REILAND Émile, Eugène

Par Paul Berger

Né le 3 avril 1922 à Rosselange (Moselle), mort le 30 novembre 1994 à Nancy (Meurthe-et-Moselle) ; professeur de collège en Moselle ; militant syndicaliste du SNI et de la FEN ; militant socialiste ; militant associatif.

Émile Reiland dans les années 1970
Émile Reiland dans les années 1970

Ses parents (père, lamineur devenu contremaître aux hauts fourneaux des usines de Wendel de Rosselange-Moyeuvre, mère, femme au foyer) vivaient au cœur du système paternaliste des maîtres de forges, hégémonique dans la vallée de l’ Orne et de la Fentsch (cité ouvrière, coopérative d’usine,
oeuvres sociales, colonies de vacances...). Fils unique, Émile Reiland reçut une éducation religieuse. Fier de ses origines parmi les hommes du fer, il restait attaché à certaines valeurs ouvrières : travail, solidarité, morale.

Élève de l’école primaire de Rosselange, puis au collège de Rombas, Reiland fut admis en 1939 à l’École normale d’instituteurs de Montigny-lès-Metz, qui, en juin 1940, fut repliée à Poitiers (Vienne). En 1942, la promotion fut dispersée en zone sud. Il fut coupé de sa famille pendant toute la guerre tandis qu’à Rosselange, annexé au Reich allemand, le domicile familial servait souvent de relais aux évadés militaires français, que sa mère faisait passer clandestinement en Meurthe-et-Moselle par les bois de Moyeuvre.

Affecté durant un an à l’école d’Alsace-Lorraine de Souillac (Lot), Reiland rejoignit en septembre 1943 le maquis FTPF du Lot. Il participa à diverses actions dans la région puis à la libération de Toulouse avec le 4e Bataillon tactique FTPF. Engagé en août 1944 dans l’armée régulière en voie de reconstitution, il fut démobilisé en octobre 1945 avec le grade de sous-lieutenant de réserve. Il rencontra à Toulouse Paulette Hinet, secrétaire calculatrice à la Faculté des Sciences, et l’épousa le 16 novembre 1945 à Rosselange. Ils eurent trois enfants.

Rentré en Moselle en 1945, Reiland fut nommé au cours complémentaire de Creutzwald dans le Bassin houiller lorrain, à la frontière de la Sarre, pour y enseigner le Français et l’Histoire. Dans ce contexte (fin de la guerre, zone germanophone, jeunesse perturbée par cinq ans de propagande nazie), il forgea son style pédagogique, fait de rigueur, d’énergie et d’humanisme, dans la tradition des « Hussards noirs de la République ». Son allure « à la Jaurès » (barbe, carrure, éloquence, charisme), son enthousiasme pour enseigner la Révolution Française, Victor Hugo, l’Affaire Dreyfus, les luttes sociales laissèrent des souvenirs durables parmi ses anciens élèves.

Cette même image marqua aussi son entourage au cours de sa vie militante.

En 1959, Reiland devint professeur d’enseignement général au collège Chambière de Metz puis fut promu, en 1967, principal-adjoint au collège des Hauts-de-Blémonts à Borny, quartier populaire de Metz. Il finit sa carrière au collège Rabelais à Metz-Sablon, de 1970 à sa retraite en 1980.

Dès son retour en Moselle, Reiland milita au Syndicat national des instituteurs. Secrétaire de sous-section, élu membre de la commission exécutive de la section départementale, il devint secrétaire général de la section départementale du SNI en 1960-1961 et secrétaire –adjoint de la section de la FEN. Ayant souffert profondément de la scission de 1947, il resta attaché à l’unité syndicale. Bien que signataire des déclarations d’orientation « autonome » de la direction nationale, il soutenait sans réserve la direction unitaire de la FEN-Moselle d’orientation « Unité et Action » de 1956 à 1991, animée par Paul Berger, manifestant là un des aspects fondamentaux de son militantisme : l’absence de sectarisme, la tolérance, l’ouverture à l’autre.

Avec son ami Jean Darroy, Reiland, rappelant souvent ce qu’il devait à Joseph Somme*, ancien secrétaire de la section du SNI, s’engagea dans le double combat qui faisait rage en Alsace et Moselle dans les années 1950-1960, contre le statut scolaire local et contre le SGEN (CFTC), en partie, à l’époque, lié à l’Église catholique, au nom de la laïcité stigmatisée. Il prit souvent la parole sur ces sujets dans les réunions des instances nationales du SNI où ses qualités de tribun se manifestaient.

