RIGAUD Louis, Auguste, Léonce

Par Alain Caratini, Guy Le Néouannic, Guy Putfin

Né le 10 mars 1922 à Mostaganem (Algérie), mort le 9 mai 2011 à l’hôpital de Bagnolet (Seine Saint Denis) ; instituteur ; syndicaliste ; secrétaire général adjoint du SNI d’Alger (1956 - 1962), président de l’APIFA (section du SNI en Algérie) et de la FENFA (section FEN en Algérie) de 1962 à 1964, membre du bureau national du SNI, membre de la CA de la FEN (1963 - 1964).

L’arrière grand père de Louis Rigaud était un déporté politique, envoyé au bagne de Lambèse (Constantinois), suite à la répression de l’insurrection parisienne de juin 1848.

Fils de Léonce Rigault et de Rosine Refregier, Louis Rigaud entra à l’école primaire de Mascara en 1927. En 1934, son père, gendarme, fut muté à Alger, et Louis fit ses études à l’école primaire supérieure, avant d’entrer en 1939 à l’École normale d’instituteurs d’Alger-Bouzaréah. Sa promotion comprenait dix pour cent d’Algériens. Les bâtiments étant réquisitionnés par les Américains après le débarquement du 8 novembre 1942, les élèves-maîtres effectuèrent leur scolarité dans les locaux de l’École normale d’institutrices à Miliana, à 110 kilomètres à l’est d’Alger. Louis Rigaud y rencontra sa future épouse, normalienne. Á l’issue de sa scolarité, il obtint le brevet supérieur qui comportait, en plus, une épreuve d’arabe dialectal, et une épreuve d’enseignement agricole.

Joueur de basket de haut niveau, Louis Rigaud participa aux championnats de France universitaires en 1939 et fut sélectionné dans l’équipe nationale pour les « jeux mondiaux universitaires » qui devaient se tenir à Monaco en septembre 1939 et furent annulés. Sous les couleurs du Racing Universitaire Algérois, il fut champion d’Algérie puis d’Afrique du Nord en 1942.

Appelé sous les drapeaux, il fut incorporé au terme de l’année scolaire 1942-1943 dans l’Armée de l’air, et envoyé aux États-Unis pour y effectuer un stage d’élève pilote de chasse. Il participa aux campagnes de France, d’Allemagne, puis fut démobilisé en septembre 1945. Il obtint la Croix de guerre avec trois palmes et fut fait chevalier de la Légion d’Honneur.

Il se maria le 21 septembre 1944 avec Anna Kremer, dite « Nanou », institutrice. Le couple eut une fille et un garçon.

Nommé directeur d’école à cinq classes à Burdeau, un village de colonisation situé dans la haute plaine du Sersou, à environ 30 kilomètres à l’est de Tiaret, à la rentrée d’octobre 1945, il adhéra au Syndicat national des instituteurs, à la sous-section de Vialar. Il en devint le trésorier puis le secrétaire. Á la rentrée 1954, il fut nommé maître à l’école annexe de l’École normale d’Alger-Bouzaréah. Il fut élu au conseil syndical de la section d’Alger, puis en 1956 membre du bureau de section où il assuma les fonctions du secrétaire général adjoint chargé des questions pédagogiques.

Durant cette période, dans le cadre des sections algériennes du SNI, Louis Rigaud participa activement à la mise en œuvre de la fusion des deux types d’enseignement qui fonctionnaient en Algérie : enseignement A pour les enfants de souche française, l’enseignement B pour les enfants de souche algérienne, fusion qui permettait de rassembler les enfants dans une même école, et les enseignants dans une organisation syndicale unique, avec progressivement unité de statut et de salaire.

En mai 1957, la section du SNI d’Alger termina le travail entrepris en 1953 et publia les numéros spéciaux de son bulletin mensuel « L’école républicaine », consacrés à l’histoire de l’Afrique du Nord. Il fut élu à la commission administrative paritaire départementale en 1957, puis au conseil départemental de l’Éducation nationale en 1960. En 1962, il fut nommé directeur de collège d’enseignement général à Climat de France à proximité de l’École normale de Bouzaréah.

