POIGNANT Fernand, Paul, Alexandre

Par Gérard Boëldieu

Né le 24 février 1908 à Lavardin (Sarthe), mort le 20 décembre 1988 à Saint-Calais (Sarthe) ; instituteur puis professeur de cours complémentaire à Saint-Calais ; militant socialiste SFIO jusqu’en 1958 puis socialiste indépendant ; résistant ; maire de Saint-Calais de 1944 à 1983 ; conseiller général du canton de Saint-Calais de 1945 à 1983 ; président du conseil général de la Sarthe de 1976 à 1979 ; conseiller régional des Pays de la Loire de 1976 à 1985 ; député de 1958 à 1962 ; sénateur de 1968 à 1977.

En 1908, les parents de Fernand Poignant — Fernand Alexandre Poignant, né en 1882 à Aigné (Sarthe), fils d’un propriétaire-cultivateur, et Claire Guittet, née en 1888 à Lavardin, fille d’un boucher — étaient épiciers à Lavardin, petite commune rurale (moins de 500 habitants), à une dizaine de kilomètres du Mans, vers le nord-ouest. Après la Grande Guerre, outre l’épicerie, ils y tinrent un café-hôtel. En 1929 ils habitaient Essay (Orne) où ils cultivèrent une dizaine d’hectares. Ils élevèrent quatre garçons et trois filles — Fernand étant l’aîné — qui furent baptisés. Dans son enfance, ce dernier, après une chute sur une cloche à melon, eut les cinq doigts de la main droite amputés de leurs tendons. Déclaré inapte au travail manuel, encouragé par son instituteur, il entra comme élève boursier à l’école primaire supérieure de Loué où il prépara le concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs du Mans qu’il réussit en 1924. À sa sortie de l’ENI, en 1927, titulaire du brevet supérieur, Poignant fut nommé instituteur-stagiaire à l’école primaire de garçons de Saint-Calais, chef-lieu de canton (ancien chef-lieu d’arrondissement) dans le sud-est de la Sarthe. Après un an de service militaire (1928-1929), il y retourna en tant qu’instituteur exerçant au cours complémentaire. Le 3 août 1929, au Mans, il épousa Madeleine Leballeur, née en 1909, institutrice (mariage civil et religieux). Le couple eut deux enfants (garçon et fille). Par arrêté rectoral du 11 janvier 1939, Poignant fut pérennisé comme professeur de cours complémentaire pour enseigner le français. Il exerça au cours complémentaire de garçons de Saint-Calais jusqu’à son détachement, une fois devenu député, en 1958. L’honorariat lui fut accordé en 1962. Institutrice à Saint-Calais à partir de 1929, son épouse intégra le cours complémentaire de filles de cette ville en 1949.

Dans les années 1930, Poignant adhéra à la SFIO. Il devint très vite secrétaire de la section socialiste de Saint-Calais. Secrétaire du comité local de Front populaire, à la mi-novembre 1936, par voie de presse, il lança un appel “à tous les Républicains sincères du département (radicaux, socialistes, communistes) pour qu’ils viennent nombreux au grand banquet sous les halles le dimanche 29 novembre à 13 heures” au cours duquel Jean Zay, ministre de l’Éducation nationale, devait prononcer un discours, appel assorti d’une invitation spéciale aux instituteurs et institutrices. En décembre 1937 il présidait le comité d’Auberges de la jeunesse de Saint-Calais.

Militant syndicaliste dans le même temps, au sein de la section sarthoise du Syndicat national des instituteurs, Poignant remplit les fonctions de délégué cantonal.

Mobilisé en septembre 1939, Poignant servit en qualité de sergent infirmier à la quatrième section des infirmiers militaires. Au milieu d’août 1940. il rentra à Saint-Calais.

Poignant n’accepta pas, selon ses termes, “la capitulation de la France”. Il s’en ouvrit à René Lebrun, socialiste, son ancien professeur à l’ENI et ancien maire socialiste du Mans (décembre 1936-janvier 1938). À la mort de celui-ci (8 juillet 1943), il contacta Henri Lefeuvre, ancien instituteur, également socialiste, maire du Mans révoqué par Vichy en 1941, qui lui fit adresser de Paris le journal clandestin Libération. Après être entré en rapport avec le chef des groupes de Résistance de son secteur géographique (le chef de la brigade de gendarmerie de La Chartre dénommé “Léonard” dans la clandestinité), Poignant fonda en 1943 le Groupe de Résistance du canton de Saint-Calais.

