PUJOL Jean [à l’état civil : PUJOL SALA Juan (en espagnol) puis : PUJOL i SALA Joan (en catalan)]

Par André Balent

Né à Torroella de Montgrí (province de Gérone, Catalogne) en 1899, mort à Gérone après 1986 ; militant de Thuir (Pyrénées-Orientales) ; sympathisant du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine dans une colonne de la CNT ; établi à Gérone après la guerre civile ; frère de Joseph Pujol*.

Comme son frère Joseph (Voir Joseph Pujol), Jean Pujol quitta à l’âge de seize ans la bourgade de Torroella de Montgrí pour s’installer avec sa famille à Thuir où son père vint tenter sa chance après des déboires familiaux. En effet, issu d’une famille aisée, il avait rompu avec elle (Voir Pujol Joseph). Rétrospectivement, dans un témoignage rédigé en espagnol en 1986, Jean Pujol évoquait une émigration pour des motifs économiques.

Lorsqu’il arriva à Thuir Jean Pujol, aîné d’une fratrie de cinq enfants, était âgé de seize ans. C’était pendant la Première Guerre mondiale. La mobilisation avait provoqué une pénurie da main d’oeuvre et facilitait l’insertion des nouveaux venus. Le décès prématuré de son père l’amena à prendre en charge sa famille.

Entre temps, il effectua son service militaire en Espagne. Il fut envoyé au Maroc où il participa à la guerre du Rif dont les opérations commencèrent en 1921.

À Thuir, Pujol travailla comme ouvrier agricole et adhéra au syndicat (CGTU puis CGT). Il sympathisait avec le Parti communiste sans y adhérer.

Pendant l’été de 1936, au début de la guerre civile espagnole, Pujol décida de franchir la frontière. Le 8 novembre 1986, il rédigea une brève note autobiographique centrée plus particulièrement sur cet épisode de sa vie. Il décrivait ainsi son départ : « Cela faisait beaucoup de temps que j’avais fait le service militaire —en Espagne— et j’avais une claire conscience que je laissais ma famille et mes amis. J’abandonnai les perspectives de futur et la sécurité dont je bénéficiais alors et je mis en péril ma vie. Malgré tout, après avoir sérieusement réfléchi, je mis au nom de ma mère l’argent que j’avais économisé et partis de Thuir ». Lorsqu’il franchit la frontière, les policiers français lui confisquèrent des papiers qui l’autorisaient à travailler en France. Arrivé à Barcelone, bien que proche des communistes, il s’enrôla dans une milice de la CNT-FAI. Deux raisons expliquèrent ce choix : « (...) je n’étais pas une personne sectaire » ; pendant le voyage vers Barcelone, « j’avais fait la avait la connaissance de plusieurs jeunes volontaires qui étaient de la CNT ». Il participa la guerre sur le front d’Aragon. Bien que « marxiste », il fut désigné « délégué » chargé de diriger une centurie de sa colonne confédérale. Pujol affirma que son expérience militaire antérieure pendant la guerre du Maroc avait influencé le choix de ses compagnons de la centurie qui rassemblait aussi des libertaires français.

Il obtint à deux reprises des permissions afin de rendre visite à sa famille à Thuir. Il fut de retour à Barcelone après que les sanglants affrontements de Barcelone de mai 1937 opposant PSUC, UGT et Esquerra à la CNT et au POUM eurent été terminés et que les premiers eurent pris le dessus. Ses camarades de centurie avaient été désarmés. La CNT lui demanda de prendre la tête d’un bataillon. Il demanda à réfléchir, car, arrivé après coup. il n’avait pas bien compris la signification d’un combat qu’il percevait comme fratricide. Il sollicita donc des « certificats d’antifascisme » afin d’entrer à l’école de guerre. Mais des amis de Gérone avaient demandé qu’il entrât dans le corps des gardiens de prisons. Il occupait toujours ce poste lorsque les troupes franquistes entrèrent à Gérone.

Entre temps, il connut Asunción (Assumpció) une religieuse, infirmière dans un hôpital, défroquée après la révolution et emprisonnée parce que soupçonnée d’appartenir à la cinquième colonne franquiste. En prison, elle connut Jean Pujol. Libérée car lavée de tout soupçon, elle se maria avec lui. Catholique convaincue, elle ne se maria que parce qu’elle n’avait prononcé de voeux définitifs. Le couple eut deux enfants.

Après l’occupation de Gérone par les franquistes (4 févier 1939), Pujol il refusa, à la demande de sa femme à qui les autorités franquistes n’avaient rien à reprocher, de rentrer en France. Il fut emprisonné pendant plusieurs mois dans l’attente d’un jugement. Il échappa finalement à la mort ou même à une lourde peine de prison car parmi les membres du tribunal siégeait l’un de ses anciens prisonniers qui lui savait gré de l’avoir bien traité. Toujours d’après son récit, celui-ci, issu d’un famille de la bourgeoisie de Gérone, s’arrangea pour le faire sortir de la prison sans jugement. C’était le grand-père de Joaquim Nadal i Farreras, historien, militant antifranquiste clandestin, maire de Gérone (PSC) de 1979 à 2002, conseller (ministre) des Travaux publics du gouvernement de la Generalitat de Catalogne de 2003 à 2010.

La famille de sa femme était aussi intervenue en sa faveur auprès des nouvelles autorités.

Libéré, Il trouva à s’employer dans l’industrie chimique. À ce moment-là, sa mère et sa soeur Marie avaient quitté Thuir et étaient venues vivre à Gérone avec le nouveau couple.

En 1942, il aida une vieille connaissance, Charles Llobères*, un jeune communiste de Thuir « évadé de France » entré clandestinement en Espagne et qui cherchait à gagner l’Afrique du Nord afin de poursuivre le combat. Il le fit entrer en contact avec l’antenne de Gérone de la Croix Rouge française passée entre les mains des giraudistes avant de faire allégeance à la France Libre (Voir Llobères Charles).

En 1986, Jean Pujol écrivit en espagnol (et signa en catalan) un court tapuscrit de trois pages où il relatait principalement sa singulière trajectoire pendant la guerre civile.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158648, notice PUJOL Jean [à l'état civil : PUJOL SALA Juan (en espagnol) puis : PUJOL i SALA Joan (en catalan)] par André Balent, version mise en ligne le 6 mai 2014, dernière modification le 15 juin 2014.

Par André Balent

SOURCES : Archives privées André Balent, « Joan Pujol i Sala, Girona 08-11-86 », tapuscrit non titré, 3 p. copie transmise par Georges Sentis issue des archives de Joseph Pujol [qui n’avait pas indiqué à G. Sentis son lien de parenté avec « Joan Pujol i Sala »]. — Charles Llobères, Tu gagneras ta liberté. Récit, Perpignan, L’Histoire au singulier, Imprimerie Fricker, 1986, 197 p. [pp. 89-92]. — Georges Sentis, Les communistes et la Résistance dans les Pyrénées-Orientales. Biographies, Lille, Marxisme / Régions, 1994, 182 p. [p. 133]. — Georges Sentis, Habitants des Pyrénées-Orientales combattants des Brigades internationales & milices antifascistes, s. l. [Perpignan], s. d. [2012], Marxisme /Régions, 48 p. [p. 8, p. 33]. — Entretien de l’auteur de la notice avec Joseph Pujol*, Thuir, 2 avril 1985.

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