Né en 1898 à Elmina, mort le 27 mai 1970 à Accra (Ghana)
Journaliste, nationaliste et militant communiste ghanéen formé aux Etats-Unis (1921-1924) puis en URSS (1924-1928) ; président de la West African Youth League (1935-1939) et du West African National Secretariat (1945-1948) ; leader du Muslim Association Party (1954-1957) ;

Kweku Bankole Awoonor-Renner est né vers 1898 à Elmina, petite ville de pêcheurs de la colonie britannique de Gold Coast. Son père, Peter Awoonor-Renner, était en tant que leader of the Gold Coast Bar l’une des grandes figures de l’élite africaine d’Afrique de l’Ouest britannique de la fin du XIXème siècle. Le jeune Bankole fut scolarisé chez les jésuites de Cape Coast, puis il voyagea aux Etats-Unis en 1921, afin de poursuivre ses études. Inscrit en journalisme au Tuskegee Institute de Booker T. Washington en Alabama, il coédita le journal de l’école dans lequel il publia des articles et poèmes qui furent repris dans Crisis, le journal de la National Association for the Advancement of Colored People (NAACP), édité par W.E.B. Du Bois. Il fut également actif au sein de l’Association des Etudiants Africains aux Etats-Unis entre 1922 et 1924. Fin 1924, il s’inscrivit au Carnegie Institute of Technology de Pittsburgh afin de parfaire sa formation de journaliste. C’est à Pittsburgh qu’il se rapprocha de la Communist Youth League puis rejoignit le Parti Communiste Américain qui arrangea son inscription à l’Université Communiste des Travailleurs d’Orient (K.U.T.V.) de Moscou.
Université fondée en 1921 par Staline, alors commissaire aux Nationalités, cette institution avait pour vocation de former des cadres destinés à la gestion des territoires les plus éloignés de Moscou. Elle passa sous la direction du Komintern en juillet 1923 et commença à y admettre des noirs américains ainsi que des Africains. Awoonor-Renner y fit son entrée en novembre 1925 et demeura à Moscou jusqu’en 1928. De son séjour à Moscou, il est resté un essai, Report on West Africa, qu’il présenta en avril 1927 et qui exposait un véritable projet de libération pour les colonies africaines ; ce texte inspira un document interne de trois pages détaillant un programme d’action en Afrique et décida le Komintern à faire de Bankole Awoonor-Renner son envoyé en Afrique de l’Ouest. Il participa à la Conférence des écrivains et artistes de 1927 et y publia une collection de poèmes, This Africa, qui fut traduite en Anglais en 1943. Ce séjour à Moscou fit de lui l’un des premiers communistes de la Gold Coast, ce dont il ne se cacha jamais durant toute sa carrière politique. L’absence de toute trace de relations avec Moscou à partir de 1928 laisse cependant les chercheurs perplexes quant à son rôle d’agitateur au service de Moscou en Afrique de l’Ouest durant les trente années qui suivirent.
On dispose de peu d’informations sur son retour en Afrique de l’Ouest, si ce n’est qu’il transita par Londres, puis Freetown en 1928. De retour en Gold Coast en 1929, il s’installa à Sekondi où il fonda en 1930 une African Academy, sorte de club pour nationalistes dont on ne sait que peu de choses. En 1931, il devint l’éditeur d’un journal de Sekondi Gold Coast Leader, succédant au célèbre nationaliste J. E. Casely-Hayford, décédé en 1930. Il participa également à celui d’un autre nationaliste, J.B. Danquah, le Times of West Africa. Ses poèmes furent publiés dans de nombreux journaux de la colonie durant l’ensemble de la période précédant la Seconde Guerre Mondiale. Ses activités politiques étaient également intenses. Il était un des principaux correspondants de George Padmore, qui dirigea le bureau de la Conférence Internationale des Travailleurs Noirs et édita le Negro Worker jusqu’en 1933. Il rejoint différentes organisations nationalistes, telles que la Gold Coast Youth Conference de J.B. Danquah et le Council of the West African Youth League fondé en 1935 par I.T.A. Wallace-Johnson, organisation dont il devint le premier président.
