LAURET Fabienne dite Sally

Par Robert Kosmann

Née le 15 juin 1950 à Boinville-en-Mantois (Seine-et-Oise, Yvelines) ; étudiante établie, ouvrière mécanicienne puis bibliothécaire du CE Renault à Flins (Yvelines) ; syndicaliste CFDT (1973-2008) ; militante de la Ligue communiste (1968-1971), de « Révolution » et de l’OCT (1971-1979), du NPA et de la Gauche anticapitaliste (2012) ; militante associative à ATTAC, féministe et altermondialiste.

Le père de Fabienne Lauret fut journaliste puis artisan d’art et restaurateur. Bien que de conviction libertaire, il fut membre du PCF jusqu’en 1956 puis milita dans les comités d’Action de quartiers en mai 1968 et devint sympathisant de l’association ATTAC en 1999. Sa mère, Jeanne née Sépertino, fut d’abord couturière à domicile puis brocanteuse. Fabienne Lauret obtint le baccalauréat au lycée Hélène Boucher à Paris, en 1969. Tout en militant et de manière partielle, elle effectua une année de philosophie à l’université de Censier puis une année d’histoire à Jussieu.

Dès 1965, Fabienne Lauret avait rencontré Nicolas Dubost, qui devint son compagnon. Lors du mouvement de mai 1968, alors qu’elle était encore lycéenne, ils participèrent en commun aux manifestations du Quartier latin et aux Comités d’actions lycéens (CAL). Après avoir découverts les différents courants de l’extrême gauche, ils s’engagèrent ensemble à la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR) séduits par le « discours plus construit » des orateurs. Après l’interdiction de cette organisation par le gouvernement, le 11 juin 1968, ils furent intégrés automatiquement à la Ligue communiste (LC). En 1971 une partie de l’organisation scissionna, refusant l’adhésion à la IVe Internationale et souhaitant une ouverture idéologique et pratique plus grande, notamment en direction de la classe ouvrière. Fabienne Lauret et Nicolas Dubost suivirent tous deux la nouvelle organisation qui s’intitulait désormais « Révolution » et qui devint l’Organisation communiste des travailleurs (OCT) en 1976 après la fusion avec une autre organisation issue du PSU, la Gauche ouvrière et paysanne (GOP). Fabienne Lauret justifiait son choix par le refus « du carcan du trotskisme} ». Elle n’avait pas adhéré à la JCR sur la base d’une idéologie mais en fonction du mouvement de Mai 68 et déclarait en 2013 « ce qui m’intéresse c’est le travail concret de terrain et le travail unitaire, les « boutiques » ça me gave… »

Nicolas Dubost et Fabienne Lauret défendaient la centralité de l’intervention en milieu ouvrier. Ils décidèrent donc de s’établir dans ce secteur, attirés par l’usine de Renault Flins. Après quelque petits travaux étudiants, Fabienne Lauret rentra dans le monde du travail en 1971, quelques mois, comme ouvrière chez Gringoire à Mantes (Yvelines) puis à nouveau quelques mois à l’emballage, dans l’usine métallurgique « Le Profil » aux Mureaux (Yvelines). Elle se fit embaucher le 3 mai 1972 à l’usine Renault de Flins, comme ouvrière mécanicienne à l’atelier couture sièges auto en sellerie, métier qu’elle conserva jusqu’en octobre 1983. Pendant onze ans Fabienne Lauret travailla à l’atelier, dont dix ans en équipe 2x8, tout en militant. En 1983, dans le contexte du tournant de la rigueur du gouvernement Mauroy et d’un recul des idées révolutionnaires, fatiguée, déçue aussi par les résultats médiocres des grèves de 1973 et 1978 qui voulaient faire débrayer l’ensemble de l’usine, et malgré une grève victorieuse en 1980 qu’elle anima à la couture, elle démissionna de l’atelier. Mais elle souhaitait rester à l’usine en ayant l’opportunité d’être embauchée au comité d’entreprise récemment conquis par la CFDT. Elle y fut successivement discothécaire/bibliothécaire, animatrice culturelle puis agent d’accueil au CE jusqu’à sa retraite, prise en 2008. En 1985-1986, elle effectua, en formation alternée, le Certificat d’aptitude aux fonctions de bibliothécaire (CAFB). Sur le plan professionnel, elle fut menacée de licenciement en 2000, lorsque FO remplaça la CFDT à la tête du CE. Elle fut changée de poste mais, après un recours victorieux aux prud’hommes contre une mise à pied de deux jours, elle fut réintégrée en 2002 comme animatrice bibliothécaire.

En avril 1973, Fabienne Lauret avait adhéré à la CFDT Renault Flins. Elle y prit rapidement des responsabilités et fut élue déléguée du personnel de 1973 à 1983 et déléguée au CE durant une mandature. Elle fut membre du secrétariat du syndicat CFDT Renault Flins de 1974 à 1983 et alors qu’elle était employée au CE, elle fut déléguée syndicale et déléguée du personnel pour les personnels du CE, de 1990 à 2008. La section CFDT était une section de gauche animée notamment par Paul Rousselin* et Daniel Richter*. Malgré son engagement politique affirmé, Fabienne Lauret n’eut pas de difficultés internes majeures. La principale exception fut la bataille qu’elle initia pour le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) implanté à Renault Flins. Paul Rousselin, ancien séminariste et fondateur de la CFTC dans l’usine, s’opposa à la décision du conseil syndical CFDT de l’usine qui avait voté le soutien au MLAC et démissionna pendant deux ans.

