POMMATAU Jacques

Par Guy Le Néouannic

Né le 15 septembre 1932 à Lyon (3e arr., Rhône) ; instituteur ; secrétaire départemental du SNI de l’Ain (1965-1970), secrétaire permanent du SNI (1970-1981), secrétaire général de la FEN (1981-1987)

La famille Pommatau constituait dans l’Ain une véritable dynastie d’instituteurs puisque Jacques Pommatau étaitt le petit-fils d’émile Pommatau, instituteur, le fils de Louis Pommatau* et de son épouse Marcelle, instituteurs à Champdor dont les quatre enfants devinrent enseignants, ainsi que les deux enfants de Jacques et Mauricette Pommatau. Laurent, leur fils,:instituteur, secrétaire départemental du Syndicat des enseignants de l’Ain jusqu’en 1999, fut membre du bureau national du Syndicat des enseignants de 1993 à 1996.

Jacques Pommatau commença ses études à l’école publique de Champdor dans les classes de ses parents, les continua au collège de Nantua et au lycée de Bourg-en-Bresse, puis à l’École normale d’instituteurs de Bourg-en-Bresse.

A sa sortie de l’école normale en 1953, Jacques Pommatau se maria le 20 juillet 1953 à Thoissey (Ain) avec Mauricette Hyaumet, fille d’un militaire de carrière et d’une ouvrier en fourrure, institutrice et fut nommé successivement à Montceaux puis à Chazey-Bons. Peu de temps après son arrivée à Chazey-Bons, il fut désigné comme responsable syndical du Syndicat national des instituteurs du canton de Belley en 1958. Il fut élu conseiller syndical de la section de l’Ain en 1963. En 1965, il devint le secrétaire départemental et en 1968 il participa activement, aux côtés de Roger Poulnard et de [Jean Colas-20301], aux grandes grèves et manifestations de mai-juin 1968, grèves suivies dans l’Ain par la quasi-totalité des instituteurs.

En octobre 1970, il abandonna ses responsabilités départementales, car il existait alors dans ce département une règle de limitation de la durée des mandats des responsables syndicaux. Sollicité par André Ouliac secrétaire général du SNI, il devint dans le même temps membre du bureau national du syndicat et secrétaire permanent. Le ménage quitta l’Ain pour s’établir à Créteil (Val-de-Marne), voisin d’André Henry à l’époque secrétaire permanent du SNI et futur secrétaire général de la Fédération de l’Éducation nationale.

Au secrétariat permanent du SNI, il occupa successivement les postes de responsable « jeunes » (1970-1973), trésorier (après Robert Dernelle) et responsable du secteur corporatif (1973-1976), puis secrétaire général adjoint chargé du 1er degré.

Membre du bureau fédéral de la FEN depuis 1973, il prit part à toutes les négociations sur la Fonction publique, au titre de la FEN aux côtés de François Malcourant, James Marangé puis André Henry. Il se tailla une solide réputation de négociateur auprès de ses interlocuteurs gouvernementaux et de pédagogue auprès des adhérents en rendant compréhensibles et accessibles les mécanismes parfois complexes des calculs en masse et niveaux sous-tendant les âpres discussions salariales dans le secteur de la Fonction publique.

En mai-juin 1981, André Henry devint ministre du Temps Libre. Jacques Pommatau proposé par le SNI et souhaité par le permanent de la FEN, fut élu secrétaire général de la FEN, poste qu’il occupa jusqu’à sa retraite administrative en septembre 1987.

Dans cette période où la gauche était au pouvoir, Jacques Pommatau assuma la direction de la FEN. Pour autant ce ne fut pas une période toute rose ni si tranquille. Avec un caractère chaleureux et convivial, un tempérament différent de son prédécesseur, Jacques Pommatau poursuivit l’œuvre de développement et d’organisation de l’appareil de la FEN entreprise par James Marangé et André Henry. Développement qui ne fut pas toujours apprécié par le SNI principal syndicat de la FEN et traditionnellement investi d’une sorte de « leadership » dans la fédération même si la FEN n’avait cessé de s’imposer notamment vis-à-vis du gouvernement, dans l’Education nationale et la Fonction publique depuis 1968. Ce qui généra parfois des relations difficiles entre lui-même et Guy Georges, secrétaire général du SNI-PEGC.

Au plan interne, il tenta d’atténuer les tensions qui se développaient entre les courants de pensée dans la FEN et principalement avec la minorité « Unité et Action » animée par le SNES. Pour cela il fit procéder à une modification des structures (statuts) lors du congrès de la FEN en Avignon (1982) Il s’agissait d’associer de plus près les courants de pensée à la direction de la FEN. Ainsi à l’ancienne commission administrative qui se réunissait tous les trois mois et à l’ancien bureau fédéral homogène, composé de 12 membres, se substituèrent

un conseil national composé sur la base des syndicats nationaux et des courants de pensée qui se réunit également trimestriellement

un bureau fédéral hétérogène de 30 membres composé à la proportionnelle des courants de pensée et qui se réunit chaque mois,

un exécutif homogène issu de la majorité du bureau fédéral.

Cette réforme n’atténua cependant pas les tensions internes et n’empêcha pas la scission en 1992 à la suite de l’exclusion du SNES et du SNEP.

Sous l’autorité de Jacques Pommatau se multiplièrent les contacts et les rapprochements avec les organisations syndicales comme la Fédération autonome des syndicats de Police (alors dirigée par Bernard Deleplace, et le Syndicat national unifié des impôts. Cette démarche qui s’inscrivait dans une volonté clairement affirmée de chercher des solutions à la division du syndicalisme français préfigurait la constitution future de l’UNSA-fonctionnaires. Cette tentative fut violemment attaquée par les minorités dans la FEN qui la firent avorter en menant des campagnes de presse sur le thème de la trahison de l’héritage et du renforcement de la division syndicale par le renoncement à une réunification au sein d’une grande centrale ouvrière comme la CGT.

