Né le 14 mai 1930 à Bois-le-Roi (Seine-et-Marne) , mort le 30 mars 2017 à Bezons (Val-d’Oise) ; instituteur ; militant syndicaliste du SNI et de la FEN, secrétaire général de la section de la Seine-et-Oise puis du Val-d’Oise de la FEN (1960-1985), membre de la CA nationale de la FEN (1960-1985), cofondateur et responsable de la revue Unité et Action ; militant communiste, adjoint au maire de Bezons (Seine-et-Oise/Val d’Oise).

photo dans un meeting en 1976 (Coll. IRHSES).
Photo au congrès de 1953 de la FEN-CGT au milieu des jeunes instituteurs (à droite)
1992, Ethia et Alfred Sorel, Daniel et Marcelle Renard
Fils d’un ouvrier serrurier (OS2), syndiqué (CGT), électeur et sympathisant communiste, et d’une mère également sympathisante, Daniel Renard suivit sa scolarité primaire à Olivet (Loiret) puis à Orléans (Loiret). Baptisé et ayant fait sa première communion, il se détacha très vite de la religion. Il effectua ses études secondaires à Orléans, d’abord à l’école primaire supérieure Benjamin Franklin, devenue collège moderne et technique, puis au lycée Pothier où il obtint le baccalauréat (série philosophie) en 1948. Il avait une sœur qui devint professeur de lettres dans le Loiret.
Entré à l’École normale d’instituteurs de Versailles (Seine-et-Oise, Yvelines), il y effectua deux ans de formation professionnelle, fut nommé en octobre 1950 instituteur à Saint-Chéron (Seine-et-Oise, Essonne) puis en octobre 1951 à Bezons, à l’école du Centre, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite professionnelle prise en 1985.
Au moment du référendum syndical de 1948 sur l’attitude à prendre face à la scission de Force ouvrière, Daniel Renard vota pour le maintien du Syndicat national des instituteurs à la CGT avec les normaliens de Versailles adhérents du syndicat. Militant ensuite à la Fédération de l’Éducation nationale-CGT dès 1948, dans le cadre de la double affiliation, il y fut un des principaux animateurs de la commission fédérale de la jeunesse entre 1948 et 1953 avec René Giloux, et un des rédacteurs des bulletins Normaliens et Jeunes enseignants. A ce titre, il participa au congrès d’Oslo de la Fédération mondiale de la jeunesse démocratique en 1952 et à la conférence mondiale de la Fédération internationale syndicale de l’enseignement à Vienne en 1953. Membre du bureau national de la FEN-CGT, il la quitta après le congrès de la Grange-aux-Belles de décembre 1953, répondant ainsi à l’appel du bureau politique du Parti communiste français de janvier 1954, qui invitait les instituteurs à militer uniquement dans la FEN autonome.
Daniel Renard adhéra en septembre 1947 au PCF à Orléans où il créa une cellule de lycéens et normaliens puis il anima la cellule de l’ENI de Versailles. Il y fut d’ailleurs sanctionné pour avoir manifesté son hostilité à une exposition qui vantait l’intervention américaine en Corée. Il fit partie des comités des sections communistes où il milita (Orléans, Versailles, Arpajon, Bezons). Quand L’Ecole et la Nation fut créée en 1951, il en devint membre du comité de rédaction.
Le 20 septembre 1952, il épousa à Tremblay-lès-Gonesse (Tremblay-en-France) (Seine-et-Oise/Seine-Saint-Denis), Marcelle Poussard, fille d’un facteur, institutrice, formée à l’École normale d’institutrices de Saint-Germain en Laye (Seine-et-Oise/Yvelines), militante qu’il avait connue à la CFJ de la FEN-CGT. Elle devint, dans les années 1960, institutrice en collège d’enseignement général. Trois enfants naquirent de cette union, en 1954, 1955 et 1964. Son épouse décéda en 2008.
Il effectua son service militaire entre mai 1954 et octobre 1955 au 93e Régiment d’infanterie, au camp de Frileuse à Beynes en Seine-et-Oise ; déjà fiché, on lui refusa l’accès au corps des élèves officiers de réserve et il termina son service au grade de caporal-chef.
À son retour à la vie civile, Daniel Renard milita dans la section du SNI de la Seine-et-Oise, dont il devint membre du conseil syndical en 1955, fonction qu’il exerça également dès cette date à la section départementale de la FEN. En 1956, maintenant membre des bureaux des deux sections, après l’intervention soviétique en Hongrie, la direction nationale de la FEN déploya une intense campagne anti-communiste et anti-cégétiste. Dans la diversité de leurs opinions politiques, les instituteurs de Seine-et-Oise refusèrent cette politisation et considérèrent qu’il fallait surtout mettre en avant les revendications syndicales et en premier lieu, l’abrogation des zones de salaires. C’est à ce moment que des militants qui votaient pour la majorité « autonome » se mirent d’accord avec des militants « cégétistes » pour former un courant « hors-tendances ». Un animateur de ce courant fut élu au secrétariat départemental du SNI en 1957 ; Daniel Renard fut rapidement un des principaux dirigeants avec Albert Beaudout (secrétaire départemental en 1960) et Alfred Sorel. La section avait en outre deux particularités : d’une part les conseillers syndicaux étaient élus dans les sous-sections, et non sur des listes départementales qui cristallisaient les luttes de tendances, et au plus près des syndiqués qui pouvaient ainsi choisir les militants les plus actifs ; d’autre part, le bureau n’était pas homogène mais constitué des représentants des tendances de façon proportionnelle. Responsable du secteur « action laïque », Daniel Renard participa à ce titre à la direction du conseil départemental de la Fédération des conseils de parents d’élèves et devint secrétaire général du Comité départemental d’action laïque qui fut à l’initiative de nombreuses réunions locales sur la défense de la laïcité et les réformes de l’enseignement.
Daniel Renard fut très actif dans les réunions nationales du SNI. Délégué au congrès du SNI à Brest, le 19 juillet 1958, lors de la séance « Pour le respect de la laïcité dans les grands moyens modernes d’expression de la pensée : radio, télévision, cinéma », il dénonça l’emprise gouvernementale sur les médias. Au congrès de 1961, le 6 juillet, lors de la discussion des questions laïques, il souligna les nombreuses attaques contre la laïcité. L’année suivante, le 13 juillet, il prit part à la discussion du rapport moral et décrivit la « situation de l’école très mauvaise » et le lendemain, dans la discussion sur la question laïque, appela à l’union de tous les laïques. En 1963, le 10 juillet, il estima que pour « arrêter la dégradation de l’enseignement », il fallait réagir « dans l’union ». Le 7 juillet 1964, après le rapport laïque, il estima qu’il ne fallait pas « opposer laïcité et démocratisation ». Le 14 juillet 1965, il se montra favorable à la nationalisation de l’enseignement.
Il fut élu secrétaire général de la section FEN de la Seine-et-Oise en juin 1960. La section appela à la manifestation contre l’OAS (Organisation de l’armée secrète) et pour la paix en Algérie du 8 février 1962, qui se termina tragiquement à la station de métro Charonne par la mort de huit manifestants et plusieurs dizaines de blessés. Il devint alors le président du « Comité Vérité et Justice pour Charonne ». En décembre 1963, Daniel Renard fut l’organisateur, avec Beaudout (SNI) et André Drubay (SNES) de la première grève scolaire départementale pour des créations de postes, la diminution des effectifs et l’augmentation des constructions scolaires.
Après la partition du département de la Seine-et-Oise en 1967, il conserva ses responsabilités dans la nouvelle section départementale du Val d’Oise, charge qu’il assura jusqu’en 1985. À l’automne 1960, il fut élu membre titulaire de la commission administrative nationale de la FEN et le resta jusqu’en 1985. Convaincu que le courant « Unité et Action » devait exister pleinement dans le SNI et au plan fédéral, il fut avec Gérard Alaphilippe, André Drubay, Marcel Berge et Jean Haremza fondateur à la rentrée 1970 de la SARL (société à responsabilité limitée) « Unité et Action » dont il était le gérant et le directeur de publication de son bulletin, qui devint une revue, et dans laquelle il écrivit de nombreux articles. Il fut donc un des principaux responsables du courant U-A dans le SNI et surtout dans la FEN. Il intervenait en particulier sur les questions pédagogiques et la formation des maîtres comme lors du congrès du SNI à Pau en 1973, lorsqu’il procéda à une critique radicale du projet d’ « École fondamentale » de la majorité. Il rédigea à cet effet une petite brochure éditée par le courant « Unité et Action ». Il fut à de nombreuses reprises le porte-parole de la tendance au niveau fédéral. En 1982, quand les statuts de la FEN furent modifiés, créant un nouveau Bureau fédéral national distinct de l’Exécutif national, où les diverses tendances étaient représentées, il en fut élu membre suppléant au titre d’U-A.
Daniel Renard, qui avait suivi le stage organisé par le PCF pour les instituteurs communistes en 1958, fut désigné par le secrétariat du PCF, le 13 avril 1960 pour faire partie de la commission laïque. Le même secrétariat, le 31 juillet 1962, décida qu’il serait le directeur adjoint du prochain stage pour les instituteurs communistes. Il participa dans les années 1965-1968 à la commission nationale « Éducation » du PCF qui avait été créée en 1964. Mais à la suite de la création du bulletin Unité et Action, son nom et celui d’Alfred Sorel ne figurèrent plus, à partir d’octobre 1970, dans le comité de rédaction de L’Ecole et la Nation, concession faite aux dirigeants de la FEN.
Militant communiste à Bezons, membre du bureau de la section communiste, membre du comité fédéral de Seine-et-Oise-Nord depuis 1965 puis du Val d’Oise jusqu’en 1996, il y fut membre de la commission « Éducation nationale » puis responsable de la commission « culture ». Il n’accepta de mandat municipal qu’en 1983 et devint maire adjoint, chargé de l’information et des questions du personnel. Il fut réélu en 1989 et occupa les fonctions de premier adjoint en charge des affaires générales, du personnel et de la culture, domaine dans lequel il fit beaucoup pour la modernisation et le développement des structures culturelles de sa ville, le théâtre surtout mais aussi la bibliothèque et l’école de musique. Il mit fin à ses responsabilités municipales en 1995.
Passionné de culture et d’histoire, il fut l’initiateur, en tant que membre du comité fédéral du PCF du Val d’Oise, des Semaines culturelles de la fédération qui, autour d’expositions, de débats et de spectacles, réunissaient chaque année des personnalités du monde politique et culturel de toutes sensibilités. Il était par ailleurs membre du conseil d’administration de l’Institut de recherches historiques sur le syndicalisme dans les enseignements de second degré et membre du comité de parrainage de l’Association pour l’histoire des militants associatifs et syndicaux de l’éducation.
Daniel Renard était également l’auteur, seul ou en collaboration, de plusieurs ouvrages d’histoire locale, sur les cahiers de doléances du Val d’Oise et l’histoire de Bezons.
Secrétaire national de l’Amicale des vétérans du PCF en 1996, il en était le président depuis 2007.

ŒUVRES : 1789 : les Valdoisiens ont la parole, éditions Vive 89, 1989 ; Bezons du village à la ville, éditions du Valhermeil, 1994 ; Bezons et la guerre de 1914-1918, éditions du Valhermeil, 1999 ; Bezons, mémoire en images, éditions Alain Sutton, 2001.

SOURCES : Bulletins du SNI puis du SNI-PEGC et de la FEN de la Seine-et-Oise et du Val d’Oise ; L’Enseignement Public, L’Ecole Libératrice ; L’Ecole et la Nation ; Bulletin puis Revue Unité et Action.— Archives du comité national du PCF. — Arch. IRHSES.— Témoignages écrits et oraux de l’intéressé. — Notes d’Alain Dalançon et de Jacques Girault.

Pierre Petremann

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