Né en le 12 septembre 1930 à Denu, mort le 5 novembre 2009 à Accra (Ghana) ;
syndicaliste, homme politique et diplomate ghanéen ; secrétaire général du Ghana Trade’s Union Congress (1954-1964) et de l’Union Syndicale Panafricaine (1961-1966) ; Ministre plénipotentiaire et ambassadeur itinérant sous la Première République (1960-1966) ; Ambassadeur du Ghana en Mongolie (1983-1987), au Zimbabwe (1988-1992) et au Nigeria (1994-1997).

Le premier président de la Fédération de l’Unité Syndicale Panafricaine, principal lieutenant de Kwame Nkrumah, John Tettegah fut l’une des grandes figures du syndicalisme africain de la période des indépendances. Sa famille était originaire de la région d’Ada, dans ce qui était alors la Gold Coast, à l’embouchure de l’estuaire de la Volta. La famille Tettegah se déplaça ensuite dans le Togo britannique - à Denu, dans le district actuel de Ketu,à la frontière avec le Togo français - où John Kofi vit le jour en 1930. L’explosion de la culture du cacao et du café dans les années 1930 poussa la famille à quitter la côte pour s’installer plus au nord du pays Ewe, à Barada (actuel district de Jasikan) en 1939. De 1939 à 1947, John Tettegah fut scolarisé dans des écoles catholiques à Barada puis Jasikan ; il se rendit à Accra en 1948 pour compléter sa scolarité au sein du Ashley Secretarial College.
Une fois son diplôme obtenu en 1950, il est recruté au poste de secrétaire chez G. B. Ollivant, une des grandes compagnies commerciales présente en Afrique de l’Ouest. Ces années sont celles de l’émergence du mouvement nationaliste en Gold Coast. Kwame Nkrumah, qui avait fondé le Convention Peoples Party en juin 1949, s’était allié avec les syndicats de la colonie pour engager un bras de fer avec les autorités coloniales sous la forme d’un mouvement de désobéissance civile, la « positive action » qui marqua l’année 1950. Porté par cet élan nationaliste, le jeune secrétaire se syndiqua dès son recrutement à la G.B. Ollivant Employees Union dont il devint le Secrétaire Général. Suite à la grève générale de 1950, la principale organisation syndicale de la colonie, le Gold Coast Trades Union Congress est dissoute et ses leaders jetés en prison – elle sera reformée par les britanniques en 1951, avec des syndicalistes modérés à sa direction. Après la libération de Nkrumah et la formation d’un gouvernement CPP en 1951 est créé le Ghana Trade Union Congress avec à sa tête les leaders de 1950, dont Turkson Okran–membre du comité exécutif du CPP et secrétaire personnel de Nkrumah. John Tettegah rejoint la formation et devint l’assistant d’Okran. En 1952, il est Secrétaire Général de la Mercantile Workers’ Federation, une branche du GTUC dominée par les modérés – les éléments radicaux se trouvant plutôt au sein des cheminots et dockers de Sekondi-Takoradi.
L’année 1953 constitua un tournant pour le mouvement nationaliste en Gold Coast. Depuis la grève de 1950, deux factions s’étaient développées au sein du mouvement syndical ghanéen ; d’un côté les partisans du maintien de l’association du GTUC avec la Conférence Syndicale Internationale - ou International Confederation of Free Trade Unions, alignée sur le bloc occidental - et de l’autre, ceux qui souhaitaient un rattachement à la Fédération Syndicale Mondiale - ou World Trade Union Federation, alignée sur le bloc soviétique. En Guyane britannique, le choix du gouvernement autonome – comparable à celui de Nkrumah –de construire une centrale syndicale unique et d’influence communiste provoqua la suspension de la constitution par les autorités coloniales en octobre 1953. Alors que le Ghana TUC et le Gold Coast TUC venaient de fusionner, ce dernier s’empressa d’en écarter les éléments les plus radicaux, ou associés au communisme. Le 28 octobre, Turkson Okran était relevé de ses fonctions de Secrétaire Général du GTUC, tandis qu’une campagne anticommuniste était déclenchée dans la presse. John Kofi Tettegah s’installa à la tête du principal syndicat ghanéen et s’attacha à rétablir l’affiliation du GTUC à la CSI en mars 1954 - soit deux ans après la rupture engagée par Okran - lui permettant d’ouvrir à Accra son premier Bureau Régional en Afrique.
