FUGIER Émile, Joseph, François [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis]

Par Michel Cordillot et Daniel Cahen

Né à Marseille (Bouches-du-Rhône) le 29 mars 1845, mort le 14 février 1932 à Creston (Union, Iowa) ; agriculteur ; marié et père de famille ; communiste icarien, membre des communautés de Nauvoo et de Corning ; un des chefs de file des dissidents de la Jeune Icarie ; signataire de la charte d’incorporation de la colonie de Cloverdale (Californie).

Fils de François Fugier (1821-1852) et de Marie-Thérèse Borremans (1816-1884), Émile Fugier passa son enfance dans la communauté icarienne de Nauvoo (Illinois). En 1860, il suivit sa mère dans l’Iowa où il se fit agriculteur. Le 27 août 1865, il épousa Émilie Borremans (née en 1844, giletière), avec qui il eut quatre enfants, deux filles et deux garçons.

En 1877, Émile Fugier fut avec son beau-frère Eugène Mourot l’un des principaux dissidents de la Jeune Icarie. Il figurait parmi les signataires du Précis sur Icarie d’Émile Péron, qui annonçait le caractère inéluctable de la scission. Cette opposition minoritaire, surtout constituée d’Icariens nés en Amérique ou y ayant passé la plus grande partie de leur enfance, prit le nom de « jeune branche », puis de Jeune Icarie ou de « progressistes ». En mai 1878, les dissidents publièrent une revue intitulée La Jeune Icarie, « organe du communisme progressif » (celle-ci était imprimée par Jules Leroux, qui résidait à l’époque au sein de la communauté sans en faire réellement partie), rebaptisée en 1881 Le Communiste libertaire. Le 17 août 1878, les dissidents obtinrent du tribunal du comté d’Adams l’abrogation de la charte d’incorporation de la communauté de Corning, c’est-à-dire la dissolution de la communauté et le partage de ses biens entre les deux courants rivaux.

Les membres de la Jeune Icarie demeurèrent trois ans encore sur les terres de Corning que le tribunal « individualiste » leur avait attribuées, juqu’à ce qu’Armand Dehay (voir ce nom), Pierre et Paul Leroux les entraînent en Californie, où ils fondèrent en 1883 la communauté d’Icaria-Speranza. Émile Fugier fut, avec sa mère, l’un des signataires de la charte d’incorporation de la colonie de Cloverdale (Californie), mais bien qu’associé à son lancement, il n’y mit pour sa part jamais les pieds.

De même qu’Émile Péron, Émile Fugier resta à Corning après 1886 pour liquider les propriétés de la communauté. Mais soit du fait de leur maladresse procédurière, soit du fait de l’indélicatesse des trustees, soit encore du fait des entraves judiciaires mises par la « branche aînée » des Icariens toujours présente dans l’Iowa, les colons d’Icaria-Speranza ne reçurent jamais le moindre argent. Un nouveau jugement du tribunal du comté d’Adams, rendu le 3 août 1886, fut nécessaire pour pouvoir procéder au partage des actifs de l’ex-Jeune Icarie dans l’Iowa, entre les membres cette fois.

À la suite de ce procès, Émile Fugier refusa de rejoindre en Californie ses beaux-frères Paul Leroux et Eugène Mourot, qui voulaient tenter de fonder une nouvelle communauté après la dissolution d’Icaria-speranza en 1886, et il s’établit comme fermier à Creston (comté d’Union, Iowa) où, dans un premier temps,il exerça une activité d’importation de chevaux percherons.

En septembre 1889, Émile Fugier se rendit à Paris en compagnie d’Émile Péron pour y visiter l’Exposition universelle. Leur ancien frère ennemi de la Vieille Icarie, Arsène Sauva, leur servit de guide.

En 1895, la famille s’agrandissant, Émile Fugier, son épouse et leurs sept enfants déménagèrent à Spaulding (comté d’Union, Iowa) puis en 1900 à Douglas (id.). Lors du recensement de 1910, ils habitaient à Garfield (comté de Finney, Kansas) et, en 1916, à nouveau dans l’Iowa, à Sand Creek (comté d’Union).

Émile Fugier exploitait toujours son domaine de Creston en 1905. Il y possédait une ferme prospère de 340 acres (136 ha). Sa fille aînée Anna Louise (1869-1954) habitait pour sa part toujours à proximité immédiate du site d’Icarie lorsque Marie Marchand lui rendit visite en 1902 ou 1903. Le 7 mars 1895 à Spaulding (comté d’Union, Iowa), elle avait épousé un Américain nommé Thomas Yates Brown (1871-1836), originaire de Minersville, dans l’Illinois avec qui elle eut sept enfants, nés entre 1897 et 1912.

Les enfants partis, le couple se réinstalla dans la ferme de Creston. Émilie Borremans décéda le 16 avril 1919 à Creston. Le 14 février 1932, Émile Fugier décéda à son tour dans sa ferme et fut enterré avec son épouse dans cette commune dans les trois jours qui suivirent. L’homologation avec les sept enfants fut actée à Union le 11 mai 1932.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159633, notice FUGIER Émile, Joseph, François [Dictionnaire biographique du mouvement social francophone aux États-Unis] par Michel Cordillot et Daniel Cahen, version mise en ligne le 8 juin 2014, dernière modification le 10 décembre 2019.

Par Michel Cordillot et Daniel Cahen

SOURCES : Jules Prudhommeaux, Icarie et son fondateur Étienne Cabet, Paris, Cornély & cie, 1907, passim. — Marie Marchand-Ross, Child of Icaria, New York, City Printing Company, 1938. — Robert P. Sutton, Les Icariens : The Utopian Dream in Europe and America, Urbana, University of Illinois Press, 1994. — Dale Larsen (ed.), À History and Census of the Icarian Communities : Soldiers of Humanity, The National Icarian Heritage Society, sl, 1998, p. 214. — Notes de François Fourn et Robert Sutton.

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