REYNAUD Jean, Joseph, Marius

Par Alain Dalançon

Né le 17 juillet 1932 à Saint-Jean-en-Royans (Drôme), mort le 21 octobre 2008 à Marseille (Bouches-du-Rhône) ; professeur agrégé de sciences physiques ; militant syndicaliste, secrétaire de la section SNET des Bouches-du-Rhône (1959-1966), secrétaire régional du SNET (1965-1966), secrétaire de la section départementale de la FEN (1962-1964), de la section académique du SNES d’Aix-Marseille (1967-1991), trésorier national du SNES (1980-1991) puis secrétaire de la catégorie des retraités (1992-2001) ; militant communiste ; militant pacifiste.

Jean Reynaud
Jean Reynaud
Congrès SNES 1971 (coll. IRHSES)

Jean Reynaud était l’aîné d’une famille de sept enfants. Son père, scieur sur bois, devint facteur des Postes et sa mère fut un temps couturière avant de s’occuper de sa nombreuse famille. Il passa une partie de son enfance au hameau de Lente dans le Vercors et fut très profondément marqué par la résistance des maquis aidés par son père qui fut reconnu « Pionnier du Vercors » après la guerre. Il avait douze ans lors de l’anéantissement du maquis en juillet 1944 ; avec ses parents, il avait apporté du courrier aux groupes installés dans la forêt ; son père fut pris en otage lors des opérations de ratissage du plateau, et leur maison fut complètement détruite.

Très bon élève à l’école communale de Lente puis au cours complémentaire de Saint-Jean-en-Royans, ses instituteurs le poussèrent à se présenter au concours d’entrée à l’École normale d’instituteurs de Valence auquel il réussit. Étant un des meilleurs élèves de sa promotion (1947-1949), il alla à l’École normale d’Aix (1949-1950) où il obtint le baccalauréat « mathématiques élémentaires » et où il rencontra Maguy Lombard (Maguy Reynaud). Tous deux bénéficièrent d’une année supplémentaire à l’École normale de Montpellier (1950-1951) pour préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de l’enseignement technique. Jean Reynaud intégra l’ENSET le premier, et fut élève dans la section A1 (mathématiques-physique) promotion (1951-1954), Maguy Lombard le rejoignit l’année suivante dans la même section (promotion 1952-1956). Ils se marièrent en septembre 1953 à Saint-Jean-en-Royans et eurent quatre enfants (Serge, Roger, Magali et Michel).

Jean Reynaud effectua son service militaire à Paris, à la base aérienne 117, de novembre 1954 à juin 1956, et fut « libérable » en tant que père de famille, alors que les appelés du contingent commençaient à être envoyés en Algérie. Tout au long de sa vie, il s’engagea contre les guerres coloniales et pour la Paix (contre les guerres d’Indochine, d’Algérie, du Vietnam …) en militant au Mouvement de la Paix, au Comité Audin puis en répondant à « l’Appel des cent ».

Il fut nommé en 1956 à l’école nationale technique du Rempart à Marseille, devenu lycée technique en 1961. Il prépara le concours de l’agrégation de sciences physiques et le réussit en 1962, quand il fut accessible aux anciens élèves de l’ENSET et aux professeurs de l’enseignement technique. Il fut alors nommé au nouveau lycée technique d’État Jean Perrin, à la création duquel il avait contribué, et y termina sa carrière en 1992, au grade de chaire supérieure. Il enseigna en classes préparatoires aux Arts et Métiers (1961-1972), puis en mathématiques spéciales (1972-1981), avant de bénéficier d’une décharge à partir de ses prises de responsabilités syndicales nationales en 1980.

« Rebelle frondeur » dans sa jeunesse, selon ses propres termes, révolté par les horreurs des deux guerres et les injustices, il devint militant communiste au contact de son épouse Maguy, militante du Parti communiste français depuis 1948. Adhérent du Syndicat national des instituteurs dès l’école normale, il était aussi adhérent de la FEN-CGT à partir de 1948 puis participa à la création à l’ENSET d’une section commune Syndicat national de l’enseignement technique-Union nationale des étudiants de France, qui regroupait la majorité des élèves.
À Marseille, il milita au SNET dans le courant UASE (Union pour une action syndicale efficace), fut secrétaire départemental à partir de 1959, puis secrétaire régional à partir de la rentrée 1965 pour l’académie d’Aix-Marseille, après la création de la nouvelle académie de Nice.

Jean Reynaud fut aussi secrétaire de la section départementale des Bouches-du-Rhône de la Fédération de l’Éducation Nationale à partir de 1962. Membre titulaire de la commission administrative nationale en 1963, il présenta cette année-là au congrès national la « motion Bouches-du-Rhône » caractérisée par son refus de s’enfermer dans la rivalité entre tendances. S’appuyant sur le vœu du congrès départemental du SNI des Bouches-du-Rhône, et sur la suspension du référendum-élection au SNET, il fit état des démarches entreprises auprès des responsables de la fédération pour présenter une motion commune, ce que ces derniers refusèrent, de sorte que lui et ses camarades présentèrent aux suffrages des syndiqués une motion. Il proposait de donner au débat d’orientation une nouvelle forme à partir de réflexions et de débats à la base et appelait à la réunification syndicale, la FEN mettant en avant son expérience unitaire.

