Née en 1949, ancienne membre de la FEANF, de l’UNEK et de l’UPC, en France et au Cameroun. Fondatrice de CAP-Liberté au début des années 1990, journaliste à La Nouvelle Expression et au Front, et lauréate du "International Women of Courage Award" décerné par le Département d’Etat américain.

Née en 1949 au sud ouest du Cameroun, Henriette Ekwe est la fille d’un ancien instituteur devenu fonctionnaire des douanes. Elle effectue ses études primaires et secondaires au Cameroun, notamment au prestigieux lycée Leclerc à Yaoundé. Elle part ensuite à Tours, où étudie son frère, et y obtient une licence d’anglais, puis rejoint Paris pour y suivre une maîtrise d’histoire. Lors de ses études supérieures, Henriette Ekwe milite d’abord à la Fédération des étudiants africains de France (FEANF), puis rejoint l’Union nationale des étudiants kamerunais (UNEK). C’est alors qu’elle adhère au Manidem (Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie-) créé en 1974 puis à l’UPC (Union des populations du Cameroun) en exil, en 1975. Là, elle suit une formation politique, avec, selon ses mots, « des missions, des tests, en vue de la lutte clandestine, avec en perspective la lutte armée si il n’y a pas d’autre issue ». Rentrée au Cameroun après l’accession au pouvoir de Paul Biya qui promet une ouverture démocratique, Henriette Ekwe est l’une des représentantes clandestines de l’UPC au Cameroun. Elle est notamment en charge de la publication de Kamerun Nouveau, l’organe de l’UPC. En février 1990, elle est arrêtée dans l’affaire « Yondo Black ». Selon Albert Mukong, co-détenu d’Anicet Ekane avec qui elle est arrêtée, celui-ci et Henriette Ekwe sont très incisifs à l’égard du pouvoir lors de leur procès, et sont particulièrement maltraités par l’administration policière et pénitentiaire. Finalement acquittée, elle contribue à la création de la Coordination des partis d’opposition, rendue public en novembre 1990. En janvier 1991, elle est contactée après l’arrestation de Célestin Monga, économiste, et de Pius Njawé, rédacteur en chef du Messager, principal journal privé du pays, afin d’organiser la mobilisation autour de leur procès. Avec le succès de cette entreprise militante, elle participe à la création de CAP-Liberté qui a notamment animé les journées "Villes mortes" tout au long de 1991 à Douala. Les revendications tournaient alors principalement autour de la mise en place d’une conférence nationale, considérée comme "sans objet" par le président Biya. Alors que ce dernier Biya se maintient au pouvoir malgré une élection contestée en 1992, Henriette Ekwe quitte la politique partisane, et l’UCP pour se consacrer au journalisme, notamment au sein de la Nouvelle Expression, puis au Front. En décembre 1998, un procès criminel est engagé à son encontre, celle de Séverin Tchounkeu, rédacteur en chef de la Nouvelle Expression, et de John Fru Ndi, président du principal parti d’opposition. Elle est finalement acquittée. Elle participe avant cela à la création de l’Union des journalistes du Cameroun au milieu des années 1990, dont elle devient vice-présidente, et à l’instauration d’une branche camerounaise de Transparency International avant d’en démissionner en condamnant la proximité de l’association avec le gouvernement camerounais. En 2011, elle reçoit le "International Women of Courage Award" décerné par le Département d’Etat américain.

SOURCES : entretiens avec Henriette Ekwe, Douala, 27 et 28 novembre 2001 ; Albert Mukong, My stewardship in Cameroon, 1992. ; Article 19, Promesses en l’air : la liberté d’expression au Cameroun depuis 1995, Londres, octobre 1999. "Cameroun : Henriette Ebongo Ekwe, mourir plutôt que de trahir", Journalducameroun.com, collecté le 17 juin 2014

Marie-Emmanuelle Pommerolle

Version imprimable de cet article Version imprimable