BASTIDE Denise [née SIMON Éva, Marie, Denise]. Pseudonyme dans la Résistance : Claire

Par Dominique Loiseau, Jean Lorcin

Née le 23 décembre 1916 à Aurillac (Cantal), morte le 1er mars 1952 à Paris ; résistante déportée ; militante communiste ; députée de la Loire (1945-1952).

Denise Bastide dans les années 1940
Denise Bastide dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Née dans une famille de militants syndicalistes (son père fut un des dirigeants de la coopérative L’Union des travailleurs), elle aurait obtenu la première partie du baccalauréat au lycée de Saint-Étienne (Loire) puis fit des études d’infirmière qu’elle n’acheva pas. On ne lui connaît pas d’autre profession avant de devenir permanente du PCF.

Membre du Parti communiste depuis 1936, elle fut secrétaire de section, membre du bureau régional, animatrice des Amis de l’Union soviétique et du comité mondial des femmes contre la misère, le fascisme et la guerre.

Mariée peu avant 1939 à Joseph Bastide, ébéniste et ouvrier du bâtiment (elle devait divorcer en 1946), dont elle eut trois enfants, elle distribua des tracts en 1940 sans avoir de liaisons régulières avec le Parti communiste. De 1941 à octobre 1942, elle fut responsable régionale des Femmes de France. Cette organisation légalement indépendante du Parti, ce qui lui avait permis d’échapper au décret Sérol, n’en était en réalité qu’une émanation. Au service du parti clandestin, les femmes de France se sont alignées sur son organisation interne par groupe de trois ou « triangles ». Denise Bastide dirigeait celui de la Loire, avec sous ses ordres Jeannette Marchand, dont elle avait su mobiliser la colère - « l’occupant s’empare de notre ravitaillement, du lait de nos enfants, du pain de nos anciens » (Joseph Sanguedolce, Résistance de Saint-Étienne à Dachau, Éditions Sociales, Paris, 1973) - pour la recruter, pour la section de Roanne, et Juliette Guitton. Les femmes distribuaient les tracts du Parti dans les tramways stéphanois, sur les marchés, en glissaient dans les boîtes aux lettres, voire dans les sacs et les paniers à provisions des ménagères en cours d’emplettes, et collaient des papillons, notamment lors de la venue du maréchal Pétain à Saint-Étienne en 1941. Elles transportaient documents et journaux clandestins, parfois des armes. Elles confectionnaient des colis destinés aux communistes emprisonnés et aux familles nécessiteuses de victimes de la répression. Elles avaient trois fonctions principales : elles suscitaient et dirigeaient des manifestations de femmes, au risque d’être repérées par la police ; elles participaient, notamment au départ des trains, à la campagne contre la déportation du travail, sous couleur de relève ; au sein des FTP, elles étaient présentes dans les organigrammes de commandement et se distinguaient comme agents de liaison et de transmission.

Denise Bastide s’occupa du Secours populaire français à partir de 1941 puis participa au Front national. Elle échappa à un coup de filet de la police de Vichy le 18 juin 1942 (36 arrestations), regroupa les militants, prit contact avec les groupes gaullistes, et réorganisa le FN. Résistante FTP dans l’Allier à partir de 1943, sous-lieutenant FFI, elle connut l’arrestation le 13 avril 1943 à Montluçon, dans un garni non déclaré, au cours d’une vérification d’identité. Selon le militant communiste Claudius Buard, elle aurait été « torturée » « par la police de Vichy » qui l’avait « traquée ». Emprisonnée à Montluçon jusqu’au 26 novembre 1943, à Saint-Étienne jusqu’au 12 février 1944, puis à Lyon jusqu’en avril 1944, elle fut condamnée à six ans de réclusion par le tribunal spécial de Lyon le 29 mars 1944. Les prisonnières, enchaînées deux par deux, furent transférées, au cours d’un long voyage de 35 heures, à Châlons-sur-Marne, où elles furent remises aux SS qui les transférèrent à Romainville, le 2 mai 1944. De là, elle fut déportée à Ravensbrück le 13 mai puis à Zwodau de juillet 1944 au 7 mai 1945. Libérée par l’armée américaine, elle revint en France le 20 mai 1945.

