Mineur, marié et père de famille ; militant anarchiste puis socialiste ; coopérateur ; syndicaliste adhérent à l’UMW ; franc-maçon membre de la loge 301 du Droit humain de Charleroi (Pennsylvanie).

Militant anarchiste actif, Étienne Barthelot semble avoir souvent changé de lieu de travail entre 1886 et 1900. Son nom apparut pour la première fois au début de l’été 1886, dans une liste de souscription au bénéfice du journal lancé par Édouard David, La Torpille. Entre septembre 1886 et septembre 1887, il entretint une correspondance régulière avec le journal parisien le Révolté, à qui il fit parvenir à plusieurs reprises des sommes d’argent collectées parmi les mineurs de Coal Bluff (Pennsylvanie). Le 18 mars 1887, il organisa également dans cette localité une réunion pour commémorer l’anniversaire de la Commune de Paris. Il se faisait alors adresser son courrier à l’adresse suivante : Box 26, Coal Bluff Washington Cy, Penna.
En janvier 1889, alors qu’il résidait à Calamity (Pennsylvanie), il adressa au Réveil des masses une lettre de soutien et d’encouragement accompagnée d’une somme de 6,25 dollars qu’il avait recueillie dans son entourage. Il fit la connaissance de Louis Goaziou durant les années 1880, puisqu’il était déjà en contact avec ce dernier avant la parution du premier numéro du Réveil des mineurs (1er novembre 1890). Étienne Barthelot résidait alors à Shaness (Pennsylvanie) et devint le dépositaire officiel de ce journal dans cette même ville. Il passa ensuite à Six Miles Ferry (février 1891), puis à Hope Church (Pennsylvanie), où il faisait fonction en mai de la même année de dépositaire officiel du Réveil des Mineurs. Il resta sans doute quelques mois dans cette ville puisqu’il assista, en mars 1892, à la réunion qu’y tint Louis Goaziou. En janvier 1893, il travaillait à Bellevernon (Pennsylvanie) ; fin mai 1896, il était de nouveau à Hope Church où il accueillit à son domicile Louis Goaziou, alors en tournée de propagande. Il semble qu’à cette occasion soit née entre les deux hommes une amitié profonde et durable. Lorsque les Barthelot perdirent en 1900 un fils âgé de onze ans, victime de la diphtérie, ils demandèrent à Goaziou, intime de la famille, de faire le discours au cimetière.
Ceci n’empêcha pas des désaccords politiques de se faire jour lorsque Louis Goaziou commença à évoluer pour se rapprocher des socialistes. En mars 1897, Barthelot se prononça publiquement en faveur de l’action violente, prenant à partie Goaziou qui lui répondit assez sèchement. En février 1898, le premier cité était apparemment installé à Pittsburg (Pennsylvanie), où il était membre de la colonie de Carnegie.
Toujours anarchiste, Étienne Barthelot fut pourtant l’un des premiers abonnés de L’Union des travailleurs. Au bout de quelques semaines, il écrivit pour protester contre un article de Louis Goaziou dénonçant le geste de l’anarchiste Bresci (qui était retourné en Italie pour y assassiner le Roi) et les attentats violents en général. Barthelot habitait alors à Hope Church. Début 1903, il avait toutefois rejoint la section socialiste locale de Charleroi et en janvier 1904, il fut désigné pour être l’un des candidats socialistes au conseil municipal de Charleroi. Lors de la fondation de la société coopérative de publication de L’Union des travailleurs début 1904, Barthelot fut l’un des administrateurs désignés à titre provisoire pour en assurer la gestion. Coopérateur actif (il avait pourtant sévèrement mis en cause les coopératives existantes dans une correspondance adressée à La Tribune libre en décembre 1898), il rejoignit aussi les rangs de l’Indépendance de Charleroi, participant en tant que chanteur amateur à l’animation du bal-concert annuel. Il fut élu membre du conseil des directeurs de l’Association coopérative de Charleroi lors du renouvellement du bureau en janvier 1905, puis vérificateur en 1906.
En août 1903, Barthelot avait quitté la mine après avoir acheté une maison et un magasin à Gormley (Pennsylvanie) ; mais cette expérience dans le commerce semble avoir été de courte durée, puisqu’en novembre 1904, il fut coopté au conseil d’administration de la coopérative de publication de L’Union des travailleurs et fut chargé, moyennant rétribution, de la régie publicitaire du journal. Il s’occupa également de rassembler les fonds qui faisaient cruellement défaut à la coopérative de publication, et en l’espace de quelques mois il réussit à trouver dix actionnaires nouveaux. En 1910, il fut élu membre du comité de direction de L’Union des travailleurs lors de l’assemblée annuelle des actionnaires. Jusqu’à la disparition de ce journal, il continua de le soutenir activement en plaçant des abonnements et en versant généreusement à la souscription permanente.
Mais sans doute les revenus qu’il pouvait titrer de ses activités militantes étaient-ils insuffisants, puisqu’il retourna à la mine. Militant syndicaliste en vue, Étienne Barthelot fut l’un des six Français qui assistèrent en qualité de délégués à la convention d’Indianapolis de l’United Mine Workers en 1912. Il résidait alors 225 McKean Avenue, à Charleroi. Entre 1912 et 1916, il fut victime de deux accidents de mine, dont un très grave puisqu’il resta alité durant plus de deux mois.
De 1912 à 1916, la vie militante d’Étienne Barthelot se confondit dans une large mesure avec les efforts des socialistes de Charleroi pour parvenir à mettre sur pied une Fédération de langue française du Parti socialiste américain. À l’occasion du grand meeting de soutien aux grévistes de Lawrence le 24 mars 1912, il prit la parole pour lancer un appel en faveur de la création d’une Fédération française affiliée au PSA. Membre de la section socialiste francophone fondée début juillet 1912 à Charleroi à l’occasion d’une réunion tenue en présence de Sigurd Russell et de Louis Goaziou, il en fut élu responsable à l’organisation, puis fut désigné à ce titre pour faire partie du bureau exécutif de la future Fédération de langue française. En novembre 1913, il occupait la fonction de président du Comité national exécutif provisoire de ladite Fédération.
Franc-Maçon, Étienne Barthelot fut l’un des fondateurs fin 1903 de la très progressiste loge 301 du Droit humain de Charleroi. Il en fut le président de 1911 à 1913.

SOURCES : La Torpille, juin-juillet 1886. — Le Révolté, 25 septembre, 11 décembre 1886, 16 avril, 21 mai 1887. — Le Réveil des masses, janvier 1889. — Le Réveil des mineurs, 1er novembre 1890, 14 février, 30 mai 1891, 3 mars 1892 entre autres. — La Tribune libre, 25 juin 1896, 25 mars 1897, 17 février 1898, 11 juillet 1900 entre autres. — L’Union des travailleurs, 30 mai 1901, 23 avril, 27 août 1903, 21 janvier, 1er décembre 1904, 26 janvier 1905, 25 janvier, 20 décembre 1906, 8 décembre 1910, 25 janvier, 18 juillet 1912, 24 juillet 1913, 27 novembre 1913, 8 avril 1915 entre autres.

Michel Cordillot

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