RÉTORÉ Guy

Par Marion Denizot

Né le 7 avril 1924 à Paris (XXe arr.) ; mort le 15 décembre 2018 ; metteur en scène et directeur de théâtre ; participe au mouvement de la décentralisation dramatique en France, en fondant en 1964 le Théâtre de l’Est Parisien (TEP), première Maison de la Culture à Paris.

Guy Rétoré naquit au cœur du village de Charonne, de parents d’origine solognote. Il resta attaché au XXe arrondissement tout au long de son parcours théâtral. Ayant découvert le théâtre à l’adolescence au patronage de Charonne, il intégra, à la Libération, L’Équipe, la compagnie théâtrale de la SNCF, animée par Henri Demay. Il fonda ensuite La Guilde, troupe amateur qui se professionnalisa peu à peu. Rejoint par Jean Cosmos, puis par Arlette Téphany et Raymond Garrivier, la compagnie se fit connaître avec la création de La Vie et la mort du roi Jean de Shakespeare (1956). En 1957, elle remporta le prix du Concours des Jeunes compagnies, fondé par la Direction des Arts et Lettres en 1946 pour accompagner le mouvement de la décentralisation dramatique. La Guilde s’installa alors dans une salle de patronage, que Guy Rétoré nomma le Théâtre de Ménilmontant, au 15, rue du Retrait.

La Guilde développa un projet artistique proche de celui des différents centres dramatiques créés par Jeanne Laurent, sous-directeur des spectacles et de la musique au ministère de l’Éducation nationale entre 1946 et 1952. Les pièces étaient majoritairement issues du répertoire classique, les contacts avec le public et les habitants de l’Est parisien étroits et l’esprit de troupe privilégié. En 1960, Guy Rétoré monta deux pièces d’Alfred de Musset (Les Caprices de Marianne et La Fleur à la bouche), qui mirent en lumière sa proximité avec le brechtisme. Les éléments de critique sociale et religieuse conduisirent le clergé local à suspendre le bail jusqu’ici accordé à la compagnie. Commença alors une période nomade, marquée par des représentations au sein d’associations, d’amicales de locataires, de comités d’entreprise ou d’établissements scolaires du quartier, préfigurant le réseau de relais sur lequel s’appuya la future Maison de la Culture. Le Théâtre de l’Est Parisien, installé dans l’ancien cinéma Le Zénith, acquis par l’État, au 15 rue Malte-Brun, derrière la Place Gambetta, fut inauguré le 29 janvier 1964, en présence d’André Malraux, ministre des Affaires culturelles. La première saison reçut un accueil triomphal, en particulier Le Manteau, création de Jean Cosmos d’après Gogol.

Durant les années 1960 et 1970, sans jamais abandonner les principes hérités du théâtre populaire et tout en offrant une programmation pluridisciplinaire (cinéma, musique, conférences-débats, chansons, danse), le TEP devint un haut lieu du théâtre contemporain, en prise directe avec la société. En 1966, les créations de Vous vivrez comme des porcs de John Arden et de La Coupe d’Argent de Sean O’Casey marquèrent la transition vers un répertoire plus engagé. Avec Les Treize Soleils de la Rue Saint-Blaise, écrit par Armand Gatti, d’après les témoignages de spectateurs, Guy Rétoré s’engagea dans une voie originale : théâtraliser l’expérience de certaines catégories de population, avec la complicité d’un auteur. Le principe fut renouvelé avec Clair d’Usine de Daniel Besnehard (1980), Le Chantier de Charles Tordjman (1982) et Entre Passions et Prairie de Denise Bonal (1987).

La création triomphale de L’Opéra de Quat’sous en 1969 ouvrit une longue série de mises en scène de pièces de Bertolt Brecht (Maître Puntila et son valet Matti en 1977 et La Résistible ascension d’Arturo Ui en 1988). Sainte-Jeanne des Abattoirs (1972), parabole parfaitement didactique, dont la mise en scène de Guy Rétoré et la scénographie d’André Acquart accentuaient encore l’adresse au public, remporta également un grand succès (grand prix de la meilleure mise en scène décernée par le Syndicat de la critique dramatique et Prix Dominique de la mise en scène).

En 1971, Jacques Duhamel, ministre des Affaires culturelles, offrit au TEP le statut de théâtre national. L’année suivante, l’ouverture du « Petit TEP » permit de diversifier les propositions, en y associant étroitement le public.

La nomination de Jack Lang au ministère de la Culture, en 1981, signa, d’une certaine façon, la fin des « temps difficiles » : la subvention du TEP fut augmentée et la décision de construire de nouveaux locaux, après de longues années de lutte, fut ratifiée par le ministre de la Culture. En 1983, l’équipe s’installa au 159, avenue Gambetta, à 700 m de la rue Malte-Brun, pendant la durée des travaux. L’inauguration du théâtre national rénové était prévue pour janvier 1988, mais Guy Rétoré préféra conserver la salle de l’avenue Gambetta, plus adaptée, selon lui, à sa conception du théâtre populaire.

Le théâtre de la rue Malte-Brun prit alors le nom de Théâtre de la Colline dont la direction fut confiée à Jorge Lavelli. Pour la saison 1987-1988, le « nouveau » TEP disposait d’une salle de 300 places, sans dégagements, ne permettant pas l’accueil de lourds spectacles mais offrant une souplesse appréciable. Le répertoire alternait Classiques français et étrangers et créations contemporaines. Les Ateliers-Théâtre, repris en 1993, conduisirent à l’élaboration de spectacles le plus souvent hors les murs du TEP. La promotion de l’écriture contemporaine se poursuivit avec, notamment, la commande d’un texte en 1989 à Daniel Besnehard, Clair de terre (écrit après des ateliers itinérants dans le monde rural), la création en 1994 de « Paroles d’Auteurs » (chaque saison, cinq soirées consacrées à la dramaturgie en train de s’écrire) et les mises en scène par Guy Rétoré de pièces d’auteurs contemporains : Chacun pleure son Garabed de Jean-Jacques Varoujean (1991), Les Poupées de Martin Provost (1992), Le Oui de Malcolm Moore de David Holman, adaptée par Didier Daeninckx (1994) ; La Femme comme champ de bataille de Mateï Visniec (1999).

En juillet 1999, l’annonce de la nomination de Catherine Anne à la tête du TEP, sans que Guy Rétoré n’en fut préalablement informé, déclencha une violente crise de succession, qui ne trouva sa résolution qu’en juillet 2002 par la transformation du TEP en lieu dédié au jeune public et aux écritures contemporaines.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158964, notice RÉTORÉ Guy par Marion Denizot, version mise en ligne le 19 mai 2014, dernière modification le 1er janvier 2019.

Par Marion Denizot

SOURCES : Alfred Simon, Le TEP, un théâtre dans la cité, BEBA, 1987 ; Marion Denizot, « Le Théâtre de l’Est Parisien », in Le XXe Arrondissement. La Montagne à Paris, Action artistique de la Ville de Paris, 1999, p. 189-194 ; Fonds (en cours de classement) du Théâtre de l’Est Parisien (4° COL 170) au département des Arts du Spectacle de la Bibliothèque nationale de France.

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