Désormais Secrétaire Général du TUC, John Tettegah travailla dès 1954 à l’intégration du GTUC au sein du CPP, ainsi qu’à la centralisation des syndicats du futur Ghana. Bien que ne possédant aucune base syndicale solide, ce dernier s’appuya aussi bien sur ses relations au sein du CPP pour assurer son autorité au sein du syndicat, que sur sa domination du GTUC pour s’imposer à la tête du parti. Jusqu’à l’indépendance en 1957, une lutte féroce opposa au sein du mouvement syndical un camp CPP mené par Tettegah et une frange syndicale qui refusait le contrôle du parti. Le vote du Industrial Relation Act par le parlement ghanéen en décembre 1958 marqua la victoire du camp de Tettegah. Un système de contribution automatique était établi, permettant le financement du GTUC ; les nombreuses unions syndicales étaient rassemblées au sein de 24 branches, la construction d’un bâtiment de plusieurs étages engagée au centre d’Accra ; John Tettegah était membre du African Affairs Committee et du comité central du CPP ; en tant que Secrétaire Général du GTUC, il disposait d’un bureau au siège du CPP et bénéficiait du statut d’ambassadeur extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Pour Nkrumah, le Ghana Trades Union Congress devait constituer le fer de lance de la révolution qu’il comptait engager au Ghana, une fois la jeune nation devenue République – ce qui fut effectif le 1er juillet 1960. En août 1960, la loi fut amendée une seconde fois, rendant obligatoire l’inscription au GTUC, lui même devenu le seul syndicat autorisé au Ghana.
Souvent décrits par Tettegah comme deux frères siamois, le CPP et le GTUC menèrent conjointement la politique panafricaine du Ghana. C’est dans ce cadre que la question de l’affiliation à la CIS se posa à nouveau en 1958, avec le développement par Nkrumah d’idées telles que celle du « neutralisme positif » et de la « personnalité africaine ». La première Conférence des Peuples Africains qui se tint à Accra en décembre 1958 – à laquelle était présente une forte délégation de l’UGTAN - révéla aux dirigeants ghanéens l’importance d’une politique syndicale continentale autonome. En janvier 1959, John Tettegah se rendit à la Conférence de l’UGTAN qui appela à l’organisation d’une conférence réunissant tous les syndicats du continent et à l’occasion de laquelle il fut élu à la vice-présidence de l’UGTAN. Cette conférence se tint à Accra le 9 novembre 1959 sous les auspices de Nkrumah et du GTUC ; chargée de préparer la constitution d’une Union Syndicale Panafricaine– ou All African Trade Union Federation - en mai 1960, elle énonça comme principe fondamental sa désaffiliation des organisations syndicales internationales.
La conférence de Casablanca qui en mai 1961 vit la fondation de l’Union Syndicale Panafricaine (USPA) fut vécue comme une défaite par Tettegah, qui souhaitait l’installation du centre de l’organisation à Accra. Néanmoins, il en devint Secrétaire Général et prépara sa revanche pour le Congrès qui devait se tenir à Bamako en 1964. À la tête d’un secrétariat non officiel, il lança la publication d’un journal, le African Worker, qui ne cessa d’attaquer la CIS. Placé à la direction de l’organisation, il en fit un pont pour la politique africaine du Ghana. Le Congrès de Bamako – initialement prévu pour mars 1963, il fut repoussé à juillet 1964 - fut une nouvelle étape dans son ascension politique. Il réussit à placer l’organisation sous la direction du Ghana, ce qui devait se matérialiser par le déplacement de son Quartier Général à Accra. Une fois l’USPA placé sous son contrôle, il démissionna de son poste de Secrétaire Général du GTUC pour se consacrer pleinement à ses activités panafricaines. La diplomatie ghanéenne qui manquait de personnel qualifié pour assurer sa représentation dans de nombreux pays africains avait dû recourir à des éléments du GTUC. Ainsi, Tettegah s’imposa très rapidement comme l’une des figures les plus puissantes et centrales d’un État ghanéen à la fois brillant sur le plan international, mais localement rongé par la corruption. En Septembre 1961, le Ghana est secoué par un fort mouvement social, alors que Nkrumah est en tournée dans le bloc de l’est avec Tettegah et d’autres dignitaires Ghanéens. À leur retour, John Tettegah se montra intransigeant dans la répression du mouvement syndical duquel il était désormais totalement déconnecté.
