BEAU Marie-Louise [née MÉTRAS Marie-Louise, dite Louise]

Par Pierre Broué

Née le 17 mai 1908 à Trambly (Saône-et-Loire) ; ouvrière du textile ; militante de la CGT et du Parti communiste.

Ouvrière d’usine à Chambéry (Savoie), Marie-Louise Métras adhéra au Parti communiste en 1933 et était en 1934 responsable de l’Union des femmes et membre du bureau régional du PC. Elle y connut le responsable des Jeunesses communistes, Gaston Beau, dit Cadet, l’épousa et vint habiter Grenoble (Isère). Elle fut secrétaire du syndicat CGT de l’usine Valisère, puis, en 1937, secrétaire du syndicat du textile de Grenoble. Elle intervenait dans les réunions et signait ses articles dans Le Travailleur Alpin du prénom de Louise.

En août 1939, son mari fut arrêté, ainsi qu’un des secrétaires de l’UD-CGT, Henri Vizioz, cependant que la majorité des dirigeants de la CGT était mobilisée. Une CA de l’UD élut au secrétariat Robert Buisson, du syndicat des employés de commerce, et Marie-Louise Beau devint secrétaire adjointe de l’UD. Ensemble, ils eurent à faire face à une double offensive, celle du gouvernement qui prononça la dissolution des syndicats qui ne réprouvaient pas le Pacte germano-soviétique, celle des « ex-confédérés » de la direction nationale, qui les excluaient de la CGT. Les positions du PC étaient particulièrement solides dans les syndicats grenoblois et, pour en venir à bout, le maire de Grenoble décida la fermeture de la Bourse du Travail, « foyer communiste » selon lui. Buisson et Marie-Louise Beau protestèrent alors par une circulaire, acheminée par la poste demandant aux militants destinataires d’appeler les travailleurs à protester contre cette mesure. Intercepté par le contrôle postal, ce texte devait servir de prétexte à de nouvelles poursuites contre les dirigeants du PC et à l’élimination de leurs militants qui résistaient à l’UD dont ils avaient emporté le matériel et les fichiers. La police, profitant de l’entrée de plusieurs militants connus dans le café Buisson où travaillaient les secrétaires de l’UD les arrêta sur-le-champ, les faisant inculper d’infraction au décret du 26 septembre 1939 dissolvant le Parti communiste et pour « tentative de reconstitution d’un parti adhérent à la IIIe Internationale ».

Marie-Louise Beau fut d’abord incarcérée à la prison Saint-Joseph, à Grenoble, puis au Fort Montluc à Lyon. Après de longs mois de détention préventive, elle ne comparut finalement devant le tribunal militaire de Lyon, avec ses camarades, que le 27 août 1940. Buisson fut condamné à dix-huit mois de prison ferme et les autres militants acquittés, cependant que Marie-Louise Beau était condamnée à quinze mois de prison avec sursis. Immédiatement libérée, elle revint à Grenoble.

Elle travailla pendant deux mois à l’usine de biscuits Brun, puis, ayant repris le contact avec le responsable clandestin du Parti, Alfred Martin, passa dans la clandestinité et devint agent de liaison auprès de la direction régionale du Parti clandestin. Elle eut notamment à assurer le lien avec les militants emprisonnés au fort de Sisteron, dont son mari, et leur fit notamment parvenir l’appel « du 10 juillet 1940 ». Elle saisit l’occasion de ce contact pour préparer l’évasion de son mari, qui réussit au cours d’un transfert vers le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) le 11 mai 1941.

Mais cette évasion avait été réalisée sans l’accord préalable de ses responsables, et tous deux furent mis à l’écart et coupés de tout contact avec leur Parti. Ce n’est qu’en janvier 1942 qu’ils réussirent, sur décision de la délégation du comité central en zone sud, à être remis « en contact » et affectés à l’OS à Marseille. Membre du groupe mobile de l’OS, puis des FTP, elle participa à une cinquantaine d’opérations armées à Marseille, jusqu’en novembre 1943. À cette date, elle fut nommée responsable du service P. (Propagande) de l’état-major régional des FTP et le resta jusqu’à la Libération. Elle avait le grade de lieutenant FFI, fut décorée de la Croix de guerre, de la Médaille de la Résistance, de la Croix du combattant volontaire et de l’Ordre national du mérite. Comme son mari, elle milita après la guerre au sein de l’Association nationale des anciens combattants de la Résistance.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16010, notice BEAU Marie-Louise [née MÉTRAS Marie-Louise, dite Louise] par Pierre Broué, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 novembre 2015.

Par Pierre Broué

SOURCES : Arch. Dép. Isère, 52 M 119. — Le Travailleur Alpin, 1936-1938, passim. — La Voix du peuple, 1938-1939, passim. — Edmonde Charles-Roux, Adrienne. — Guicheteau, Marseille 1943. La fin du Vieux Port. — RGASPI, elle se confond sans doute avec Beau Louise qui a un dossier dans les archives du Komintern, 495 270 3462, pas encore consulté.

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