Jean Reynaud participa à l’organisation du dernier congrès national du SNET en 1965 à l’université Saint-Jérôme de Marseille où se tint une séance commune des congrès nationaux du SNET et du Syndicat national de l’enseignement secondaire qui décida leur fusion pour l’année suivante. Il fit partie du groupe, conduit par Louis Astre, qui fit de nombreux allers et retours entre Aix (où se tenait le congrès du SNES) et Marseille pendant la durée des deux congrès.

Après la création du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré en 1966, il conduisit victorieusement, avec Joseph Dunand (pour l’ancien SNES), la liste « Unité et Action » aux premières élections à la CA du S3 d’Aix-Marseille, face à la liste des « autonomes » conduite par Jean-Marie Lecœuvre. La liste comportait des militants très connus et expérimentés : Georges Cheylan, Jean Déom, Charlotte Pinatel. Les 45 membres de la liste avaient tous des responsabilités dans leur section départementale (S2) ou leur section d’établissement (S1), et souvent une audience hors enseignement : Pierre Baron, Léon Puravel, Antoine Rizzon, Michel Barak, Albert Noailles, Simone Gervais, Germaine Vollaire… étaient des personnages de la vie publique. Toutes les grandes localités et les grands S1 étaient présents.

Ce basculement de majorité allait se répéter quelques semaines plus tard dans le S3 de Paris puis au mois de mai au niveau national. Jean Reynaud resta secrétaire d’un des plus gros S3 du SNES jusqu’en 1991 et membre de la CA nationale jusqu’en 2001. Il fut associé à la direction nationale en 1967 pour animer un groupe de travail sur les enseignements technologiques. Au congrès national de Bordeaux en 1979, son S3 s’opposa au tournant de la revendication de la création d’une hors-classe des certifiés défendue par le secrétaire corporatif André Dellinger et le secrétaire des certifiés Edouard Patard ; il maintint sa motion contre celle des rapporteurs, mais le vote ne lui donna que 35% des mandats contre 55% à celle des rapporteurs.

À la suite de l’échec de la vente des locaux du SNES pour en racheter des nouveaux dans le quartier du Châtelet à Paris, il succéda à Théodore Haddad comme trésorier national en juin 1980 et devint membre du bureau national. Il fit procéder à un retrait partiel des finances du syndicat de la CASDEN pour aller au Crédit mutuel de Marseille. Il poursuivit la politique d’investissements immobiliers des S3 et pour le début de l’informatisation du S4 et des S3. Il fut très attentif à l’évolution de la syndicalisation. Il resta plus de dix ans à la direction de la trésorerie du SNES, travaillant avec les secrétaires généraux successifs, Etienne Camy-Peyret dans la dernière année de son mandat, puis Gérard Alaphilippe et Monique Vuaillat*.

Il siégea aussi durant 19 ans au nom de la FEN au Comité économique et social de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur qui, sous son impulsion, fit des efforts considérables pour rattraper le retard de scolarisation et d’équipement scolaire dans les deux académies d’Aix-Marseille et de Nice.

Devenu retraité en 1992, il fut élu en 1993 secrétaire national de la catégorie des retraités du SNES avec Pierre Antonini pour adjoint, succédant à Cyprien Bocquet. À eux deux, ils cumulaient plus d’un siècle de présence à la CA nationale du SNES. Il fut à l’origine de la disparition du Groupement des retraités de l’enseignement secondaire, au bénéfice d’une seule structure, celle du SNES-retraités affiliée à la Fédération générale des retraités de la fonction publique. Il participa aussi à la mise sur pied d’une structure fédérale dans la nouvelle Fédération syndicale unitaire.

Jusqu’à la fin de sa vie, il resta fidèle au PCF et participa activement à sa vie dans les cellules de ses établissements. L’Humanité lui rendit hommage après de son décès.

Jean Reynaud avait une passion pour l’histoire depuis l’École normale de Valence. Il écrivit deux livres d’une grande qualité, consacrés au Royans, son pays natal où se sont déroulées ses obsèques, ainsi que des articles pour des revues locales, les Amis du Vieil Arles et les Cahiers de Léoncel. Il était membre de plusieurs associations, en particulier les Amis du Musée de la Résistance de Vassieux-en-Vercors et l’Association 1851 pour la mémoire des Résistances républicaines. À cause de la maladie, il ne put terminer le livre qu’il préparait sur les maquis du Vercors en 1944.

Membre fondateur de l’Institut de recherches historiques du syndicalisme dans les enseignements de second degré en 1985, il rédigeait également les notices biographiques de militants de son académie, pour le compte du Nouveau Maitron.

Jean Reynaud était une figure du syndicalisme enseignant ; il aurait aimé qu’on associe à son souvenir celui de son épouse, une militante comme lui, disparue en 1997.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159610, notice REYNAUD Jean, Joseph, Marius par Alain Dalançon, version mise en ligne le 7 juin 2014, dernière modification le 1er avril 2019.

Par Alain Dalançon

Jean Reynaud
Jean Reynaud
Congrès SNES 1971 (coll. IRHSES)
congrès SNES 1991
Jean Reynaud en 1992
Jean Reynaud en 1992
(coll. IRHSES)

ŒUVRE : Le Royans d’avant l’an mil, 1999, Atelier des moyens du Bord. — Avec Michel Barraquand, Lente Autrefois, une histoire, une forêt, un plateau, des hommes.

SOURCES : Arch. IRHSES (fonds SNET, S3 d’Aix-Marseille, trésorerie, congrès CA et BN). — Bulletin des anciens élèves de l’ENSET. — Renseignements fournis par l’intéressé, ses enfants et par Jean-Paul Beauquier.

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