Sur le plan politique, Fabienne Lauret resta sans appartenance partidaire de 1979 à 2009, en raison du peu d’impact de son organisation dans les grèves et du recul général des idées d’extrême gauche dix ans après 1968. Elle quitta l’OCT en 1979 après la l’échec de la grève Renault Flins de 1978 et des élections nationales Elle continua cependant à voter régulièrement pour les candidats de la LCR ou de LO aux différentes élections. Elle adhéra au NPA à sa création en 2009, et devint une animatrice du parti sur son département, jusqu’en 2011. En 2012, devant le recul du NPA, elle adhéra à la « Gauche Anticapitaliste » scission du NPA et petite composante du Front de Gauche. Les statuts le permettant, elle resta toutefois adhérente au NPA en pratiquant une double appartenance alors tolérée, avant de le quitter en 2015.

Fabienne Lauret fut présentée à diverses élections en tant que militante d’extrême gauche, femme et ouvrière. Candidatures de témoignage, les militants d’extrême gauche n’espérant pas avoir d’élus. Elle enregistra des scores qui s’échelonnaient entre 3 et 6 %. Aux législatives de 1978, sur une liste unitaire de l’extrême gauche, avec OCT, elle réalisa un score inférieur à 4%. Aux élections européennes de 2009, en seconde position derrière Olivier Besancenot, Fabienne Lauret recueillit 4,88% des suffrages exprimés au niveau national et 5,62% à Flins. Elle fut tête de liste aux élections régionales de 2011 pour le NPA qui fit un score global de 3,4% et de 3,52% à Flins. Elle fut également tête de liste aux élections cantonales sur un liste NPA à Aubergenville (Yvelines) et elle obtint 3,6%. Fabienne Lauret participa aux universités d’été de la JCR en 1968, de la LC en 1969 et 1970, de « Révolution ! » en 1971 et 1972 ainsi que du NPA en 2009, 2010 et 2011.

Sur un plan personnel, Fabienne Lauret milita et vécut jusqu’en 1978 avec Nicolas Dubost aux Mureaux (Yvelines), puis devint, en 1980, la compagne de Jamaa Ourami, ouvrier à Renault Flins, d’origine marocaine, militant syndical CGT puis CFDT et adhérent au NPA. Ils eurent un fils, Nassim, né en 1989.

Parallèlement à ses engagements politiques, F. Lauret fut active dans diverses associations. De 1993 à 2008, elle milita au sein de « Ras le Front » qui luttait contre l’extrême droite et le Front national. Elle fut active à la Ligue des Droits de l’Homme, de 2002 à 2008. Elle fut également présidente d’ATTAC pour le département Yvelines-Nord de 2008 à 2012. Elle avait adhéré à cette association dès l’année 2000 et anima le Forum social local des Mureaux en 2003 et 2007. Elle fit partie de divers collectifs féministes et de défense des intérêts locaux et environnementaux dans le secteur du Val-de-Seine, notamment contre un projet de circuit F1 à Flins, et participa à la création du MLAC sur l’usine de Renault Flins. Elle prit également un part active dans l’association RESF (Réseau éducation sans frontières) qui se battait pour obtenir la scolarisation en France des enfants de famille sans-papiers et dans un collectif de défense des Roms. Depuis 2013, elle était adhérente au syndicat Solidaires où elle assurait des formations sur les CE. En 2013, elle se revendiquait davantage militante associative d’ATTAC qu’adhérente d’une organisation politique.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158686, notice LAURET Fabienne dite Sally par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 31 mars 2018.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : avec D. Richter, « 18 mois de conflits à la chaine », revue Travail Bulletin de l’Association d’enquêtes et de recherches sur le travail n° 2/3. — nombreux articles dans le le journal local Démocratie et citoyenneté locale des Yvelines. — articles pour le journal ATTAC 78 nord ; articles pour le journal du NPA Tout est à nous. — L’envers de Flins : une féministe révolutionnaire à l’atelier, Paris, Syllepse, collection Des paroles en actes, parution prévue en janvier 2018.

SOURCES : Archives interfédérales et confédérales CFDT. Le Courrier de Mantes, 18 septembre 2002 ― Le Parisien, édition Yvelines, 6 mai 2008 ― Vidéos et photos (photothèque) sur le site du NPA – Isabelle Petitgas , « Les enfants de mai 68 », dans l’émission Les maternelles sur France 5, mai 2008. ― Anne-Lise Maurice, Le mythe de Flins, reportage vidéo pour les 60 ans de Renault Flins, octobre 2012 – F. Lauret et D. Richter La révoltes des ouvriers de l’automobile (recueil de textes syndicaux et de tracts), deux tomes, éditions CFDT Renault Flins. ― Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. ― Entretien et correspondance avec Fabienne Lauret en avril 2013.

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