d’aviation de la Folie puis, en 1950, à l’usine Peugeot de La Garenne-Colombes. Élu peu après délégué CGT au comité d’entreprise et au comité inter-établissements, il fit démarrer un chantier de 80 « Castors » Peugeot. Sur le plan local, il militait avec les Amis du Petit Nanterre et dans un « syndicat de quartier » destiné à défendre les habitants auprès des propriétaires et des pouvoirs publics. Il présida le comité du Mouvement de la paix chez Peugeot ainsi que le conseil communal de cette organisation à Nanterre, et fit partie du conseil départemental de la Seine. Au congrès interprovincial de son ordre à Rome, le 12 novembre 1948, il présenta en latin un rapport qui eut un vif succès sur l’expérience des capucins de Nanterre.
Mais sa participation au Mouvement de la paix déplut à ses supérieurs : l’ordre qu’il reçut de quitter Nanterre en 1953 se cumula bientôt avec l’interdiction romaine du travail des prêtres en usine. Respectant la règle de l’obéissance, il vécut quelques mois en paroisse, à Saint-Pierre de Calais, puis travailla une année durant, selon les normes imposées par le pape, dans une vingtaine d’entreprises de moins de vingt salariés, et sans engagement syndical (1954-1955). Ces tentatives lui furent insupportables ; il finit par s’enfermer au couvent de Blois d’où il gagna les îles Kerguelen, en tant que travailleur manuel et aumônier (1956-1960). Sur ces terres désolées de l’Antarctique, il fut tour à tour cuisinier, maçon, menuisier, entre autres, et construisit une chapelle consacrée à Notre-Dame du Vent. Il y prit goût à la botanique.
De retour en France, devenu technicien du CNRS à Paris, il entra au Muséum d’histoire naturelle et s’adonna à la biologie. En 1965, il soutint ses thèses pour le doctorat ès sciences de l’Université de Paris. Il partit alors au Canada où le ministère fédéral des Pêches lui confia une mission à Terre-Neuve. Il fonda ensuite, au Nouveau-Brunswick, l’Association des pêcheurs professionnels acadiens, dotée d’une organisation coopérative (1967).
Entré au laboratoire de palynologie du centre scientifique Saint-Jérôme, à l’Université de Marseille, en avril 1968, il y resta jusqu’à la retraite, dix ans plus tard, et se fit, dans ses démarches et ses articles, le défenseur acharné de la forêt méditerranéenne. Ayant rompu avec l’Église institutionnelle, il s’était séparé de l’ordre des capucins en 1974. Marié l’année suivante avec Jacqueline La Palme, enseignante québécoise, elle-même sortie d’une congrégation de religieuses, il siégea au bureau du Collectif pour une Église du Peuple (1980) et collabora à la revue Cultures et Foi (1988-1990). Dans une « Lettre aux amis du PCF », il écrivait en 1977 : « Je n’appartiens pas au Parti ni à quelque autre formation politique. Je suis syndicaliste CGT et j’appartiens en tant qu’ancien prisonnier de guerre à l’ARAC. J’ai toujours voté communiste ». Il eut des funérailles civiles mais son cercueil fut exposé dans la chapelle du manoir familial.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16027, notice BEAUGÉ André, Alfred, Marie, dit Père André ou André-Hubert par André Caudron, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 20 octobre 2008.

Par André Caudron

ŒUVRE : Chenopodium Album et espèces affines, SEDES, Paris, 1974, 447 p. — L’Évangile oublié ou les suites du dualisme de Platon, L’Harmattan, Paris, 1997, 146 p.

SOURCES : Fonds André Beaugé contenant des travaux inédits et une correspondance abondante, CAMT, Roubaix, 1 998 003. — Archives OFM Capucins, Paris, Mission ouvrière 1 LA 58. — Mission de France, CAMT Roubaix 1995003, 5K1-1 16, 5K1-1 bis 89. — Léon Gahier, En mémoire de l’avenir. Des capucins prêtres-ouvriers, Nanterre 1946. Tours 1949, Tours, 1998. — André Patris, « Ma mère est une princesse lointaine » ou la vie et l’œuvre d’André BEAUGÉ, capucin, prisonnier de guerre, prêtre-ouvrier et biologiste, manuscrit dactylographié.

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