À la Libération, après août-septembre 1944, Poignant fut nommé deuxième adjoint puis maire de Saint-Calais. Il succéda à Voltaire Jardin, maire réintégré de Bessé-sur-Braye, à la présidence du Comité cantonal de libération (CCL). Délégué de la Sarthe aux côtés, entre autres, d’Henri Ledru, il assista aux États-Généraux de la Renaissance française, à Paris en juillet 1945. En octobre 1945 son nom figura, en cinquième et dernière position, sur la liste des candidats socialistes à la première Assemblée nationale constituante, conduite par Christian Pineau et en juin 1946 pour la deuxième Assemblée constituante.

Confirmé comme maire de Saint-Calais aux élections municipales d’avril-mai 1945, à une forte majorité (1 267 voix sur 1 793 votants et 1 762 exprimés), Poignant le fut ensuite continûment jusqu’à sa mort en 1988. De 1946 à 1977 il présida l’association des maires et adjoints de la Sarthe. À ce titre, il fut membre du comité des maires de France.

De 1945 à 1985 il siégea au Conseil général de la Sarthe, élu cinq fois dès le premier tour, deux fois au second, en 1967 et 1979. Au sein du conseil, à deux reprises, en 1945 et en 1964, il présida la commission départementale. Troisième vice-président en 1951 et 1955, deuxième en 1967 sous une majorité de centre- gauche, premier en 1970 et 1973 sous une majorité de droite, en 1976, dans un contexte de poussée de la gauche, Poignant accéda à la présidence, élu par 19 conseillers (4 communistes, 4 socialistes, 9 socialistes indépendants, 2 divers gauche) contre 18 au sortant, Michel d’Aillières (UDF). En 1979, d’Aillières retrouva son siège de président. De 1976 à 1985, une majorité de conseillers généraux sarthois désignèrent Poignant pour siéger au Conseil régional des Pays de la Loire.

Sous la IVe République, Poignant, qui présida la fédération départementale des élus socialistes de la Sarthe créée en septembre 1947, figura, le plus souvent en position de non-éligible, sur la liste des candidats socialistes de la Sarthe présentée chaque élection législative entre 1946 et 1956. De même à l’élection sénatoriale de mai 1952.

En 1958, après le retour du général de Gaulle au pouvoir, la majorité de la fédération sarthoise de la SFIO, derrière Christian Pineau, un de ses responsables, député et ancien ministre, prôna le “non” au referendum du 28 septembre sur la nouvelle constitution. Partisan des nouvelles institutions donc favorable au “oui”, Poignant appartint à la minorité. À la surprise générale, avant l’élection législative des 23-30 novembre, le 10 octobre, alors qu’un congrés fédéral décidait la candidature de Christian Pineau dans la deuxième circonscription (Le Mans-Saint-Calais) réputée la plus à gauche, avec Poignant comme suppléant éventuel, ce dernier fit acte de candidature dans cette circonscription, la sienne, contraignant ainsi Pineau à se présenter dans une autre (la quatrième, Le Mans-Sablé, où il fut largement battu par le gaulliste Joël Le Theule). Avec l’étiquette “socialiste indépendant”, Poignant recueillit 9 549 voix au premier tour ; dans la triangulaire du second tour, avec 9 937 suffrages, il l’emporta, devançant le gaulliste André Gaubert et le communiste Robert Manceau — ce dernier député sortant, élu depuis 1946. La commission nationale des conflits de la SFIO, devant laquelle Poignant fut déféré le 29 janvier 1959, considéra qu’en raison des conditions de son élection il s’était de lui-même exclu du parti. Sa demande d’adhésion au groupe parlementaire socialiste fut refusée mais l’apparentement accepté.

