BAZIN Michel, Joseph, Gustave

Par Gérard Boëldieu

Né le 8 avril 1925 à Landisacq (Orne), mort le 2 novembre 2016 au Grand-Lucé (Sarthe) ; instituteur puis professeur ; dirigeant communiste dans la Sarthe.

Second enfant d’un couple de petits cultivateurs marié en 1922, Michel Bazin eut, dans l’ordre, deux frères et trois sœurs. Bon élève de l’école primaire publique de sa commune natale, il put poursuivre des études, une fois obtenu, dans de bonnes conditions (premier du canton), le certificat d’études primaires, à l’âge de douze ans. D’abord, sur l’insistance de son instituteur auprès de ses parents, à l’école primaire supérieure de Flers, en tant qu’élève boursier et interne. Ensuite au lycée de garçons d’Alençon, comme élève-maître, après son succès à la deuxième session du concours de recrutement des instituteurs publics en septembre 1942.
Catholique pratiquante, sa mère, née Marcelle Prestavoine, veilla à l’éducation chrétienne de ses enfants. Son père, Joseph Bazin, né en 1898, appelé à l’Armée en 1917, revint de son service militaire, accompli au front à la fin de la Grande guerre puis dans un dépôt de matériel après l’armistice, avec un vif ressentiment contre les officiers de carrière. Lors des banquets du onze novembre des Anciens combattants, il exprimait publiquement son antimilitarisme en quittant la salle dès que la Marseillaise était entonnée. Sous l’Occupation, bien qu’antiallemand et n’éprouvant guère de sympathie pour Pétain dont le nom lui rappelait de mauvais souvenirs du temps de son passage sous les drapeaux, le père de Michel Bazin ne s’engagea toutefois pas dans la Résistance active. Volontiers braconnier, il possédait des armes à feu cachées dont un revolver Mauser et quelques grenades, trophées de la guerre 14-18. C’est au titre de détenteur d’armes qu’une femme de prisonnier de guerre, amie d’un soldat allemand, le dénonça. Après perquisition de son domicile par la Gestapo en février 1943, il fut arrêté puis déporté, ainsi que son fils aîné, en juin suivant. À l’automne 1944 le père de Michel Bazin mourut d’épuisement au camp de Gross-Rosen. Revenu de déportation, son fils aîné reprit l’exploitation familiale.
Muni d’un baccalauréat « math élem », Michel Bazin entama sa carrière d’instituteur en 1945. Dans le département de l’Orne, il occupa successivement deux postes : à Rouellée, près de Domfront (école de garçons à classe unique) puis à Vieux-Pont, dans le canton d’Écouché (école mixte). Après son mariage, le 23 juillet 1949, à Verneil-le-Chétif (Sarthe) où ses beaux-parents tenaient un café-épicerie, avec Jeannine Louise Fourmond, maîtresse d’éducation physique au lycée de jeunes filles du Mans depuis 1948 (le couple aura trois enfants), Michel Bazin sollicita un exeat pour le département de la Sarthe, alors dans l’académie de Caen comme l’Orne. Par arrêté rectoral du 26 septembre 1949, relatif au troisième mouvement des instituteurs et institutrices du département de la Sarthe, Michel Bazin fut affecté comme instituteur-délégué, à la classe de cinquième nouvellement créée au collège d’enseignement technique du Mans, à compter du 1er octobre suivant. Dans cet établissement, promu ensuite lycée technique d’État, se déroula le restant de la carrière d’enseignant de Michel Bazin, jusqu’en 1980, année de sa retraite. Enseignant « polyvalent » à ses débuts, il devint de fait, avec l’accord de ses collègues puis l’aval de l’administration, selon ses goûts, professeur de sciences puis de mathématiques. En 1978 ou 1979, il reçut les insignes de chevalier dans l’ordre des Palmes académiques. Syndiqué au SNI puis au SNET, enfin au SNES, après la fusion de ces deux derniers syndicats, il fut un syndicaliste de base exemplaire.
Sollicité dans sa jeunesse d’adhérer à la Jeunesse agricole catholique, Michel Bazin refusa. À ses débuts d’instituteur, il était catholique pratiquant, parfois en froid avec le prêtre du lieu où il exerçait. Il ne connaissait alors rien à la vie politique. Caractère plutôt bouillant et ayant souffert à l’école primaire supérieure de Flers, de par sa condition de modeste campagnard et de boursier, de remarques péjoratives d’élèves issus de milieux favorisés, de surveillants et de quelques professeurs, il se posait en « anarchisant ». N’acceptant pas l’éventualité du réarmement allemand, ulcéré par la répression conduite en 1947 par le socialiste Jules Moch à l’encontre des grévistes, il décida en 1948 d’adhérer au Parti communiste. Le PCF étant plutôt mal organisé dans le sud de l’Orne, il milita peu. Tout au plus apporta-t-il la contradiction à un candidat du RPF lors de la campagne des cantonales de 1949 à Carrouges.
