Né le 28 août 1945 à Zoula en Haute-Volta (Burkina-Faso depuis 1984) ; professeur de droit administratif ; fondateur du Parti pour la renaissance nationale (Paren) ; député de 2002 à 2012 et candidat aux élections présidentielles burkinabé en 2005.

Laurent Kilachu Bado est considéré comme intellectuel, homme politique et, à certaines occasions humoriste. C’est cette combinaison de profils qui lui a donné son important auditoire. Ses discours sont diffusés et rediffusés, notamment par les jeunes Burkinabé, via leurs téléphones mobiles. Ses prises de parole depuis 1987, tout aussi contestataires qu’elles soient, sont représentatives d’une opposition peu contraignante pour le président Blaise Compaoré. Au contraire, ce dernier a su utiliser ses détracteurs pour servir sa légitimité. Le profil de l’opposant Bado est représentatif de l’ère Compaoré.
Né dans une famille pieuse et ayant un père catéchiste, il suit une éducation scolaire catholique jusqu’à ce qu’il obtienne son Baccalauréat. En 1952, il entre à l’école primaire catholique de Réo, une petite ville proche de Zoula (province de Sanguié, à l’Ouest de Ouagadougou, la capitale du Burkina-Faso). Il y obtient son Certificat d’étude primaire. En 1958, il commence le petit séminaire de Koudougou, d’où il sort en 1964 après avoir obtenu son Brevet d’Etude du premier cycle. Il poursuit ensuite sa scolarité au petit séminaire de Pabré et obtient un baccalauréat en philosophie en 1967. Il quitte le Burkina-Faso pour commencer une licence à la Faculté de droit et de sciences économiques de l’Université d’Abidjan qu’il termine en France à la Faculté de droit et de sciences sociales et politiques de Bordeaux I. Il passe un an à Bordeaux, de 1970 à 1971 et poursuit son séjour étudiant en France à l’Institut international d’administration publique de Paris. Il rentre au Burkina-Faso en janvier 1973 alors qu’il a 28 ans. Il est alors amené à suivre de près l’actualité politique de son pays. Il occupe plusieurs postes de la fonction publique : de 1973 à 1974 il est administrateur civil stagiaire au Ministère du Travail et de la Fonction Publique ; de 1974 à 1975 il est directeur du recouvrement et du contrôle des risques à la Banque nationale de développement, puis conseiller technique du Ministre du travail et de la fonction publique et directeur de la fonction publique ; de 1978 à 1979 il est à nouveau conseiller technique de ce même ministère ; puis il en change pour devenir conseiller du Ministre chargé des relations avec le Parlement.
En 1980, il est nommé directeur de l’Ecole Nationale d’Administration (ENA) et restera à cette place jusqu’en 1983. Il obtient un Diplôme d’Etat Approfondi de droit public fondamental puis, un doctorat d’Etat en droit public (1981). Cette période (de 1980 à 1983) est marquée par une vie politique particulièrement agitée en Haute-Volta (quatre présidents se succèdent : Lamizana, Zerbo, Ouedraogo et Sankara). Laurent Bado entre ensuite à l’Ecole supérieure de Droit de Ouagadougou comme assistant (1984), maître-assistant (1986) et enfin professeur de droit administratif. Son parcours dans l’enseignement supérieur ne l’empêche pas de conserver des fonctions publiques jusqu’en 1992, c’est à dire 5 ans après l’accession de Blaise Compaoré au pouvoir par un coup d’Etat et suite à l’assassinat de Thomas Sankara (1987). La femme de Laurent Bado, Marie-Blanche, née Ouando à Réo (à côté du village natal de son mari), a elle aussi un parcours dans la fonction publique.
Par la suite, c’est lors de ses cours que Bado se fera tout particulièrement remarquer. Il est l’un des professeurs de l’université de Ouagadougou qui remplit le plus les amphithéâtres. Si les élèves se pressent pour écouter ses cours, ce n’est pas seulement pour la qualité de son enseignement mais aussi pour son franc-parler et ses prises de position critiques sur la présidence de Blaise Compaoré. Des cours où il exprime, de façon simple, humoristique et souvent provocatrice son avis sur la manière dont devrait être mené le Burkina-Faso.
