REY Pierre, Marius, Émile

Par Pierre Bonnaud

Né le 25 janvier 1919 à Annonay (Ardèche), mort dans cette même localité le 25 janvier 2011 ; professeur de mathématiques en Ardèche ; résistant ; militant laïque, syndicaliste SNES.

Ses parents, d’origine paysanne par sa mère, ouvrière par son père, élevèrent leurs trois enfants dans la religion catholique sans être pratiquants. Son père, ouvrier tanneur, revint mutilé des tranchées de la Première Guerre mondiale. Il reprit son métier en tannerie, debout devant les machines alors qu’il n’avait pas encore été appareillé d’une jambe de bois. Il devint concierge à partir de la crise des années 1930.

A Annonay, Pierre Rey, pupille de la Nation, fréquenta l’école primaire publique puis l’école primaire supérieure. En 1935, il entra à l’École normale d’instituteurs de Privas. Il adhéra à la cellule des Jeunesses communistes de l’école normale mais s’en retira lorsque le Parti communiste abandonna sa ligne anti-militariste. L’invalidité de son père avait enraciné chez lui de profonds sentiments pacifistes. En 1938-1939, élève de quatrième année scientifique à l’ENI de Toulouse, admissible à l’École normale supérieure de Saint-Cloud, il ne put passer l’oral du concours.

Rey, mobilisé dans l’infanterie en septembre 1939, volontaire pour combattre dans l’armée de l’air, fut affecté à Versailles en avril 1940. Son régiment rallia Toulouse, puis de Marseille le Maroc. Dans l’armée d’Afrique, à Rabat, il reçut une formation d’officier alors qu’un climat de brimades se développait à l’encontre des enseignants. Nommé aspirant en avril 1942, démobilisé, il regagna l’Ardèche et le cours complémentaire de Lamastre pour remplacer Jean Mazabrard, révoqué. En contact avec les Mazabrard, il put nouer des liens avec les milieux résistants et servit d’intermédiaire pour faire transiter de faussses cartes d’identité. A Lamastre, des familles protestantes accueillirent des enfants juifs, scolarisés dans les écoles publiques. En 1943, averti de l’arrestation imminente de ses élèves juifs, il parvint avec l’aide de ses collègues et la complicité de tous les élèves à les soustraire de la rafle en les faisant passer de classe en classe.

Le lendemain du débarquement en Normandie, le 7 juin, les responsables de l’Armée secrète ouvrirent un bureau de recrutement à Lamastre et organisèrent trois compagnies. Rey reçut le commandement de la 24ème compagnie (secteur B) avec le grade de lieutenant. Elle opéra dans la région (barrage de protection et de surveillance, harcèlement des colonnes allemandes). Du 26 au 28 août, elle mitrailla les Allemands dans la région de Mauves puis occupa l’école du village. Après la libération du département, la moitié des effectifs de la compagnie s’engagea dans l’armée régulière et poursuivit le combat jusqu’en Allemagne.

Rey devint professeur de mathématiques au collège Malleval d’Annonay. Il épousa le 9 août 1945 à Charnècles (Isère) Yvonne Chatonnay, professeur d’anglais, également en poste à Annonay . Elle était la sœur d’Abel Chatonnay, alias Marius Luis Courtel dans la Résistance, journaliste et membre du groupe Corvette, exécuté par les Allemands à Grenoble. Ils eurent deux enfants.

Pierre Rey enseigna par la suite au lycée Boissy d’Anglas puis au collège des Perrières où il prit sa retraite.

Pierre Rey fut un actif militant laïque. Trésorier du Groupement des Œuvres laïques d’Annonay (GOLA, dont il était l’un des fondateurs avec ses amis Pascal et Daniel Aimé), il fut l’une des chevilles ouvrières de l’achat du domaine des Grands mûriers. Cette ancienne résidence du patronat annonéen devint une colonie de vacances de la Fédération des Œuvres laïques de l’Ardèche puis un centre aéré pour les enfants d’Annonay. Rey devint par la suite président d’honneur du GOLA.

Syndiqué au Syndicat national de l’enseignement secondaire, Pierre Rey défendit sans relâche l’enseignement public. En 1968, participant à l’occupation de son établissement, il anima à Annonay les cercles de discussion sur l’avenir de l’école. Il fut également le représentant annonéen de la Mutuelle générale de l’Education nationale, de l’Amicale des donneurs de sang de l’Education nationale et de la Fédération générale des retraités de la fonction publique.

L’action solidaire conduisit Pierre Rey à militer dans plusieurs institutions et associations : au sein du GOLA, il participa à la création du Centre médico-pédagogique du Haut-Vivarais qui devint ensuite l’Association pour adultes et jeunes handicapés. D’autre part, Pierre Rey fit revivre à Annonay dans les années 1990 une section du Secours populaire.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article160043, notice REY Pierre, Marius, Émile par Pierre Bonnaud, version mise en ligne le 21 juin 2014, dernière modification le 26 juin 2014.

Par Pierre Bonnaud

SOURCES : Entretien avec Pierre Rey, novembre 2002. —
Envol, n° 608, mars 2011. — Renseignements communiqués par la famille.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément