MUKONG Albert

Par Marie-Emmanuelle Pommerolle

Né en 1933à Babanki Tungo (Cameroun), mort en 2004 ; militant anti-colonialiste, défenseur des droits de l’Homme et militant de la cause anglophone.

Né en 1933 à Babanki Tungo dans la partie du Cameroun administrée par les Britanniques, Albert Mukong suit sa scolarité à Buea, puis part au Nigéria voisin pour y effectuer des études de physiques. Il devient le secrétaire général du One Party Kamerun de Ndeh Ntumazah, un allié anglophone de l’Union des Populations du Cameroun, tous deux luttant contre le pouvoir colonial, français et britannique. Mukong participe à la session spéciale des Nations Unies sur le Cameroun en février-mars 1959, puis à la conférence constitutionnelle de Foumban en 1961 durant laquelle se dessine la réunification des deux Cameroun, effective après un référendum contesté, 1er octobre de la même année. Opposé à la réunification et au régime, Albert Mukong fuit avec Ndeh Ntumazah au Ghana, où il est arrêté et détenu pendant quatorze mois ; il rompt alors avec le One Party Kamerun qui a fusionné avec l’UPC, dont il condamne l’action violente. Revenu au Cameroun, il est arrêté en 1970 et détenu à la Brigade mixte mobile où il côtoie Ernest Ouandié, dernier leader vivant de l’UPC et l’évêque Ndongmo, tous deux arrêtés pour des activités liées au maquis UPCiste. Mukong est ensuite transporté dans le camp de Mantoum duquel il sort en 1976. Entre 1961 et 1976, il prétend avoir été trois fois contacté par des personnages du régime pour être « acheté » par celui-ci. Son ouvrage, Prisoner without a Crime, publié en 1984 et dans lequel il relate les conditions de sa détention sous le régime d’Ahidjo, est interdit au Cameroun en 1985 (il sera re-publié à Paris en 1990). Au sein du parti unique réformé par le nouveau président Biya, le RDPC, il tente de faire entendre la cause anglophone dès le milieu des années 1980, à travers diverses publications comme : « The Problems of the New Deal », « Open Letter to the First New Deal Congress of the CNU », « What Is to Be Done ». Il s’associe, dans cette démarche, à un ancien bâtonnier anglophone, Gorji Dinka, plusieurs fois arrêté. Libraire à Bamenda, Mukong souhaite se présenter aux élections législatives de 1987, mais sa candidature, au sein du RDPC, n’est pas retenue, et il dénonce des irrégularités électorales dans un entretien à la BBC retransmis en mai 1988. Son second témoignage, My Stewardship in Cameroon, publié en 1992, relate l’arrestation qui suit cet entretien et son histoire militante jusqu’à cette date. En mars 1989, il est jugé par un tribunal militaire. Son procès a attiré l’attention des organisations internationales et des représentations diplomatiques. Les accusations sont finalement levées en mai 1989 et il est relâché. Il cherche alors à prolonger ses activités de militant anglophone, en préparant une déposition au Comité des minorités des Nations unies, soutenu par un groupe de réflexion politique auquel participe notamment John Fru Ndi. L’histoire officielle du Social Democratic Front (SDF) affirme que l’idée d’une pétition auprès des Nations Unies a finalement été abandonnée et que celle de la création d’un parti politique a été favorisée dès janvier 1990. Cette histoire institutionnelle affirme aussi que l’idée de nouer des relations avec d’autres groupes politiques en constitution (notamment celui de Yondo Black, à Douala) avait été abandonnée par le groupe de Bamenda. Ce serait donc sur son initiative privée que Mukong a participé, en février 1990, à la réunion regroupant Yondo Black, Anicet Ekane et Jean-Michel Teukam, au cours de laquelle ils prévoient de créer un « comité national de coordination pour la démocratie et le multipartisme » et rédigent un texte de dénonciation du régime de Biya. La saisie de ce document mène à l’arrestation des participants à cette réunion en février 1990. Certains d’entre eux, dont Albert Mukong, sont acquittés et libérés en avril 1990. Il se sent ensuite exclu du SDF, dont il avait posé les fondements avec Fru Ndi, et dont celui-ci devient le leader incontesté à partir de mai 1990. Il part alors à l’étranger pour défendre la cause de ses anciens co-détenus, et pour déposer une plainte auprès du Comité des minorités. Il demande l’asile politique en Grande Bretagne en octobre 1990, qu’il n’obtient pas. Par l’intermédiaire d’Article 19, une organisation internationale de défense de la liberté d’expression, Albert Mukong dépose en février 1991 une plainte contre le Cameroun, conformément au protocole facultatif du Pacte international relatif aux droits civils et politiques. Il rentre au Cameroun en avril 1992 et participe à l’organisation de la première conférence nationale du Cameroon Anglophone Movement, dont il est secrétaire général, puis à la All Anglophone Conference de Buéa qui tente de se démarquer de l’option nationale prônée par le SDF. Mukong reste en effet profondément fédéraliste. En août 1994, le Comité des droits de l’Homme des Nations Unies reconnaît l’État camerounais coupable d’avoir violé les droits d’Albert Mukong lors de son emprisonnement et recommande le versement d’une compensation. Cette décision mène Albert Mukong à créer en 1995 une ONG, le Human Rights Defence Group, qui va immédiatement bénéficier de la notoriété de son fondateur, notamment auprès des bailleurs de fonds internationaux. Parallèlement aux activités de son ONG, Mukong continue de faire pression sur la sous-commission des minorités des Nations Unies à Genève, en y déposant un texte demandant la tenue d’un nouveau référendum d’auto-détermination des provinces anglophones, estimant que celui de 1961 avait été floué. A partir de 1998, les bailleurs de fonds occidentaux prennent leur distance avec l’ONG de Mukong. Cette pénurie de fonds est compensée par le versement, en juillet 2001, d’une compensation de 137 000 dollars de la part du gouvernement camerounais, dont Mukong versera 10% à l’ONG. Il quitte le HRDG en 2002 et laisse son poste à Franka Nzoukekang. En effet, alors qu’il milite désormais au sein du Southern Cameroon National Council, un groupe de sécessionnistes anglophones, il estime ne pas pouvoir combiner la direction d’une ONG et une activité politique directe. Il est ré-arrêté puis remis en liberté en octobre 2002. Il décède en juillet 2004.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article160000, notice MUKONG Albert par Marie-Emmanuelle Pommerolle, version mise en ligne le 20 juin 2014, dernière modification le 26 juin 2014.

Par Marie-Emmanuelle Pommerolle

SOURCES : Mukong, A., Prisoner without a Crime, s.l., 1984 ; Mukong, A., My stewardship in Cameroon, 1992 ; Breitinger, E., « ‘Lamentations patriotiques’ : Writers, Censors, and Politics in Cameroon », African Affairs, Vol. 92, N°369, October 1993, p. 557-575 ; Views of the Human Rights Committee, Communication No. 458/1991, UN Doc. CCPR/C/51/D/458/1991 of 10 August 1994 ; « Violation de la liberté d’expresion (art.19), détention arbitraire (art.9), et traitements cruels, inhumains et dégradants (art.7 Pacte DCP)/Mukong c. Cameroun », Revue universelle des droits de l’Homme, 1994, p. 457-463 ; Takougang, J., Krieger, R., African State and Society in the 1990s, Cameroon’s Political Crossroads, Boulder, Westview Press, 1998, p. 162-169 ; Human Rights Defence Group Newsletter, vol.4 N°1, July 2001 ; Amnesty International, « Cameroun : un défenseur des droits humains et des militants politiques ont été arrêtés et emprisonnés », Index AI : AFR 17/008/2002, 24 octobre 2002 ; Konings, P., Nyamnjoh, F.B., Negotiating an Anglophone identity. A study of the Politics of recognition and representation in Cameroon, Leiden, Brill, 2003, p.80 ; « Albert Mukong, le dernier des résistants », Mutations, 14 juillet 2002.

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