Sous l’impulsion de Jacques Pommatau, fut lancée la réflexion qui dota la FEN, au congrès de La Rochelle avec son successeur Yannick Simbron*, en février 1988 d’un nouveau projet éducatif global qui combinait les réflexions sur les structures de l’éducation, les contenus et la formation et les revendications des personnels : l’École de l’an 2000. Ce projet constituait un enjeu capital pour la FEN pour être pleinement une fédération et inscrire l’éducation au cœur d’une perspective de changement de société. Ce projet définissait la position de tous dans la FEN et portait notamment sur la revendication de l’égalité de formation et de rémunération des enseignants du premier et du second degré. Il fut combattu tout au long de son élaboration par les syndicats à directions minoritaires (SNES et courant « Unité et Action ») qui y voyaient une ingérence de la FEN sur leur champ traditionnel de responsabilité.

Alors que deux mois après son élection à la tête de la FEN, à quelques semaines du congrès d’Avignon, dans sa première déclaration publique, citée par Le Monde, Jacques Pommatau traçait des perspectives (« Après 25 ans de résistance, il nous faut ensemble, réapprendre à proposer, à impulser, à construire… ») ce fut d’abord dans le secteur « éducation » qu’il fallut, en 1984, après l’euphorie des premiers mois, essuyer l’échec majeur avec le recul du Président de la République François Mitterrand, sur le dossier laïque. Persistant dans son objectif au service de l’école, la FEN joua un rôle déterminant dans la création du « baccalauréat professionnel » en 1985. Mais elle dut encore se heurter, sur l’avenir du collège, à l’inertie d’un gouvernement qui s’abstint de choisir entre les thèses du SNI-Pegc et celles du SNES. Ce qui, après l’alternance 1986, laissa toute liberté en 1986 à René Monory, nouveau ministre de l’Éducation nationale de droite, de décider de l’arrêt du recrutement des PEGC, le coup de grâce dans ce secteur étant porté quelques années plus tard par Lionel Jospin. Face à une évidente stratégie du gouvernement de droite de déstabiliser la FEN au travers de ses syndicats majoritaires (maîtres directeurs) et des mouvements laïques complémentaires de l’Éducation nationale (suppression des mises à disposition) Jacques Pommatau décida dès la rentrée de 1986 d’organiser la grande manifestation nationale du 25 novembre 1986 qui regroupa à l’initiative de la FEN 300 000 manifestants à Paris, première riposte syndicale d’ampleur contre les mesures du gouvernement de droite. Cette manifestation servit de point d’appui à la gauche. Dans le même temps la FEN s’engagea aux côtés des étudiants contre le projet Devaquet, qui fut retiré après la mort tragique de Malik Oussekine.

Confiant dans le retour de la gauche au pouvoir, et refusant de privilégier tel ou tel courant du PS, Jacques Pommatau proposa, avec l’accord de l’exécutif, au premier secrétaire du Parti Socialiste de l’époque, Lionel Jospin, de préparer l’avenir en recherchant un accord sur les points de convergences pour réformer le système éducatif. Jospin désigna Laurent Fabius comme interlocuteur pour le PS. Revenu aux affaires comme ministre de l’Éducation, Jospin continua d’affirmer qu’il n’était au courant de rien et n’était pas engagé.

Au cours de son mandat syndical, Jacques Pommatau a occupé en outre les fonctions de membre de section au Conseil économique et social, d’administrateur national de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, de membre du Conseil supérieur de la Fonction publique de1973 à 1987. Il fut, jusqu’en 1988, vice-président du Secrétariat professionnel International de l’Enseignement (SPIE).

Jacques Pommatau adhéra au Parti socialiste SFIO au début des années 1950. En désaccord avec la politique algérienne du gouvernement Guy Mollet à partir de 1956, il quitta ce parti. Il rejoignit le Parti socialiste en 1970 et en demeura par la suite, sans y exercer de responsabilités.

Après avoir pris sa retraite, Jacques Pommatau fut nommé en 1987, Conseiller d’Etat en service extraordinaire où il travailla notamment à la section des finances sur les dossiers statutaires de la Fonction publique. Il assuma également la présidence du Comité interministériel des services sociaux de la Fonction publique. Il fut aussi le secrétaire général du Centre Henri Aigueperse de la FEN, puis de l’UNSA-Education.

Retiré dans l’Ain après 1991, il devint secrétaire départemental de la Fédération général des retraités –Fonction publique et fit partie du jury du prix Maitron.

A son départ de la FEN, il fut nommé Chevalier dans l’ordre de la Légion d’Honneur par François Mitterrand mais il attendit trente ans pour se faire remettre sa décoration par André Henry, estimant que son père l’aurait méritée mieux que lui.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158790, notice POMMATAU Jacques par Guy Le Néouannic, version mise en ligne le 9 mai 2014, dernière modification le 9 mai 2014.

Par Guy Le Néouannic

ŒUVRES : Articles et dossiers dans L’École libératrice, hebdomadaire du SNI (1970-1981), éditoriaux dans les publications de la FEN (1981-1987). — ’Au temps de la force tranquille… La Fédération de l’Éducation nationale et la gauche au pouvoir, Paris, OURS- Centre Henri-Aigueperse/UNSA-Éducation, 2011.

SOURCES : Renseignements fournis par J. Pommatau, archives de la FEN, documents et souvenirs. — Brucy (Guy), Histoire de la FEN, Paris, Belin, 2003. — Notes de Luc Bentz

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