En 2000, il entre dans le milieu politique Burkinabé en créant un parti d’opposition : le Parti de la Renaissance Nationale (Paren). Lors des élections législatives qui suivent, en 2002, le Paren obtient quatre sièges à l’Assemblée nationale. Mais rapidement des désaccords entre le député Bado et les membres de son groupe parlementaire entraînent le retrait de plusieurs adhérents du Paren. Bado se retrouve alors seul représentant de son parti à l’Assemblée. En 2005, pour les élections présidentielles, afin de se donner plus de chance, le Paren s’allie avec le Mouvement du Peuple pour le Socialisme - Parti Socialiste (MPS-PS) d’Emile Paré. Les deux partis créent alors l’Opposition Burkinabé Unie (OBU). Mais avant même que la campagne électorale ne commence, des tensions se produisent entre les deux branches du nouveau parti. Laurent Bado avoue avoir reçu une "aide" de 30 millions de FCFA de la part de Blaise Compaoré et déclare que son allié Emile Paré a également reçu cette somme. Cette "aide" crée un scandale et contribue à scinder l’alliance. C’est donc séparément que les deux candidats se présentent. Laurent Bado arrive en troisième position (derrière Blaise Compaoré et Bénéwendé Stanislas Sankara) avec 53 743 voix soit 2,60% des suffrages, tandis qu’Emile Paré arrive en 10ème position (sur 13 candidats) et obtient 17 998 voix, soit 0,87% des suffrages. C’est dans la ville de Koudougou, proche de son village natal que Laurent Bado obtient son meilleur score, 9,40% des voix, et arrive en seconde position derrière le président sortant. Le candidat Bado avait donné un meeting dans cette ville à l’occasion de sa campagne en novembre 2005, seulement quelques jours après celui de son indétrônable adversaire. Alors que Compaoré avait rempli le stade de la ville, était arrivé en hélicoptère et avait annoncé de nombreux et généreux investissements pour la ville, Laurent Bado n’avait regroupé qu’une centaine de personnes dont la majorité étaient des étudiants venus pour passer un bon moment et s’amuser à écouter « le fou qui dit la vérité ». S’il s’est présenté aux élections, il dit néanmoins ne pas vouloir le pouvoir. Il explique qu’un tel vœu est pour lui impossible au Burkina-Faso car d’une part, il n’est pas de l’ethnie majoritaire (Mossi) et d’autre part, il n’en a pas les moyens. Il dit préférer « éveiller les consciences ». C’est ce qu’il s’attache à faire avec ses tirades humoristiques.
L’un des ressorts de cet humour repose sur sa vision critique de l’Occident. Il revient régulièrement sur l’ « impolitesse » et l’indifférence des citadins, leurs rapports sociaux « sans chaleur » ; il critique vivement le traitement laxiste envers les anciens. Néanmoins, il dit avoir apprécié certaines personnes en France : « les paysans de La Creuse », qui lui auraient fait penser aux paysans de son village. Il prône ainsi un retour à la ruralité et aux traditions. Parmi ses déclarations les plus provocatrices, il défend notamment la dot, la polygamie, l’excision ou encore l’exclusion de la propriété foncière pour les femmes. Il défend le monde rural et fustige une vie citadine où se concentreraient tous les maux de la société, que ce soit en France ou en Afrique.
Laurent Bado illustre une « conscience d’opposition » populaire, notamment du fait de sa critique de l’Occident ; mais il est aussi considéré comme peu crédible en raison d’un excès de légèreté et, d’une soumission à un gouvernement qu’il est difficile de critiquer frontalement si l’on souhaite continuer à prendre la parole.

OEUVRES : Journal d’un vacancier, Brochure de poche, Ouagadougou (2013)
SOURCES : LOADA Augustin, « L’élection présidentielle du 13 novembre 2005 : un plébiscite par défaut » in Le Burkina-Faso. L’alternance impossible, Politique africaine n°101 (mars-avril 2006) ;. HILGERS Mathieu, « Voter à Koudougou : la soumission d’une ville rebelle ? » in Le Burkina-Faso. L’alternance impossible, Politique africaine n°101 (mars-avril 2006 ;
Emissions « On est où là ? » de RFI diffusées les 30 mai et 6 juin 2005 ; Entretien avec Larba Yarga, le 23 janvier 2014 à Ouagadougou ;. Entretien avec Laurent Bado, le 26 janvier 2014 à Bobo-Dioulasso ;. Articles parus dans l’observateur Paalaga/I> et sur www.lefaso.net

Elise Beurel

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