BAYET Albert, Pierre. Pseudonyme dans la Résistance : DUMONT

Par Nicole Racine

Né le 1er février 1880 à Lyon, mort le 26 juin 1961 à Paris ; professeur à la Sorbonne (1932) ; membre de la Ligue des droits de l’homme ; président de la Ligue française de l’enseignement ; président de la Fédération nationale de la Presse française.

Fils de Charles Bayet, directeur de l’Enseignement supérieur et de Anne de Behr, Albert Bayet entra à l’École normale supérieure en 1898 et fut reçu à l’agrégation de lettres en 1901. Il épousa en 1905 Andrée Aulard, fille de l’historien de la Révolution française. Il enseigna d’abord au collège Sainte-Barbe (1901), à l’École Alsacienne (1905). Engagé volontaire en 1914, il fit la guerre qui le conduisit à Salonique. Après la guerre, nommé au lycée Henri IV (1918), puis au lycée Louis-le-Grand (1919), il soutint sa thèse de doctorat en 1922 sur Le suicide et la morale. En 1922, il fut nommé directeur d’études à l’École des Hautes Études dans la chaire d’Histoire des idées morales. En 1932, il était nommé professeur à la Sorbonne.
Albert Bayet mit durant toute sa vie sa grande culture et son talent au service d’un idéal républicain se rattachant à la tradition radicale, jacobine et laïque. Il combattit toute sa vie en faveur de la laïcité. Il entra dès avant 1914 dans le journalisme politique (il collabora à L’Action, organe de combat anticlérical), il écrivit dans L’Homme libre, le Quotidien (où il tint la rubrique « Notre morale », dont les articles furent réunis en volume en 1926), dans La Lumière qu’il contribua à lancer avec Georges Boris en 1927, dans La République d’Émile Roche, organe du radicalisme rajeuni où il écrivit de 1931 à 1934, dans L’Œuvre, dans L’Éveil des Peuples de Marc Sangnier. Fidèle aux grandes traditions du radicalisme, Albert Bayet qui était membre du Parti radical n’en était pas moins ouvert aux thèmes qui étaient ceux des « Jeunes radicaux ». Dans le livre qu’il consacra en 1932 au radicalisme - publié significativement à la Librairie Valois, dans la collection « Crises et plans » -, il écrivait : « Le radicalisme s’aperçoit que la tâche de demain consiste à faire un 89 économique, un 89 international, un 89 intellectuel. » Il préconisait des solutions proches de celles des jeunes radicaux sur les problèmes de la défense de la paix par la coopération économique internationale ; il prônait la réconciliation franco-allemande par l’annulation des dettes, l’extension des compétences de la puissance publique dans le domaine économique.
Ses campagnes dans La Lumière contribuèrent à l’orientation à gauche du Parti radical ; au moment du Front populaire, A. Bayet appuyait Daladier qui allait ultérieurement le décevoir (au congrès radical de 1938 à Marseille, A. Bayet combattit la capitulation de Munich et la politique sociale de Daladier). Ardent défenseur du pacte franco-soviétique, A. Bayet apparut dans les années trente comme un ami de l’Union soviétique ; il écrivit entre 1936 et 1938 dans France-URSS, Russie d’aujourd’hui et surtout dans Regards. Membre de la Commission d’enquête sur les procès de Moscou, constituée en octobre 1936 à la Ligue des droits de l’homme, il s’y montra favorable aux thèses officielles soviétiques. Il se déclara encore convaincu de la culpabilité des accusés des procès en 1945 (L’esprit démocratique des institutions soviétiques). Opposé à la politique de non-intervention en Espagne, il multiplia les articles, les conférences en faveur des républicains espagnols. En novembre 1936, avec P. Langevin et V. Basch, il alla en Angleterre demander de l’aide pour les républicains. Il écrivait dans L’Œuvre, défendant une politique de fermeté en face de l’Allemagne hitlérienne. Opposé à Munich, il rejoignit P. Langevin à « Paix et Démocratie » qui cherchait à réunir les intellectuels anti-munichois. Au moment du Pacte germano-soviétique, il dit sa désapprobation.
En 1940, il fut opposé à l’Armistice qu’il considérait comme une trahison. Replié à la Faculté de Toulouse, il fut révoqué rapidement par Vichy ; il se réfugia alors à Confolens en Charente. En 1942, il se rendait à Lyon pour entrer plus étroitement en contact avec la Résistance. Il y retrouvait Élie Péju et Georges Altman ; ce dernier l’amena au mouvement « Franc-Tireur ». Malgré son âge, il tint à partager le travail et les risques de la clandestinité. Devenu Dumont, il fut nommé au Comité directeur du mouvement « Franc-Tireur », participa activement à la rédaction et à la diffusion du journal. Il publia une brochure, Pétain et la Ve colonne, diffusée clandestinement en 1944 par « Franc-Tireur », qui fut le plus gros succès de librairie clandestine de l’Occupation. En 1943, malgré le danger, il avait regagné Paris où il était devenu un des représentants de « Franc-Tireur » dans la zone Nord. À partir de février 1944, il rédigea l’édition parisienne du journal Franc-Tireur. Il collabora aux Cahiers politiques. Il siégea en 1944 à l’Assemblée consultative, au titre du mouvement « Franc-Tireur » ; il se consacra également à l’organisation de la Fédération de la Presse et à la mise sur pied d’une presse libre pour l’après-guerre. En mars 1944, il devenait président de la Fédération nationale de la Presse clandestine qui se transformera le 25 août 1944 en Fédération de la Presse française. En septembre 1945, il était nommé membre de la « Commission consultative chargée de donner son avis sur les demandes d’autorisation de paraître ». Il présida jusqu’en 1949 le Syndicat de la Presse parisienne.
En février 1945, il donnait une conférence sur « l’esprit démocratique des institutions soviétiques » dans laquelle il définissait l’URSS comme une démocratie fédérative, politique, intellectuelle et sociale, et n’émettait aucun doute sur les procès de Moscou.
En avril 1946, au congrès du Parti radical à Lyon, il s’opposait à la fondation du RGR et était exclu du Parti en même temps que P. Cot. Il continua à militer en faveur de la laïcité et pour la nationalisation de l’enseignement sous le signe de l’idéal laïque. Il demeura président de la Ligue de l’enseignement jusqu’en 1959. Partisan convaincu de l’Algérie française, il signa avec R. Lacoste, A. Morice, M. Bourgès-Manoury le « Manifeste de la gauche pour le maintien de l’Algérie dans la République française » ; il déposa comme témoin à décharge au procès des barricades en janvier 1961.
Après sa mort, un livre lui fut consacré par Fr.-V. Féraud, avec des souvenirs de sa fille et de sa petite-fille.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15971, notice BAYET Albert, Pierre. Pseudonyme dans la Résistance : DUMONT par Nicole Racine, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 16 juillet 2013.