Dans la Sarthe, Bazin ne renouvela pas immédiatement son adhésion au PCF. Il choisit de militer dans le Mouvement de la paix. Entré au bureau du conseil local au début des années 1950, il en était en 1956 le secrétaire, en réalité l’adjoint du secrétaire départemental Pierre Combe. En 1952 il réadhéra au Parti communiste. Dans une profession de foi d’une candidature il indiquait être « membre du Parti depuis l’internement de Duclos ». Michel Bazin devint très vite un des militants les plus en vue et des plus actifs de la fédération sarthoise. Il était secrétaire de la section Ouest du Mans quand il entra au comité de la fédération en 1953 avant de devenir en 1956 membre du bureau fédéral où il resta jusqu’en 1960, redevenant seulement membre du comité fédéral. Il fit partie de la commission d’éducation de la fédération. Il anima des écoles fédérales et, en août 1964, il suivit les cours d’une école centrale du PCF d’un mois. En 1975-1976, renonçant à toute responsabilité, il redevint simple militant.
Michel Bazin supportait difficilement les « virages » ou « revirements » politiques du Parti communiste qui, selon lui, nuisaient à sa crédibilité parmi les masses qu’il influençait. À plusieurs reprises il s’en plaignit dans des instances locales et même nationales. Après le désistement communiste pour Maurice Faure dans le Lot, il le condamnait dans une lettre au comité central, le 9 mars 1967, estimant que Faure s’était « démené pour empêcher l’accord du parti avec la FGDS ». Il commentait : « le Parti doit une partie de sa force à sa grande honnêteté politique et à la probité intellectuelle de ses meilleurs militants. Ne soyons pas sectaires mais gardons notre pureté » et concluait : « je suis convaincu que nous avons fait une faute. »
À deux reprises, Michel Bazin fut candidat communiste malheureux à des cantonales et ce dans le même canton, le sixième du Mans (Nord-Ouest) : la première fois, en 1967, il fut devancé au second tour par le centriste Jacques Maury, maire du Mans et conseiller général sortant ; la seconde fois, en 1973, ce fut dès le premier tour que le même Jacques Maury, toujours maire du Mans et, depuis 1968 sénateur, l’emporta. Aux élections municipales de 1959, 1965 et 1971, Bazin figura sur la liste présentée au Mans par le PCF, liste qui, à chacun de ces renouvellements, fut devancée par une liste de droite. Après le succès de la gauche au Mans aux municipales de 1977, le communiste Robert Jarry devenant maire et le socialiste Roland Becdelièvre président de la Communauté urbaine, Michel Bazin fut coopté pour siéger, avec des responsabilités, au conseil de cette dernière. Ainsi, jusqu’en 1983, la durée d’un mandat, fut-il le septième vice-président de la Communauté urbaine du Mans (CUM) ayant en charge « la voirie, la circulation, les droits de place, la signalisation et l’éclairage. »
Dans le secteur associatif, Bazin milita principalement, dans les années 1960 et 1970, au sein de l’association des parents d’élèves dite « Cornec » : secrétaire d’un groupement local, il accéda au bureau départemental, à partir de 1970, sans y exercer de fonctions de premier plan.
De juin 1986 à juin 1992, le temps d’un mandat, Michel Bazin siégea à la commission administrative de la section sarthoise de la MGEN. Porté à son bureau en 1990 il y fut pendant deux ans le deuxième secrétaire.

Ses obsèques civiles se déroulèrent le 5 novembre 2016 à Courdemanche (Sarthe).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16002, notice BAZIN Michel, Joseph, Gustave par Gérard Boëldieu, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 11 février 2018.

Par Gérard Boëldieu

SOURCES : Arch. comité national du PCF. — Arch. Dép. Sarthe : 660 W 125 et divers dossiers électoraux. — Presse locale dont presse communiste. — Bulletin de l’Enseignement Primaire du département de la Sarthe (décembre 1949). — Sarthe-Informations, bulletin de la section sarthoise de la MGEN. — Entretien avec Michel Bazin le 22 juin 2005.

ICONOGRAPHIE : Photographie (prise en août 1965 lors d’une école fédérale du PCF) dans Robert Jarry, Les communistes au cœur des luttes des travailleurs sarthois, tome I, page 193.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément