BEAUFILS Georges, Louis, Guy. Pseudonymes : MARCEAU, JOSEPH, LATOUR, Colonel DRUMONT

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

Né le 21 janvier 1913 à Cognac (Charente) ; ouvrier électricien ; militant communiste ; un des responsables de la commission des cadres dirigée par Maurice Tréand.

Fils d’une lingère, Georges Beaufils fut légitimé par le mariage de Jeanne Fougère et Georges Beaufils le 23 mai 1914. Son père travailla à Rochefort puis à Royan comme chauffeur puis comme conducteur de locomotives (mécanicien) ; il était membre de la CGTU et du Parti communiste avec des tendances « anarcho-syndicalistes » disait son fils (autobiographie du 27 janvier 1938). Sa mère fut serveuse dans un hôtel. Il fut reçu premier du canton au certificat d’études primaires et fit ensuite une année au cours complémentaire.

Il devint apprenti dans un atelier d’électricité automobile à treize ans et demi et apprit à installer des alternateurs et des pompes immergées. Employé aux Chantiers de l’Atlantique, il s’initia au dessin industriel et suivit par correspondance des cours de mathématiques et d’électricité. En 1931, il vint à Paris pour se perfectionner dans les moteurs industriels, mais il retournait chaque semaine à Royan où habitait Marthe Chapron, fille d’un cheminot, qu’il épousa le 20 juin 1931 (il se maria de nouveau le 28 décembre 1974). Ils s’installèrent à Arcueil (Seine, Val-de-Marne). Après avoir suivi les cours de préparation militaire, il fit son service à Limoges, suivit le peloton des élèves gradés et sortit sous-officier avec un brevet de chef de section. À son retour, il devint chef d’atelier et habita rue Riquet dans le XIXe arr.

Georges Beaufils adhéra au Parti communiste en 1935 et fut affecté à la cellule 1973 de son arrondissement. Il fut successivement secrétaire de cellule, membre de la commission de contrôle de la section, délégué de secteur et membre du bureau de la section. Délégué régulièrement aux conférences de sa section, il le fut également en 1938 à la conférence régionale. Il suivit des écoles de cadres de section et, en 1937, une école régionale du soir. Chargé par le Parti communiste de diriger le Comité local de propagande et d’action syndicaliste, il représenta la CGT au comité de Front populaire du XIXe arr. Il était aussi membre de la commission exécutive locale des Amis de l’Union soviétique, de Radio-Liberté et du comité local du RUP. En 1938, il devint collaborateur de la commission des cadres dirigée par Maurice Tréand, secondé par Arthur Dallidet et qui comprenait Edmond Foeglin* et Mounette Dutilleul. Il était chargé du recueil des autobiographies, de leur premier dépouillement et, dans une autre étape du transport dans des valises au double fond (il en ignorait le contenu) des documents au Komintern. Il pouvait également recevoir des cadres et permanents du parti pour leur indiquer leur affectation, coome ce fut le cas pour Cécile Tanguy en mai 1939 (Roger Bourderon, Rol-Tanguy, Tallandier, 2004, p. 133).