Sa première intervention fut au congrès national du SNI à Strasbourg, le 7 juillet 1960, dans la discussion du rapport de Clément Durand sur « les formes et les conditions actuelles de la pénétration cléricale. Les perspectives de l’action laïque et de l’action anticléricale ». Il fut l’un des militants de la délégation de Moselle, très remarquée, lors du défilé de la manifestation du 21 juin 1960 contre la loi Debré. Il prit une part active à la solidarité du SNI et de la FEN en faveur des mineurs en grève en mars 1963. Les sections départementales du SNI et de la FEN participaient souvent aux meetings quotidiens des mineurs en grève à Merlebach. Plus tard, aux côtés des mineurs de fer, il participa à la défense du bassin ferrifère, animée sur le Haut-Plateau par le syndicat CGT des mineurs de fer d’Albert Balducci. Il fut aussi de tous les combats pour la paix en Indochine et en Algérie.

Reiland s’intéressait à la vie politique tout en se défiant, comme syndicaliste, des appareils des partis. En Moselle, dans les années 1960, la gauche était encore dominée par le PCF et la gauche non communiste était, après 1968, en quête de refondation. Lors des élections municipales de 1971 à Metz, les partis de gauche, optant pour l’union et cherchant une tête de liste susceptible de représenter de façon symbolique et fédératrice le point d’équilibre des forces rassemblées, firent appel à lui alors qu’il n’était membre d’aucun parti. La liste qu’il conduisait obtint 19 % des voix dans un scrutin triangulaire. Membre du Parti socialiste après le congrès d’Epinay, candidat UGSD aux élections législatives de 1973 dans la deuxième circonscription de Metz, il obtint 7 350 voix sur 59 251 inscrits au premier tour et dans une quadrangulaire, au deuxième tour, réunit 13 465 voix (28,5 % des suffrages exprimés), soit plus que le total des voix de gauche du premier tour. Aux élections cantonales de 1976, contre le maire de Metz, il fut battu après un duel serré (380 voix de différence). Aux élections municipales de 1977, il figurait en troisième position sur la liste de gauche conduite par Jean Laurain, militant du SGEN : elle recueillit 45 % des voix. Au fil des années, le rapport de force PS-PCF se modifiait au profit du PS. Au sein du PS, de nouveaux équilibres se firent jour : en Moselle et à Metz, des militants de la CFDT et du SGEN, ancienne base électorale de la Démocratie chrétienne, des catholiques des mouvements associatifs adhérèrent
au PS et entrèrent en conflit avec les militants laïques attachés au mouvement ouvrier qui furent marginalisés. Reiland et ses camarades en gardèrent une certaine amertume. Restant adhérent du PS, il prit progressivement de la distance avec ses instances et sa ligne majoritaire, demeurant pour de nombreux militants de gauche et quelques adversaires politiques un symbole de fidélité à la tradition du combat révolutionnaire, et un rappel à l’ordre face à certaines dérives politiques et idéologiques : son regard sur l’arrivisme, la corruption et le cynisme en politique n’était pas complaisant.

Dans le cadre de la Ligue de l’enseignement, Reiland fonda en 1979, avec Roland Remer*, le Cercle Jean Macé (devenu Cercle Condorcet) qu’il présida jusqu’en 1994. Il publia dans les Cahiers de nombreux articles, éclairant le présent par le rappel des valeurs républicaines et laïques. En 1963 avec Jean Darroy, il refonda la Fédération mosellane de la Ligue des Droits de l’homme qu’il présida. Délégué régional pour la Lorraine, il siégea au comité central de la Ligue des droits de l’Homme (LDH). Il se mobilisa notamment pour la défense des jeunes appelés devant les tribunaux militaires (TPFA) de Metz et de Landau en Allemagne (une loi, en juillet 1982, abolit ces tribunaux d’exception, répondant ainsi à une très ancienne revendication de la LDH). Il milita aussi inlassablement pour le respect des droits des étrangers et des travailleurs immigrés.

Reiland, membre actif du comité mosellan pour le Prix de la Résistance et du jury du concours de la Résistance, participait régulièrement à des interventions dans les classes de collèges et de lycées. Actif dans la Commission nationale pour l’information historique et pour la paix créée par Jean Laurain, Ministre des Anciens combattants, il fut en 1983 commissaire de l’exposition nationale consacrée à Metz à la commémoration de la mort de Jean Moulin, mort en gare de Metz en 1943, lors de son transfert à Berlin.

Membre du Conseil d’administration de la MGEN-Moselle, Reiland, en 1962, participa à la fondation de la Caisse mutuelle des enseignants de Moselle et, par la suite, resta membre de son conseil de surveillance.

Reiland était titulaire de la Croix du Combattant Volontaire 1939-1945, Chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire et Officier des Palmes académiques. Son nom fut donné à une salle du collège de Creutzwald.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159928, notice REILAND Émile, Eugène par Paul Berger, version mise en ligne le 16 juin 2014, dernière modification le 25 juillet 2018.

Par Paul Berger

Émile Reiland dans les années 1970
Émile Reiland dans les années 1970

ŒUVRES : Nombreux articles dans l’École de France et les Cahiers du cercle Jean Macé.

SOURCES : Renseignements fournis par son épouse et par son fils, Alain Reiland. — Notes de Jacques Girault et d’André Prochasson. — Presse syndicale.

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