Avec Marcel Dubois, secrétaire général de la section du SNI d’Alger, Louis Rigaud défendit sans faiblir, sans concession, et malgré les menaces et le plasticage du local du SNI par l’OAS, les positions du SNI et de la FEN sur « la table ronde sans exclusive ni préalable » pour trouver une solution politique à la guerre d’Algérie. Après l’assassinat par l’OAS le 15 mars 1962 de l’inspecteur Max Marchand, de l’instituteur Mouloud Feraoun et de quatre autres inspecteurs des centres sociaux éducatifs d’Algérie (Marcel Basset, Robert Eymard, Ali Hammoutene, Salah Ould Aoudia) à El Biar, le recteur s’alarma de la sécurité des responsables du SNI d’Alger et les mit à l’abri quelque temps sur la base aérienne de la Rhéghaia. Marcel Dubois et Maurice Gantchoula allèrent quelque temps à Rocher Noir, tandis que Louis Rigaud préféra aller passer les vacances de Pâques avec sa femme et ses deux enfants chez ses beaux parents, dans le Sersou, à 250 kilomètres au sud d’Alger. Il mit ensuite ses enfants à l’abri en les envoyant terminer l’année scolaire en internat à Nice.

Après les accords d’Evian du 18 mars 1962, puis la nomination de l’Exécutif provisoire algérien (7 avril 1962), Louis Rigaud accompagna Marcel Dubois à Rocher Noir, siège de l’Exécutif provisoire algérien, le 14 avril 1962 pour y rencontrer Charles Koenig, membre de l’Exécutif provisoire, instituteur puis professeur de collège, maire de Saïda, syndiqué au SNI. Cette première rencontre entre Louis Rigaud et Charles Koenig fut rude. Charles Koenig la décrit ainsi : Dubois était « accompagné d’un collègue que je ne connaissais pas, Louis Rigaud qui, les présentations faites, nous apostropha sans ménagement... » Ce fut le début d’une grande amitié entre les deux hommes.

En juin 1962, après le départ de Marcel Dubois pour la France, Louis Rigaud assura le secrétariat général de la section d’Alger. Avec Georges Lauré, Georges Aulong pour la FEN, Pierre Desvalois, James Marangé pour le SNI, Robert Chéramy et Louis Astre pour le SNES et le SNET, et Denis Forestier pour la MGEN, il participa à Rocher Noir, aux premières discussions sur l’élaboration d’un protocole d’accord relatif à la coopération culturelle qui complétait pour l’enseignement le contenu des accords d’Évian. L’accord fut trouvé grâce au précieux concours de Charles Koenig, délégué aux Travaux publics dans l’Exécutif provisoire, mais bon connaisseur des problèmes de l’enseignement, et qui fit le lien entre la délégation syndicale et ses collègues de l’Exécutif. Cela permit à l’Algérie indépendante de pouvoir effectuer la première rentrée scolaire 1962-63 : les enseignants d’Algérie demeuraient fonctionnaires français, détachés et rémunérés par le gouvernement français ; chaque instituteur d’Algérie était rattaché à un département métropolitain.

À la rentrée 1962, les sections SNI et FEN d’Algérie se transformèrent en APIFA (Association professionnelle des instituteurs français en Algérie) et en FENFA (Fédération des enseignants de nationalité française en Algérie), Louis Rigaud en devint le président. En 1963 il fut membre du bureau national du SNI et de la commission administrative de la FEN, au titre de la tendance autonome. Son inlassable activité, sa connaissance du pays et des hommes lui permirent d’asseoir sur des bases solides le démarrage de la coopération culturelle franco-algérienne, avec l’aide de militants tels que Charles Kœnig, Raoul Conge et Claude Salvignol.

En 1963 l’Éducation nationale récompensa son action par l’attribution de la médaille de chevalier des Palmes académique, et en 1965, le gouvernement, au titre du Premier ministre, par la promotion au grade d’Officier de la Légion d’Honneur.

À l’automne 1964, Louis Rigaud, surmené, fit un infarctus du myocarde. Charles Koenig, au terme de son mandat de député de l’Assemblée nationale algérienne constituante, nommé professeur de collège à Alger, fut élu secrétaire de la section d’Alger de l’APIFA. Le 14 janvier 1965, lors de la réunion du bureau national du SNI, il fut annoncé que Louis Rigaud abandonnait le bureau en raison de son état de santé. Charly Koenig lui succéda alors aux présidences de l’APIFA et de la FENFA.