Le Parti communiste la présenta (2e de liste) avec succès - il enleva trois sièges dans la Loire, avec, outre Denise Bastide, Marius Patinaud et Albert Masson, contre quatre au MRP et un à l’UDSR - à la première Assemblée nationale constituante le 21 octobre 1945. Réélue à la seconde Assemble constituante le 2 juin 1946, puis à la première Assemblée législative le 10 novembre 1946, toujours en deuxième position, elle siégea à la commission de la Famille. Elle était également membre de la commission de la Justice. Très active à l’Assemblée, parfois même tapageuse (l’Assemblée vote une censure pour « tapage en séance publique » le 29 novembre 1947, puis le président renonça à l’application en rappelant son passé de déportée) ; elle fut même élue secrétaire le 3 décembre 1946 et le 11 janvier 1949. Elle fut réélue le 17 juin 1951, toujours 2e de liste, derrière Marius Patinaud. Elle avait obtenu 81 517 voix, avec 68 signes préférentiels, derrière Marius Patinaud (81 784 voix et 133 signes préférentiels), Claudius Buard (81 620 voix et 93 signes référentiels) et Albert Masson (91 546 voix et 79 signes préférentiels).

Denise Bastide écrivit de nombreux articles dans La Défense, journal du Secours populaire, pour soutenir, par exemple, les mineurs condamnés de 1947, et Henri Martin. Membre de la direction départementale de l’Union des femmes françaises de 1945 à 1950, elle se rendit en Grèce au début de 1949 pour exprimer la solidarité de la Fédération démocratique internationale des femmes (FDIF) aux femmes de ce pays.

Denise Bastide se suicida avant la fin de son mandat, le 1er mars 1952. Les responsables communistes attribuèrent généralement son suicide aux suites des souffrances que lui avaient infligées la police de Vichy et les nazis, mais, dans une lettre envoyée à certains militants et sympathisants du Parti communiste et signée « Un groupe d’amis de Denise Bastide », posait des questions sur les raisons de son décès. Sans écarter les raisons pré-citées, le suicide aurait pu être déclenché par la rupture avec Georges Gosnat, député de Charente, dont elle avait été la compagne de 1946 à 1948. Ils vivaient dans le Ve arrondissement de Paris et avaient eu deux enfants (André, né en 1947 et Pierre né en 1948), reconnus par leur père. Gosnat l’avait quittée pour Marie Perrot, journaliste à l’Humanité. Elle eut un nouveau compagnon entre la rutpure de Gosnat et sa mort.

Une chapelle ardente fut dressée à la Bourse du travail de Saint-Étienne, et, selon un article de Marianne Milhaud, 50 000 personnes assistèrent à ses obsèques.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15866, notice BASTIDE Denise [née SIMON Éva, Marie, Denise]. Pseudonyme dans la Résistance : Claire par Dominique Loiseau, Jean Lorcin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 29 décembre 2018.

Par Dominique Loiseau, Jean Lorcin

Denise Bastide dans les années 1940
Denise Bastide dans les années 1940
Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

SOURCES : Arch. Dép. Loire, 2 W 98, ; 2 W 99 ; 354 VT1. — Arch. PPo, dossier RG Georges Gosnat. Arch. comité national du PCF. — Dictionnaire des Parlementaires français, 1940-1958, tome 2, La documentation française. — Joseph Sanguedolce, Résistance de Saint-Etienne à Dachau, Éditions Sociales, 1973. — Philippe Robrieux, Histoire intérieure du parti communiste, Fayard, 1984. — René Gentgen, La Résistance civile dans la Loire, Préface de Lucien Neuwirth, Lyon, Éditions Lyonnaises d’Art et d’Histoire, 1996. — Article de Marianne Milhaud dans La Défense, mars 1952. — Article de Michel Olagnier dans Regards sur la Loire, hebdomadaire du PCF, 1996.

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