À la fin août 1939, après le Pacte germano-soviétique, Beaufils et Arthur Dallidet furent envoyés à Moscou pour s’informer sur la nouvelle politique soviétique. Logé à l’hôtel Lux, Beaufils s’entretint à Julien Airoldi et un Soviétique, Zorkine (écrit aussi Sorkine Grigori Zakharovitch Sorkine, 1897-1987 ou 1899-1967 ? , économiste et analyste politique, un dirigeant de la Tchéka/Guépéou jusqu’en 1929, puis du NKVD, employé au Komintern entre 1936 et 1943), homme clé du contrôle du Komintern par l’Etat soviétique.) Alors que Dallidet rentrait à Paris, Beaufils alla visiter Stalingrad où il apprit la déclaration de guerre. Il revint en France, via la Suède, la Norvège et l’Angleterre, après plus de trois semaines de voyage. Au bureau de recrutement de La Rochelle, où il annonça qu’il arrivait d’URSS, puis à Bordeaux le 27 septembre 1939, il fut nommé chef de section d’élèves gradés. Il rejoignit son unité dans l’Aube puis à Vitry-le-François où il participa aux combats et fut fait prisonnier le 10 juin 1940 puis envoyé à Laon. Il s’évada alors qu’il était employé à réparer les lignes électriques, revint à Paris où son appartement était vide, puis au Mans chez ses parents. Il retrouva sa femme et ses deux filles à Montreuil-Bellay à la fin octobre 1940. Toute la famille regagna Paris au début novembre. Georges Beaufils emmenait avec lui « les petits carnets » codés portant les noms, adresses et qualification des cadres, établis par Tréand et Arthur Dallidet, carnets que sa femme Marthe et la sœur de celle-ci Jeanine avaient emmenés dans leur exode. À peine arrivé à son domicile, il vit apparaître Arthur Dallidet qui fut ravi, de la bonne nouvelle de l’arrivée des petits carnets qui allaient servir à la réorganisation du Parti. Il semble cependant que d’autres carnets aient été cachés dans d’autres lieux par les soins de Foeglin et de Guéhenneux.

Beaufils (appelé alors Marceau) rencontra Maurice Gunsbourg* (dit Élie) et ils eurent la tâche de regrouper les camarades ayant des connaissances militaires. Il acheta un atelier d’électricité automobile comme couverture légale et en « bon patron » fit marcher l’entreprise tout en assurant avec sa femme et ses filles des liaisons politiques et en participant à la fabrication d’engins incendiaires mis au point par Georges Beyer à la demande de Jean Jérôme. Il fut mis au courant de l’arrestation de Gabriel Péri* (18 mai 1941) par une visite d’Armand - qui avait fourni à la police l’adresse de la planque de Péri - (Edmond Foeglin) entre le 20 et le 22 mai, dans un appartement loué près de la Porte d’Orléans pour y accueillir Jacques Duclos et son épouse. Armand avoua sa responsabilité dans l’arrestation du chef de la rubrique internationale de l’Humanité. Beaufils affirme s’être étonné de la libération d’un responsable de la liaison entre dirigeants communistes. Ils convinrent d’un autre rendez-vous où, sur l’ordre d’Arthur Dallidet, il fut demandé à Foeglin de se mettre « au vert « . Ils se rencontrèrent encore quelques mois plus tard.

Le rôle essentiel de Georges Beaufils fut d’être en contact avec « les hommes de Londres « , tâche dont il fut chargé par Jean Jérôme* au début de l’automne 1941. Sous le pseudonyme de Joseph, il rencontra des résistants comme Philippe Vianney et le colonel Rémy pour négocier d’abord un accord sur la transmission à Londres de renseignements sur les troupes allemandes venant de l’État major des FTPF qui avaient été organisés par Charles Tillon, puis sur une aide financière au comité militaire national des partisans. D’autres négociations avec François Faure (Paco), Rémy, Brossolette aboutiront au ralliement de la résistance communiste au général de Gaulle et l’envoi de Fernand Grenier à Londres en janvier 1943. Beaufils organisa une école de transmission radio et repéra des terrains de parachutage, s’efforçant d’obtenir des armes pour les FTP. Des discussions orageuses eurent lieu, en particulier avec Passy du BCRA qui voulait intégrer les FTP dans l’Armée secrète et contrôler leurs actions. Beaufils représenta les FTP au CNR lors de sa constitution en mai 1943, puis il fut remplacé par Marcel Prenant. Le 29 décembre 1943, il signa, au nom de Charles Tillon, pour les FTP, l’acte de naissance des FFI. Devenu colonel Drumont, il fut chargé de coordonner les états majors des FTP en Bretagne et nommé par le COMAC, inspecteur général des FFI de la région M. Il devait organiser les liaisons entre les FFI et les troupes alliées qui allaient débarquer. Toute son activité était consacrée aux relations entre FTP, BCRA et autres services de Londres. Des conflits avaient lieu entre le COMAC et les gaullistes lors de la libération de la Bretagne. Le colonel Drumont se rendit en Angleterre le 11 août 1944 où il eut des conversations avec le général Kœnig et les états-majors américain et britannique. Il revint le 18 août en France, atteignit Paris le 25 au matin et se rendit à l’état-major national des FFI au ministère de la guerre où le général de Gaulle lui serra la main. Il s’installa au ministère comme chef du 3e bureau de l’état-major FFI.

