BEAUFILS Michel

Par Gérard Boëldieu

Né le 17 juin 1913 à Connerré (Sarthe), mort en novembre 1993 à Connerré ; imprimeur dans sa ville natale ; socialiste indépendant ; résistant ; maire de Conneré de 1945 à 1989 ; conseiller général du canton de Montfort-le-Rotrou de 1961 à 1985.

Michel Beaufils a toujours résidé à Connerré, sa commune natale, dans le canton de Montfort-le-Rotrou (Sarthe) où il reprit l’imprimerie paternelle qu’il dirigea jusqu’à sa retraite, à la fin des années 1970. Lorsqu’il fut mobilisé en 1939 il était marié et père d’un petit garçon. À la fin de juin et au début de juillet 1940, il accompagna, comme chauffeur, des militaires allemands d’une commission d’armistice entreprenant une tournée des camps du sud de la France hébergeant certains de leurs compatriotes qui avaient fui le régime nazi du sud et sud-est de la France, afin de les convaincre de rejoindre leur pays. Démobilisé à Cusset, il franchit la ligne de démarcation à Moulins et regagna Connerré, en zone occupée, où il reprit ses activités d’imprimeur.
Douloureusement marqué par son contact avec des occupants, Michel Beaufils devint un résistant de la première heure. Avec des amis de Connerré et des environs, dont un beau-frère instituteur public, il mena dans un premier temps, de la fin 1940 à 1943, des actions qu’il dénomma, dans Témoignage d’un silencieux, de « résistance civile » : écoute de la BBC, inscriptions à peinture sur murs et chaussées de V de la victoire, accrochage d’un drapeau tricolore confectionné avec des moyens du bord au clocher de l’église de Connerré le 14 juillet 1941. En tant qu’imprimeur il fut sollicité pour falsifier divers papiers. Il échappa au STO par suite de l’intervention, à sa demande, d’un de ses amis haut placé qui réussit à convaincre les autorités de Vichy d’en exempter les artisans et commerçants (avril 1943). À ce moment, Michel Beaufils était, depuis un mois, engagé dans la résistance armée aux côtés de combattants de l’ombre de La Ferté-Bernard liés au mouvement « Résistance ». Lors d’une réunion au Mans à laquelle il participa, les dirigeants de ce mouvement décidèrent la parution d’un journal clandestin régional, La Flamme, qui devait être imprimé par lui à Connerré. Du 15 août 1943 et le 15 mars 1944, six numéros, tirés chacun entre 5 et 8 000 exemplaires, ensuite diffusés dans le grand ouest et le centre (sauf à Connerré et ses alentours, pour raison de sécurité) sortirent de l’atelier de Beaufils. Un numéro de Résistance et un de Lorraine, deux autres journaux du mouvement « Résistance », furent composés à Connerré puis imprimés à Paris. Beaufils rédigea des articles dans La Flamme et dans Résistance. Peu avant et pendant le débarquement de Normandie, le groupe armé de La Ferté-Bernard-Connerré réalisa des sabotages sur la route nationale et la voie ferrée entre Le Theil et Saint-Mars-la-Brière, cacha des armes réceptionnées par parachutages, coupa des lignes téléphoniques. Tous ces faits valurent à Michel Beaufils la médaille de la Résistance.
Aux élections municipales de 1945, candidat à Connerré sur une liste d’« Entente républicaine » avec l’étiquette « Résistant et SFIO », Michel Beaufils fut élu et devint aussitôt maire. La préfecture précise qu’il « suit les directives du CNR ». Maire sans discontinuer pendant 44 ans, Beaufils accomplit 8 mandats sous diverses étiquettes : « SFIO-Socialiste indépendant » en 1947, « Radical-Socialiste-Résistant-indépendant-SFIO » en 1953. Au renouvellement de 1989, bien que réélu conseiller municipal dès le premier tour, il dut céder le poste de maire, l’opposition locale ayant progressé au second tour au point de devenir majoritaire. Beaufils fut secrétaire de l’amicale des maires et adjoints de la Sarthe.
Son nom figure parmi les 47 signataires, dont 11 maires, du Mémoire sur la guerre d’Algérie et la détente internationale rédigé, à la fin de 1956, en vue du lancement d’un Comité sarthois pour la négociation en Algérie et la détente internationale sous l’égide du Mouvement de la paix. Renia-t-il cette initiative ? Il n’est en effet plus question de lui lors des manifestations ultérieures de ce comité.
En octobre 1961, Michel Beaufils se présenta pour la première fois à une élection cantonale et ceci dans son propre canton. Il s’agissait alors de pourvoir au remplacement de Paul Gouyet, maire de Montfort-le-Rotrou, élu conseiller général au mois de juin précédent, dont l’élection avait été invalidée pour incompatibilité entre cette fonction élective et sa profession de receveur-buraliste. Avec l’étiquette « Républicain socialiste de défense des intérêts communaux » (formule qu’il reprit ensuite parce qu’elle lui permettait, disait-il, de se situer à gauche tout en n’appartenant à aucun parti), Beaufils fut élu au second tour, devançant, dans l’ordre, un gaulliste et un communiste. Il siégea au conseil général pendant vingt-quatre ans : réélu en 1967, avec le soutien de la FGDS, au second tour ; réélu en 1979, avec le soutien du PS dès le premier tour, ; réélu en 1979 au second tour, pour un dernier mandat. Fidèle à sa parole, il se retira en1985. À l’assemblée départementale, cet ami des arts et des lettres, peintre amateur, siégea à la commission de l’Éducation nationale et des affaires culturelles. Il fut porté au secrétariat du bureau du Conseil général de 1967 à 1976, tant sous une majorité de gauche que sous la droite. Premier vice-président durant la présidence du socialiste indépendant Fernand Poignant, de 1976 à 1979, il fut secrétaire de la commission départementale pendant son dernier mandat.
Bien qu’opposé en 1962, à l’élection du président de la République au suffrage universel, Michel Beaufils fut en mai 1965 au nombre des élus sarthois qui accueillirent le général de Gaulle lors de son voyage dans la Mayenne et la Sarthe. Après des paroles de bienvenue à Connerré, sur le trajet du cortège, il participa à la réception officielle à la préfecture.
Michel Beaufils était père de deux garçons. Outre la médaille de la Résistance, il avait reçu la croix de guerre 39-45. Officier des palmes académiques, chevalier dans l’ordre du Mérite national, il fut fait chevalier de la Légion d’honneur en 1981.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16024, notice BEAUFILS Michel par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 26 juillet 2018.

Par Gérard Boëldieu

ŒUVRE : Témoignage d’un silencieux. Petite tranche locale de la Grande Histoire de la Résistance Française, 1940-1944 (paru en 1985).

SOURCE : Presse locale. — Arch. Dép. Sarthe, dossiers électoraux ; procès-verbaux des délibérations du conseil général. — SHD GR 16 16 P 41326. - Annuaire des personnalités de la Sarthe (année 1985). - Paul Chauvet. La Résistance chez les fils de Gutenberg dans la Deuxième Guerre mondiale. Paris : à compte d’autreur, 1979, p. 370.

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