CIPRIANI Georges

Par Robert Kosmann

Né le 12 avril 1950 à Tunis (Tunisie) ; manutentionnaire, ouvrier spécialisé, ouvrier perceur ; militant anarchiste chez Renault puis membre actif du groupe Action directe, jugé coresponsable de l’assassinat de l’ingénieur général René Audran, et de Georges Besse, patron de Renault, condamné par deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité.

Les parents de Georges Cipriani, Victor Cipriani, facteur d’origine Corse, et Jeanne Marchesan, standardiste, n’étaient pas militants politiques. Ils vécurent en Tunisie jusqu’en mars 1955, avant de venir s’installer à Marseille, et s’établirent durant trois ans (1957-1959) à Lagny-sur-Marne (Seine-et-Marne). Georges Cipriani réussit son certificat d’études primaire à Marseille, en 1964, puis entra au collège d’enseignement technique Lapérouse, en mécanique générale. Il échoua au CAP d’ajusteur en juin 1967. Il connut à ce moment une période de trois semaines de détention provisoire pour complicité de vol de voitures, qu’il effectua au quartier des mineurs des Baumettes, en décembre 1967. Il avait commencé sa vie professionnelle à quinze ans, comme apprenti ajusteur puis aide chauffeur-livreur.

Adolescent impliqué dans les activités sportives (football et course à pied 3 000m), il s’intéressa à la politique par l’intermédiaire d’un camarade de son quartier, à Marseille. Il adhéra aux Jeunesses socialistes SFIO en 1967, jusqu’à ce que les manifestations de mai 68 lui ouvrent de nouveaux horizons plus radicaux. En avril et mai 1968, à Marseille, il effectua ses premières manifestations contre la guerre du Vietnam et participa comme jeune chômeur au mouvement social. Il suivit ensuite ses parents à Paris, en juillet 1969. Après trois mois passés comme contrôleur OS sur chaîne à Citroën Javel (XVe arr.), il se fit embaucher le 1er décembre 1969 à la Régie nationale des usines Renault, où il fut d’abord affecté au département 69.40 comme perceur sur commande numérique et ensuite au département 72.60 (dit « l’artillerie », puis RMO-Renault machine outil). En février 1972, à la suite de l’assassinat par un vigile du militant maoïste Pierre Overney*, meurtre terriblement injuste à ses yeux, il décida de son adhésion à la CFDT Renault alors autogestionnaire et renouant avec l’engagement politique. Il participa au Groupe anarchiste Renault (GAR) avec quelques collègues de travail. Ce passage syndical lui permit de tirer un petit journal d’atelier Prairial, avec d’autres ouvriers d’extrême gauche. Il fit à cette époque connaissance avec une partie du mouvement libertaire parisien, notamment regroupé autour de la librairie du « Jargon Libre », dans le XIIIe arrondissement de Paris. Son activité professionnelle chez Renault fut interrompue par son passage à l’armée. Georges Cipriani effectua son service militaire dans la Marine, du 1er septembre 1970 au 31 août 1971, d’abord à Hourtin (Gironde) un mois pour ses classes, puis quelques semaines à Hyères (Var) pour une spécialisation comme personnel sécurité incendie. Il fut ensuite affecté sur le porte-avions Clémenceau, comme personnel de pont d’envol (Ponef) à Brest (Finistère).

Son activité militante chez Renault prit fin le 10 novembre 1972, date à laquelle il démissionna afin d’émigrer en Allemagne pour rejoindre Ingeborg Singer, avec qui il vécut jusqu’en janvier 1977. Ils eurent une fille, Nadine , née le 13 février 1976. Georges Cipriani vécut dix ans à Francfort-sur-le-Main, faisant partie, en 1974 des premiers squatteurs du centre de jeunesse de Bockenheim. Il résida en Allemagne jusqu’en 1983, vivant de petits emplois précaires (manœuvre en imprimerie, tireur offset, magasinier en maison d’édition, chauffeur de taxi, manœuvre à la Bundespost, etc.).