Quelques jours plus tard, le 28 août, l’état-major fut dissous malgré des protestations véhémentes. Beaufils s’occupa alors des « poches « encore occupées (comme Lorient) puis organisa des écoles pour officiers subalternes et des stages pour officiers supérieurs issus de la Résistance et désirant entrer dans l’armée nouvelle. Il se rendit dans le Centre-Est encore en lutte contre la Wehrmacht. En 1945, il fut nommé au commandement du Centre d’instruction d’infanterie près de Vannes puis fut ramené au grade de lieutenant-colonel. L’année suivante il fut nommé chef d’État-major et directeur de l’instruction à l’école de perfectionnement pour officiers à Aix-en-Provence ainsi que conseiller militaire à la Cour de cette ville. Il accéda ensuite à l’École supérieure de la guerre où il fut diplômé puis affecté au stage d’état-major de la 1re région militaire aux Invalides. Enfin en 1949, il fut nommé commandant en chef du 4e régiment de zouaves en Tunisie où il forma des spécialistes et organisa des manœuvres inter-armes pendant quatre années. En 1952 Beaufils fut convoqué à Versailles (avec entre autres, Georges Delcamp et Rol-Tanguy) pour s’entendre être mis en congé spécial écarté de toute activité jusqu’à sa retraite, avec grade de colonel.

Il connut une nouvelle épreuve en 1977 lorsqu’il fut accusé d’espionnage au service de l’URSS. Devenu président des officiers de réserve de Paris, il avait été en contact avec un journaliste soviétique travaillant à l’ambassade de l’URSS, journaliste qui selon sa version « se joua de lui « . Photographié et surveillé par la DST, il fut arrêté en octobre 1977 et, le 12 juillet, la cour de sûreté de l’État le condamna à huit ans de réclusion criminelle pour intelligence avec l’URSS. Il était alors cadre à la CIFAL, société qui faisait du commerce avec la RDA et l’URSS. Beaufils avait déclaré à son procès : « Je ne dépendais pas du PC mais des FTP. Je n’ai jamais été un militant communiste depuis 1940 » (l’Humanité, 12 juillet 1978). Le colonel Rémy et Henri Noguères, président de la Ligue des droits de l’homme avaient été cités comme témoins par la défense. Il fut emprisonné quatre années à la Santé et à la Centrale de Melun. Libéré le 1er août 1981 il fut réhabilité le 16 novembre 1992 par la 1re chambre de la Cour d’appel de Paris.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16023, notice BEAUFILS Georges, Louis, Guy. Pseudonymes : MARCEAU, JOSEPH, LATOUR, Colonel DRUMONT par René Lemarquis, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 30 août 2018.

Par René Lemarquis, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Komintern, RGASPI, Moscou : 495 270 2129. — L’Humanité, 7 juillet 1974. — Le Monde, 14 juillet 1978. — Charles Tillon, On chantait rouge, 1977. — Pierre Durand, Joseph et les hommes de Londres, Le Temps des cerises, 1994. — Isabelle Sommier et Jean Brugié, Officier et communiste dans les guerres coloniales, Flammarion, 2005. — Roger Faligot, Jean Guisnel, Rémi Kauffer, Histoire politique des services secrets français de la Seconde Guerre mondiale à nos jours, La Découverte, 2012. - Entretien entre Georges Beaufils et Claude Pennetier, 25 janvier 1997. — État civil de Cognac, pas de Beaufils à la date de naissance indiquée. — Note de Rachel Mazuy.

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