Entre 1959 et 1962, Poignant s’éloigna du général de Gaulle dont il dénonça “le pouvoir personnel” : il réclama la suppression des articles 16 et 49 de la constitution. En 1962 il rejoignit “le cartel des non” opposé à l’élection du président de la République au suffrage universel. À nouveau candidat “socialiste indépendant” dans la deuxième circonscription de la Sarthe en novembre 1962, à l’issue d’une triangulaire au second tour, avec 9 937 voix sur 58 702 inscrits, Poignant fut devancé par le gaulliste René Hilleret, lui-même précédé par le communiste Robert Manceau qui retrouva donc son siège de député.

En 1966 Poignant, rejoignit la Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste (FGDS) dont il fut exclu l’année suivante pour s’être présenté à l’élection législative de 1967 avec pour suppléant éventuel un adjoint de Jacques Maury, maire centriste du Mans. Le socialiste Robert Collet se présenta contre lui. Dans sa profession de foi, Poignant reconnaissait ne pas avoir l’investiture de la FGDS, pensait que sa circonscription n’était ni communiste ni ralliée à L’UNR, se référait à Gaston Defferre qui prônait l’avènement d’un grand parti travailliste pour une société de citoyens libres, pour une Europe unie et forte, pour la stabilité gouvernementale avec un gouvernement de législature. Arrivé en troisième position sur quatre candidats, avec 7 670 voix sur 61 351 inscrits, Poignant se retira purement et simplement.

Non candidat lors des élections législatives des 23-30 juin 1968, Poignant se présenta en candidat isolé à l’élection sénatoriale du 22 septembre suivant. Au second tour, ayant constitué une liste avec Christian Pineau et Max Boyer, il en fut le seul élu ayant rassemblé 830 voix sur son nom. Après avoir considéré comme illégal le referendum d’avril 1969, à l’élection présidentielle qui suivit la démission de de Gaulle, Poignant soutint Alain Poher. Inscrit au groupe socialiste au Sénat, en fin de mandat il siégeait à la commission des affaires culturelles. Il fut battu au renouvellement d’octobre 1977. Tirant des leçons de cet échec, il démissionna de la présidence de l’association des maires et adjoints de la Sarthe.

Vers la fin de sa carrière politique, Poignant se définissait volontiers comme “un social-démocrate tempéré, ouvert”. Soucieux d’asssurer à la population des soins de proximité, une de ses fiertés fut d’avoir doté Saint-Calais d’un hôpital et d’une maternité moderne. À partir de 1956, et pendant plus de 10 ans, il présida l’Union hospitalière du Nord-Ouest (19 départements en 1966).

Chevalier de la Légion d’honneur, officier des Palmes académiques, médaillé de la Résistance, Fernand Poignant fut inhumé civilement au cimetière de Saint-Calais le 23 décembre 1988. Une rue de cette ville ainsi qu’une rue de Lavardin portent son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article160233, notice POIGNANT Fernand, Paul, Alexandre par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 25 juin 2014, dernière modification le 19 septembre 2017.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : Arch. Nat., F1a3213. — Arch. Dép. de la Sarthe : listes nominatives de Lavardin de 1906 à 1936 ; dossiers 1134 W 533 : élection du 21 octobre 1945 (avec notice individuelle) et 1134 W 534 : élection du 2 juin 1946 (id.). — Archives de l’OURS, fédération de la Sarthe. — Fondation Jean-Jaurès 13EF72. — Arch. de la mairie de Lavardin. — Arch. du diocèse du Mans. —Bulletin départemental de l’enseignement primaire. — Procès verbaux des séances du Conseil général de la Sarthe. — Presse locale : La République Sociale (organe de la fédération sarthoise de la SFIO) ; Ouest-France ; Le Maine Libre ; La Nouvelle République. — Notices biographiques parues dans La République Sociale du 30 septembre 1945 ; dans Le Sarthois du 7 mai 1952 ; dans Ouest-France et ’Le Maine Libre du 21 décembre 1988. — Michel Rosier, Vie politique et sociale de la Sarthe sous la IVe République (1944-1958), L’Harmattan, 2012, 543 p. — Sites Internet de l’Assemblée nationale et du Sénat. — Notes de Jacques Girault et de Gilles Morin.

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