DALY César, Denis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot

Né en 1811 à Verdun, mort le 18 janvier 1894 à Wissous (Essonne) ; sculpteur et architecte ; fouriériste, membre de la colonie de Réunion (Texas).

Né d’un père irlandais et d’une mère française, César Daly fut envoyé en Grande-Bretagne pour y faire ses études et ne revint en France qu’à l’âge de 16 ans. Il voyagea beaucoup en Orient, puis se fixa à Wissous, près de Paris, où il hébergea Victor Considerant pendant près de 3 ans.

Sculpteur connu, ami de Viollet-Leduc et restaurateur de la cathédrale d’Albi, Daly fut le fondateur en 1840 et le rédacteur en chef de la célèbre Revue d’architecture et des travaux publics, dans laquelle il donna les plans complets d’un phalanstère.

Gagné au fouriérisme dès le début des années 1830, Daly collabora à la Démocratie pacifique, et figura parmi les souscripteurs de L’Union ouvrière de Flora Tristan en 1843 et 1844. Il fut également l’un de ceux qui accueillirent à Paris le jeune oweniste John Goodwyn Barmby de juin à août 1840 à l’occasion de sa « Social Mission to France » et l’introduisirent dans les milieux socialistes et communistes.

Au lendemain de la Révolution de février 1848, César Daly fut membre de la Société républicaine centrale, le Club fondé par Auguste Blanqui. Après la Révolution de février 1848, il dessina pour Louis Blanc et la Commission du Luxembourg les plans d’établissements où 400 ménages ouvriers, disposant chacun d’un logement distinct, pourraient bénéficier des avantages de la consommation en commun. En avril, il fut candidat à la Constituante, mais fut rayé de la liste du Luxembourg parce qu’architecte et non ouvrier. Dans sa profession de foi, il demandait « la République avec toutes ses conséquences », le suffrage universel, l’éducation professionnelle et générale garantie à tous, le droit au travail, le respect de la propriété, « l’union fraternelle entre les chefs d’industrie et les ouvriers », une retraite pour les travailleurs. Le 24 septembre, il fut désigné par Proudhon pour faire partie de la commission des travailleurs et des doctrinaires chargée « d’organiser une Banque du Peuple avec deux syndicats (…) sur la base du projet de Banque d’échange et des travaux de la Commission du Luxembourg. » Les vice-présidents de la commission étaient Jules Lechevalier et Pierre Leroux ; Cabet s’était pour sa part récusé.

Convaincu par Victor Considerant de prendre part à l’expérience fouriériste au Texas, César Daly rejoignit ce dernier à Washington en avril 1855, en vue de l’y seconder en qualité d’interprète dans d’éventuelles négociations avec le gouvernement fédéral. Arrivé à Réunion avec le groupe de Considerant, il y séjourna pendant quelques temps, travaillant à l’établissement des plans de l’entrée de la cave de stockage que Savardan se proposait d’édifier.

César Daly quitta la colonie fin septembre 1855, pour partir explorer diverses régions d’Amérique du Sud dans l’idée d’y implanter une autre colonie. Arrivé à Fort Washita, en Territoire indien (aujourd’hui Oklahoma), il tomba malade, ce qui le força à revenir sur ses pas. Fin 1855-début 1856, il accompagna Considerant à Austin, toujours pour lui servir d’interprète. Il y fit la connaissance de nombreux sénateurs du Texas et journalistes, dont il sut se faire apprécier. Il y conféra également avec Amédée Simonin (voir ce nom), qui avait été envoyé par la gérance pour dresser l’état des lieux de la colonie de Réunion. Eût-il attendu la reprise de la session parlementaire, il aurait peut-être été à même de convaincre les Représentants texans d’accorder aux colons fouriéristes des concessions domaniales à titre gratuit.

Quelques temps plus tard, César Daly reprit la route, décidant de visiter l’Amérique centrale avant de rentrer en France en août 1857, où il devint un personnage important et influent, bien introduit dans les allées du pouvoir. Décoré de la Légion d’honneur le 13 août 1861, que l’archevêque d’Albi avait sollicité pour lui dès 1859, il dédia la première livraison de son Architecture privée au XIXe siècle au baron Haussmann, préfet de la Seine.

Il ne coupa toutefois pas les ponts avec le fouriérisme. Collaborateur de L’Economiste français de Jules Duval, son nom figurait encore sur la liste des actionnaires de l’Union agricole d’Afrique (St-Denis du Sig) en 1869 et 1880. En 1866, il assista au banquet de l’anniversaire du 7 avril. Mais après la chute de l’Empire, il fut tenu en suspicion par les républicains (il occupa la fonction d’architecte diocésain à Albi jusqu’à sa démission le 3 janvier 1877).

En juillet 1880, César Daly et Eugène Burnouf prirent l’initiative de demander à Jules Ferry, ministre de l’Instruction publique et des Cultes, d’attribuer à Considerant une pension annuelle. Mais ce dernier refusa les 1 000 francs qui lui étaient proposés.

Daly mourut en 1894 dans sa maison de Wissous, où Considerant lui rendait régulièrement visite dans les derniers temps de son existence.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159767, notice DALY César, Denis [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot, version mise en ligne le 10 juin 2014, dernière modification le 10 juin 2014.

Par Michel Cordillot

SOURCES : Fonds Amédée Simonin, Library of Congress, Washington DC. — The New Moral World, Londres, 11 juillet-5 septembre 1840. — Rénovation, 31 août 1899. — Augustin Savardan, Un Naufrage au Texas, Paris, Garnier frères, 1858, p. 54, 103, 171, 200, 202. — Éloïse Santerre, « Reunion, a Translation of Dr Savardan’s Un Naufrage au Texas, with an introduction to Reunion and a Bibliographical Dictionary of the Settlers », M.A. Thesis, Southern Methodist University, Dallas, Texas, 1936, p. 456. — Rémy Gossez, Les Ouvriers de Paris. Livre premier : L’organisation, 1848-1851, Paris, Société d’Histoire de la Révolution de 1848, 1967, p. 342. — Maurice Dommanget, Auguste Blanqui et la révolution de 1848, Paris, Mouton, 1972, p. 146. — Marion Moore Coleman (ed. and transl.), « New Lights on Reunion From the Pages of Do Ameriky I W Ameryce », Arizona and the West, vol. VI (été 1964), p. 152. — Kalikst Wolski, American Impressions, Cherry-Hills books, Cheshire, 1968. — Richard Becherer, Science Plus Sentiment : César Daly’s Formula for Modern Architecture, Ann Arbor, University of Michigan Research Press, 1984. — Notes de Guy Clermont et Jacques Grandjonc. — Thomas Bouchet, « César Daly », Dictionnaire biographique du fouriérisme, notice mise en ligne en mars 2011 : http://www.charlesfourier.fr/spip.php?article845 (consultée le 29 mai 2014).

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