Par Nicole Racine

ŒUVRE CHOISIE : La morale laïque et ses adversaires, Rieder, 1925, 223 p. — Notre morale. Préface de Ferdinand Buisson, Édit. du Progrès Civique, 1926, 340 p. — La Neutralité scolaire est-elle possible ? N’est-ce que la laïcité ? Conférence éducative faite le 28 novembre 1928, salle de l’Union des syndicats confédérés de la région parisienne par Émile Glay, Marcel Déat, Albert Bayet. Paris, Imprimerie de Le Mail et Pascaly, 32 p., s.d. (Groupe fraternel de l’enseignement). — Le Radicalisme, Librairie Valois, 1932, 224 p. (Crises et Plans. II). — Le problème de Jésus et les Origines du christianisme, par P. Alfaric, P.-Louis Couchoud et Albert Bayet, les œuvres représentatives, 1932, XI-189 p. — Français et Britanniques vous parlent de l’Espagne et de la paix. Principales interventions faites à la conférence franco-britannique à Paris le 19 décembre 1936, Miss Rathbone, Wilfrid Roberts, Albert Bayet, Marcel Cachin, Jean Zyromski. Préf. du prof. Langevin, Paris, Impr. Centrale, 1937, 32 p. — Attentats et terreur, instruments de conquête politique. Préface de Albert Bayet, Paris, Comité franco-espagnol, 24 p. — Histoire de France, Éditions du Sagittaire, 1938, 336 p. Préface de Éd. herriot, VIII-336 p. — Qu’est-ce que le rationalisme ? Rieder, 1939, 219 p. — 1789, éveil des peuples. La Révolution française, l’Europe Centrale et les Balkans. Introduction d’Albert Bayet, Éditions de « Voix européennes », 1939, VIII-223 p. — Histoire de la Déclaration des Droits de l’Homme. Du 89 politique au 89 économique, Édit. du Sagittaire, 1939, 174 p. — Pétain et la cinquième colonne. Introduction de Georges Chabot, Éditions de « Franc-Tireur », 1944, 102 p. — L’Esprit démocratique des institutions soviétiques, Belley, impr. Chaduc, 1945, 16 p. — Pour une réconciliation française. Laïcité XXe siècle, Hachette, 1958, 256 p.

SOURCES : Le Monde, 28 juin 1961 — Discours prononcés aux obsèques d’Albert Bayet, 29 juin 1961, Paris, les Amis d’Albert Bayet, 1961, 32 p. — Féraud Fr.-V., Bayet Christiane, Bayet Monique, La Vraie légende d’Albert Bayet, Paris, Nouvelles éditions latines, 305 p. — Who’s who in France ? ; Paris, Lafitte, 1957-1958. — Histoire générale de la presse française, publiée sous la direction de Cl. Bellanger, P. Guiral, F. Terrou, PUF, tome III De 1871 à 1940, 1972, 688 p. — Tome IV, De 1940 à 1958, 1975, 486 p. — Nordmann, J.-Thomas, Histoire des radicaux 1820-1973, La Table Ronde, 1974, 529 p. — Veillon Dominique, Le Franc-Tireur. Un journal clandestin, un mouvement de Résistance. 1940-1944, Flammarion, 1977, 428 p.

ICONOGRAPHIE : Discours prononcé aux obsèques d’Albert Bayet, op. cit. — Féraud Fr.-V., Bayet Christiane, Bayet Monique, La Vraie légende d’Albert Bayet, op. cit.

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