À son arrivée en France, le SNI demanda à Louis Rigaud, selon le souhait d’Henri Aigueperse, d’aller à SUDEL, la maison d’édition du SNI, où en 1972, il succéda à Henri Baude comme président directeur général, fonction qu’il occupa jusqu’en 1976, où il fut remplacé par Marcel Dubois.

Rigaud poursuivit certaines activités. Quand commença à fonctionner l’Association pour la Liberté d’expression à la radio et à la télévision fondée par les organisations constituant le Comité national d’action laïque, il présenta ALERTE dans L’Ecole libératrice le 26 novembre 1965. Il fut un des principaux contributeurs aux pages pédagogiques de L’École libératrice. Toujours au titre du SNI, il fit partie de la Commission présidée par l’Inspecteur Général Rouchette, puis de celle présidée par l’Académicien Pierre Emmanuel, toutes deux consacrées à la réforme de l’enseignement du français. Ainsi lors de la session générale et syndicale d’études organisée par le SNI sur le thème "L’école dans la société contemporaine", les 31 mars-2 avril 1966, il animait le deuxième groupe sur "Comment harmoniser entre eux les différents stades de la scolarité. Un exemple : L’enseignement du français". Enfin il fut membre de la commission chargée de la simplification du vocabulaire judiciaire.

Louis Rigaud et Henri Vasconi publièrent aussi chez SUDEL, plusieurs ouvrages scolaires pour l’apprentissage du Français à l’école élémentaire, à partir de 1966, ouvrages qui connurent un grand succès et furent réédités jusqu’en 1978.

En 1977, pour raison de santé, Louis Rigaud cessa toute activité. Il partagea son temps entre le 20e arrondissement de Paris et Carqueiranne, dans le Var, où il rencontrait régulièrement son ami Charles Koenig, retiré à Nice.

Louis Rigaud retraça son itinéraire militant en Algérie devant le groupe de recherche FEN-Centre de recherche d’histoire des mouvements sociaux et du syndicalisme de l’Université de Paris 1, sur l’histoire du syndicalisme enseignant, le 17 novembre 1993. Il participa au colloque organisé par l’UNSA Education le 20 mars 2002 sur “Les instituteurs et les professeurs en Algérie (1883 - 1962)”, où il traita de “L’école en Algérie de 1945 à 1962”, et “Le SNI et la guerre d’Algérie”.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article159292, notice RIGAUD Louis, Auguste, Léonce par Alain Caratini, Guy Le Néouannic, Guy Putfin , version mise en ligne le 1er juin 2014, dernière modification le 18 août 2016.

Par Alain Caratini, Guy Le Néouannic, Guy Putfin

OEUVRE : Rigaud-Vasconi, De la lecture à l’expression orale, vol I et II, SUDEL, 1966 à 1977. — « L’école en Algérie (1880 – 1962 ») in L’École en Algérie : 1830 – 1962 ouvrage réalisé par l’association des Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons, Publisud, 2001, p. 23 - 73. — « L’École en Algérie de 1945 à 1962 », et « Le SNI et la guerre d’Algérie », in L’École dans l’Algérie coloniale, conformer ou émanciper ?” Les Cahiers du centre fédéral, n° 40, SUDEL, 2004, p. 41 - 47 et 50 - 54.

SOURCES : Archives nationales du Monde du travail, archives de la FEN, fonds 2000 057, 17 WP 4 (documents donnés par Louis Rigaud). — Arch. Nat. France Outre-mer, Aix-en-Provence, ALG 91 3 F/110. — Entretiens avec l’intéressé. — Témoignages de Louis Rigaud, « Vie et militantisme en Algérie de 1922 à 1964 », Cahiers du centre fédéral, FEN, n° 12, février-mars 1995, p. 9-84, et de Charles Koenig « souvenirs et témoignage d’un membre de l’Exécutif provisoire algérien », Cahiers du centre fédéral, FEN, n° 1, mars 1992, p. 35-160.---- Louis Rigaud, « Souvenirs et réflexions » mémoires inédites, 1999-2000. — Notes de Louis Botella, de Jacques Girault, de Jean-Paul Roux.

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