Son engagement dans le mouvement libertaire se poursuivit à Francfort, en y découvrant et en participant au fil des années à différents espaces de luttes, de manifestations et de mobilisation allant du soutien aux prisonniers sociaux, au sein de Schwarze Hilfe (le Secours noir), à l’anti-nucléaire naissant et au mouvement alternatif ou écologiste. Il participa à un groupe de discussion axé sur le « Patient Front », issu du Collectif des patients socialistes (Sozialistisches Patientenkollektiv, SPK), et au mouvement d’ampleur contre l’installation des missiles nucléaires américains, Pershing et Cruise, dès 1981. L’ensemble de ces engagements l’amena, après une interrogation sur le bien fondé de la question identitaire et indépendantiste Corse (notamment par le biais d’un soutien aux Editions « Expression Spontanée », renommées ensuite « Vendémiaire »), à la volonté de radicaliser et d’organiser son engagement politique. Cette volonté trouva son extension et son ressort dans la lecture et la traduction, en allemand, de la brochure : « Pour un projet communiste », rédigée et éditée par Action directe, alors encore légale. La découverte de cette brochure le conduisit à rejoindre l’organisation, interdite le 24 août 1982. Symbole en France des « années de plomb », Action directe revendiqua plusieurs dizaines d’attentats et d’assassinats.

Arrêté le 21 Février 1987 à Vitry-aux-Loges (Loiret), avec les autres dirigeants d’Action directe (Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon et Joëlle Aubron), Georges Cipriani fut condamné deux fois à la réclusion criminelle à perpétuité, en 1989 pour l’assassinat de Georges Besse, et en 1994 pour l’assassinat de René Audran et pour une série d’attentats et de tentatives d’assassinats. Georges Cipriani effectua sa détention en divers lieux (Fleury Mérogis, Bois d’Arcy, Fresnes, Metz Queuleue et Ensisheim) jusqu’en avril 2010. Dans ce cadre il effectua deux séjours en hôpital psychiatrique : l’un du 15 juin au 17 juillet 1993 à l’UMD (Unité pour Malades Difficiles) de Villejuif et l’autre du 9 aout 2001 au 22 décembre 2002 à l’UMD de Sarreguemines pour décompensation aiguë suites aux séquelles de sept années de réclusion à l’isolement (février 1987 à janvier 1994). Il bénéficia d’un régime de semi-liberté du 14 avril 2010 au 14 avril 2011. Le parquet ayant fait appel de cette décision, il fut à nouveau incarcéré à Ensisheim, du 15 avril 2011 au 3 mai 2011. La libération conditionnelle lui fut accordée par la Cour d’appel de Paris à dater du 3 mai 2011.

Durant son incarcération, Georges Cipriani reprit des études, de 2004 jusqu’en 2008, lors de sa détention à la centrale d’Ensisheim (Haut-Rhin), et obtint le BEPC en 2005, un CAP de pâtissier, chocolatier, glacier et confiseur, en 2006, un Diplôme d’accès aux études universitaires (DAEU), également en 2006, ce qui lui permit de suivre pendant trois semestres les cours de licence d’Allemand de l’université de Strasbourg, par correspondance, de 2006 à 2008. Pendant sa période de semi-liberté, Georges Cipriani fut employé à la Banque alimentaire.

En septembre 2009, il rédigea une profession de foi écologiste. Il constatait que « la globalisation du capitalisme rendait illusoire, sinon absurde, notamment au niveau national, une rupture d’avec le capitalisme comme elle avait été conçue, dans les années 1980, au moyen de la lutte armée ». Il expliqua également, dans ce texte, son choix d’adhérer à Europe-Ecologie, le 17 Novembre 2009 sans toutefois renier la responsabilité de son engagement, antérieur comme militant, puis comme prisonnier. Il rompit ensuite avec l’organisation écologiste, qu’il jugeait trop électoraliste. En 2012, Georges Cipriani vivait et travaillait à la Banque alimentaire, en Alsace, sans engagement politique organisationnel.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158659, notice CIPRIANI Georges par Robert Kosmann, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 29 décembre 2018.

Par Robert Kosmann

ŒUVRE : Participation à la revue d’atelier Prairial du Groupe anarchiste Renault avec les moyens d’impression de la CFDT.

SOURCES : Loïc Debray, Jean Pierre Duteuil, Philippe Godard et ali. Paroles directes : légitimité, révolte, révolution autour d’Action Directe, Pari, Acratie, 1990. —Roland Jacquard, La longue traque d’Action Directe, Paris, Albin Michel, 1987. —Alain Hamon, Jean-Charles Marchand Action directe du terrorisme français à l’euroterrorisme, Paris, Le Seuil, 1986. Jean Pierre Pochon, Les stores rouges, Paris, Éditions des Equateurs, 2008. — Gilbert Hatry (dir.), Notices biographiques Renault, Paris, Éditions JCM, 1990. — Entretiens et correspondance avec Georges Cipriani, février 2012.

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