BAZIN Jean, René

Par Madeleine Singer

Né le 24 mai 1914 à Pougny (Nièvre) ; instituteur ; trésorier national du SGEN (Syndicat général de l’éducation nationale) de 1948 à 1970.

Aîné de deux garçons, Jean Bazin, fils d’Auguste Bazin, employé SNCF, adhéra pendant son séjour à l’EPS Jean-Baptiste Say, à l’Association Paul Henry qui regroupait un certain nombre d’élèves catholiques. Il eut ainsi des contacts avec la JEC car celle-ci, fondée en 1929, allait absorber ladite association. Ces contacts furent interrompus par son entrée en 1930 à l’École normale d’Auteuil où il fit partie du groupe « tala » (ceux qui vont-à-la messe). Il en sortit en 1933 et occupa divers postes d’instituteur dans la région parisienne, en dehors des périodes militaires (service militaire en 1935-1937, guerre de 1939-1940).

Fréquentant les réunions d’anciens « tala » qui avaient lieu chez Guy Giry*, il put ainsi adhérer au SGEN dès sa fondation. En effet, à l’École normale où il y avait depuis les années trente, un mouvement d’extrême-droite animé par Serge Jeanneret (qui sera secrétaire de Bonnard sous Vichy), Jean Bazin avait refusé tout engagement de ce genre et souhaitait rencontrer un syndicalisme autre que celui du SNI car il sortait d’un milieu ouvrier et son père, cheminot, avait souffert de son adhésion à la CFTC. On le retrouva donc aussitôt dans le conseil syndical du SGEN qui se réunit pour la première fois le 11 novembre 1937.

Dès la Libération, il milita au plan départemental. Lors de la grève des instituteurs de la Seine (17 novembre 1947-6 décembre 1947), il fit partie des 25 adhérents SGEN qui siégèrent au Comité de grève de 125 membres. Cette grève était motivée par la lenteur systématique mise par l’État à traduire dans des actes les votes unanimes de l’Assemblée reconnaissant un an auparavant l’urgence de reclasser la fonction enseignante. Le SGEN de la Seine s’était engagé dans le mouvement en exigeant que son caractère non politique fut assuré par la présence, dans le comité de grève, d’instituteurs de toutes opinions, syndiqués ou non. Comme Paul Vignaux* le soulignera un peu plus tard, Bazin fut un de ceux qui participèrent activement à l’action persévérante menée par la majorité du comité pour atteindre cet objectif et assurer ainsi le succès de la grève. Le 6 décembre, la reprise du travail fut votée car le plan de reclassement était sorti le 4 décembre et la situation sociale (renvoi par Ramadier des ministres communistes, grève des mineurs) rendait difficile la prolongation du mouvement.

Dès l’année suivante, en 1948, premières élections aux commissions administratives paritaires. Bazin fut élu tant à la CAPN en qualité de suppléant de R. Perrin qu’à la CAPD de la Seine où le SGEN obtint 4 sièges sur 15. Bazin prit en charge cette section départementale en octobre 1952, lorsque Roger Besnard* qui était secrétaire de section et avait à ce titre été détaché au SGEN après les élections de 1948, souhaita reprendre un poste d’instituteur.

Mais dès que Bazin eut trouvé un successeur en la personne de Claude Pinoteau, il abandonna en février 1953 cette fonction car il militait en même temps au plan national. Depuis 1945, on le retrouvait au comité national où il siégera jusqu’en 1970. Par ailleurs il représentait le premier degré dans la commission de trois membres qui depuis 1945 s’occupait des traitements. Enfin et surtout depuis 1948, il était trésorier national du SGEN.

Or cette dernière tâche était, avec la croissance des effectifs, de plus en plus absorbante. Très vite, les deux petites pièces, au 6e étage de l’immeuble confédéral, se révélèrent insuffisantes. Ayant au départ un permanent et un secrétaire, le SGEN eut bientôt deux permanents et quatre secrétaires. Dans son rapport pour le congrès de 1954, le trésorier signalait que les secrétaires étaient obligées, pour travailler aux fiches ou aux bandes d’École et Éducation, de poser par terre leur machine à écrire. Il ajoutait que Brocard, secrétaire général adjoint permanent, partageait avec Vignaux un très petit bureau : « Il faut alors choisir entre travailler et recevoir ». Avec les cotisations exceptionnelles votées par le congrès, le SGEN acheta l’année suivante un local, 82 rue d’Hauteville (Xe arr.) Bien des recherches furent nécessaires car il fallait rester à proximité du siège confédéral. Bien des calculs aussi car les fonds recueillis étaient insuffisants : il fallut s’endetter et limiter au maximum les aménagements internes.

Quelques années plus tard, les effectifs du SGEN ayant doublé en six ans, Bazin dut à nouveau chercher des locaux plus vastes : ce sera en 1966 l’appartement de 600 m2, 5 rue Mayran (IXe arr.). L’année suivante, achat d’un local pour l’Enseignement supérieur et la Recherche, au cœur du quartier Latin, 5 rue des Feuillantines (Ve arr.).

Toutes ces opérations financières délicates reposaient sur le trésorier qui devait en même temps gérer au mieux les dépenses quotidiennes. Il fallait notamment s’efforcer de faire coïncider le tirage du bulletin syndical avec le nombre des cotisants. Tâche difficile car les démissions ou les nouvelles adhésions étaient souvent signalées trop tard.

Or Bazin ne sera détaché au SGEN que de janvier 1963 à septembre 1970, date de sa mise à la retraite. Entre-temps, les palmes académiques avaient rejoint la croix de guerre qu’il avait reçue pendant les hostilités. On se demande comment il put pendant tant d’années assurer avec efficacité une pareille tâche, tout en exerçant son métier d’instituteur. En outre, sa femme, ancienne élève de l’École normale des Batignolles (il l’avait connue chez Giry), travaillait également et ils avaient trois enfants.

Une fois à la retraite, il poursuivit au SGEN son travail de comptabilité, sans avoir de responsabilité politique dans la marche du syndicat. Lorsque le SGEN changea d’orientation en 1972, il resta à son poste jusqu’en 1976 pour mettre au courant les nouveaux. Ainsi a-t-il servi toute sa vie le mouvement syndical auquel il s’était donné dès sa jeunesse.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article16001, notice BAZIN Jean, René par Madeleine Singer, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 23 juin 2010.

Par Madeleine Singer

SOURCES : Madeleine Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse, Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. dép. Nord, J. 1471). — Madeleine Singer, Histoire du SGEN, 1987, PUL. — Lettres de R. Bazin à Madeleine Singer, 13 mars 1995 et 17 novembre 1995 (A.P.).

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