Les événements qui résultèrent de la chute de Nkrumah le 24 février 1966 - accompagnée de l’implosion quasi simultanée du CPP - offrent à l’historien l’occasion de mieux cerner ce personnage, très représentatif de la nomenklatura du parti, à qui tout avait jusqu’alors réussi. Après un court séjour en prison, il se rangea du côté du nouveau pouvoir militaire et dénonça le régime de Nkrumah auprès des organisations membres de l’USPA, ce qui lui valu son poste de Secrétaire Général. Une fois destitué, il se rangea à nouveau dans le camp des soutiens de Nkrumah, alors installé en tant que vice-président de la Guinée à Conakry, ce qui amena le Daily Graphic d’Accra à écrire : « la tragédie qui entoure Nkrumah n’est pas celle de sa déposition mais bien le fait qu’il existe encore des « raclures » telles que Tettegah pour le soutenir ». La Tanzanie le déclara persona non grata, ce qui le contraignit/ l’obligea à trouver refuge en Egypte. Il fit repentance auprès de Nkrumah et lui rendit visite à Conakry à plusieurs reprises, tandis que le Dr. Kofi A. Busia, éternel opposant à Nkrumah remportait les élections de 1969 et devenait Premier Ministre de la Seconde République.
Suite au coup d’état de janvier 1972, Busia fut déposé par de jeunes militaires formés sous Nkrumah. En février, Tettegah revint au Ghana ; cependant, en août 1973, il fut accusé avec d’anciens proches de Nkrumah d’organiser un coup contre le régime du Général Acheampong. Condamné à mort, puis à un emprisonnement à perpétuité, il ne resta finalement que cinq ans en prison. Libéré en novembre 1978, il est pardonné par le régime du Armed Forces Revolutionary Council qui, mené par le Flight Lieutenant Jerry John Rawlings, occupa le pouvoir entre juin et septembre 1979. Il rejoignit le Peoples’ National Parti, parti nkrumaïste mené par le Dr. Hilla Limann, dont il devint membre du comité central et qui remporta les élections de 1979. Entre 1981 et 1983, alors que les forces socialistes menées par Rawlings déposaient la 3ème République ainsi que son Président Limann, pour le remplacer par le Provisional National Defence Council, Tettegah resta dans l’ombre de la vie politique. C’est en 1983 qu’il refit son apparition, devenant Ambassadeur du Ghana en République Populaire de Mongolie. En 1988, il retourna sur le continent africain, nommé Haut Commissaire du Ghana au Zimbabwe, avec une accréditation pour l’ensemble des nations du sud du continent : Zambie, Malawi, Mozambique, Bostwana et Lesotho.
En 1992, il est rappelé au Ghana pour participer à la transition démocratique. De 1994 à 1997, il remplit une mission de Haut Commissaire au Nigeria, avec une accréditation pour le Cameroun, le Tchad, la Guinée Equatoriale et le Gabon. Il prit sa retraite en 1997 ; le 6 mars 1999, il reçut la médaille de Membre Distingué de l’Ordre de la Volta.

SOURCES :

Burial, Memorial and Thansgiving Service for the late John Kofi Tettegah, Accra, 2009 ;
AGYEMAN, Opoku, the failure of Grassroots Pan-Africanism : the case of the All-African Trade Union Federation, Lexington Books, Lanham, , 2003 ;
APTER David., « Ghana », in James Smoot Coleman et Carl G. Rosberg(ed), Political Parties and National Integration in Tropical Africa, University of California Press, Berkely, 1964 ; RIMMER, Douglas, « The New industrial Relations in Ghana » in Industrial and Labor Relations Review, Cornell University School of Industrial and Labor Relations, Vol. 14, No 2, Jan 1961,p . 206-226

Antoine de Boyer

Version imprimable de cet article Version imprimable