En parallèle de ses engagements socialistes et nationalistes, Bankole Awoonor-Renner s’engagea dans les affaires politiques de l’Ashanti. En 1934, il s’était installé à Accra où il fonda la Asante Freedom Society, afin d’organiser une opposition à la Asante Kotoko Union Society, qui militait pour la restauration de la Confédération Ashanti, dissoute en 1896. L’objection à cette restauration était motivée par la crainte d’un double renforcement du pouvoir colonial, qui s’appuierait sur une figure politique renforcée - l’Asantehene (roi des Ashantis) - au détriment de chefferies locales ;ces dernières considéraient par ailleurs qu’une telle restauration ne pouvait se faire sans leur aval. Ce combat fut un échec pour Awoonor-Renner ; une nouvelle Confédération Ashanti fut établie par les Britanniques en 1935, avec à sa tête Prempeh 1er.
En 1942, il fut élu conseiller municipal au Accra Town Council, en tant que représentant de la Gold Coast Muslim Association. Il expliqua ce choix par sa volonté de représenter et défendre une des sections les plus marginalisées d’Accra : les Haoussa et les autres communautés musulmanes qui, bien que possédant un dixième des terres de la capitale de Gold Coast, n’étaient pas en mesure de siéger au conseil municipal, alors réservé à l’intelligentsia anglophone. C’est à cette occasion qu’Awoonor-Renner se convertit à l’Islam. Ce spectaculaire engagement était en réalité dans la ligne des idées qu’il avait développées à Moscou dans son report on West Africa : la libération des colonies africaines devait s’engager par l’agitation au sein des populations musulmanes d’Afrique de l’Ouest. À la fin de sa mandature, en 1944, il se rendit à Londres pour étudier le droit. En octobre 1945, il participa au Congrès Panafricain de Manchester où il retrouva Padmore et Wallace-Johnson et fit connaissance avec un jeune compatriote, Kwame Nkrumah. En 1946, il participe à la formation du West African National Secretariat (W.A.N.S), dont il devient vice-président ; il rédige The West African Soviet Union, un pamphlet d’une trentaine de pages qui résume le projet politique du W.A.N.S. : socialiste et nationaliste.
Dès son retour en Gold Coast, Awoonor-Renner devint l’un des premiers leaders du Convention Peoples’ Party de Kwame Nkrumah. Organisateur de la campagne de désobéissance civile - la "Positive Action" - il partagea le sort de Nkrumah et d’autres militants jetés en prison en janvier 1950. Suite à la victoire du CPP aux élections de février 1951, Kwame Nkrumah engagea une politique de conciliation avec les autorités britanniques ; le CPP élimina progressivement les éléments les plus radicaux en son sein, en même temps qu’il plaçait les syndicats sous son contrôle en 1953. C’est à ce moment qu’Awoonor-Renner, communiste déclaré, quitta le Parti. En 1954, il rejoignit le Muslim Association Party et se présenta aux élections générales à Accra. Lorsque l’opposition au CPP se réunit au sein du United Party en novembre 1957, il devint l’un des membres de son comité de travail. Avec Joe Appiah du National Liberation Movement - lui-même figure du W.A.N.S. - il incarna cette opposition éclairée et radicale à l’ascension de Kwame Nkrumah. Sa santé fragile l’obligea à se retirer de la politique en 1958,avant de s’éteindre le 27 mai 1970 à Accra.

SOURCES : ASANTESKB, "Awoonor-Renner B.", in The Enyclopaedia Africana, Dictionary of African Biography, Vol. 1 : Ethiopia-Ghana, Reference Publications Inc, New York , 1977 ; J.B. Danquah, "bibliographical Note", in Bankole Awoonor-Renner, This Africa, London : Central Books, 1943 ;
WEISS Holger, Framing a radical African Atlantic : African American agency, West African intellectuals and the International Trade Union Committee of Negro Workers, Brill, Leiden, 2014. ; SAMWINI Nathan, The Muslim Resurgence in Ghana since 1950, Christian-Muslim Relations, LIT Verlag, Berlin, 2006 ; JONES-QUARTEY K.A.B,A Summary History of the Ghana Press, Ghana Information Services Department, Accra, 1974

Antoine de Boyer

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