MEURANT Hoche, Arthur [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Yves Le Maner, notice corrigée et complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

Né le 17 décembre 1883 à Roubaix, mort le 13 avril 1950 à Croix (Nord) ; ouvrier bonnetier ; militant anarchiste de la région du Nord.

Hoche Meurant naquit dans une famille qui ne compta pas moins de vingt-trois enfants et dans laquelle la tradition républicaine était solidement ancrée ainsi qu’en attestaient les prénoms des vingt-deux garçons : Marceau, Kléber, Hoche, Juste, Philogone... Son père, militant socialiste actif, ami de Lebas et de Dupré, fut un féministe avant l’heure et le manifesta de façon anecdotique en vouvoyant sa femme jusqu’à la fin de ses jours et en faisant acte de candidature à diverses élections avec pour unique programme l’établissement du droit de vote pour les femmes. Marchand de journaux, il perdit sa clientèle sur intervention du clergé et entra comme balayeur à la mairie de Roubaix qui venait d’être conquise par les socialistes.

Mis très tôt au travail comme ouvrier peigneur après avoir été victime d’une méningite tuberculeuse, le jeune Hoche fut abondamment nourri d’anticléricalisme et d’antimilitarisme et se dota d’une solide culture autodidacte. Fortement impressionné par les Paroles d’un révolté de Kropotkine, il s’intégra bientôt aux milieux anarchistes de la région lilloise. Après avoir abandonné son premier métier pour s’essayer à divers emplois (ouvrier du bâtiment, photographe), il fut contraint de partir au service militaire en 1903. Il refusa d’accomplir les exercices journaliers et fut alors traduit devant un conseil de guerre pour refus d’obéissance et outrages à supérieurs. Condamné à trois ans de prison et transféré au pénitencier militaire de Daya-Bossuet (Algérie), il ne put accepter les conditions avilissantes qui lui étaient imposées. Pour s’être livré à des voies de fait envers un surveillant (selon le Libertaire du 25 février 1927 et Terre libre d’avril 1936), Meurant fut condamné à la peine de mort, le 5 avril 1906, par le conseil de guerre d’Oran ; à l’audience, il fit profession de foi antimilitariste, ce qui lui valut d’être expulsé de la salle ; après cent deux jours d’attente dans une cellule d’isolement, sa peine fut commuée en dix ans de travaux forcés et il fut à nouveau envoyé à Daya-Bossuet. Évadé en 1907, repris, il fut finalement gracié le 24 avril 1910 après intervention du docteur Dupré et réformé par la suite. (Il a fait le récit de cet épisode dans Germinal, éd. du Nord, n°10, 1926.)

Au lendemain de la Première Guerre mondiale, Hoche Meurant était ouvrier mineur dans le bassin du Pas-de-Calais. Secrétaire de la section syndicale CGT des mineurs de Librecourt, il prit une part active à la grève de 1919. Pris entre sa fidélité au principe de la séparation entre syndicalisme et politique et son admiration pour la jeune Révolution russe, il hésita longuement lors de la scission de 1921-1922. Resté dans un premier temps au sein de la CGT, il adhéra par la suite au syndicat CGTU des mineurs pour tenter d’y faire prévaloir les thèses anarchistes, mais fut rapidement exclu par les militants communistes qui dirigeaient le syndicat. Meurant adhéra alors à la CGT-SR fondée par Pierre Besnard et collabora à son organe le Combat syndicaliste de 1926 à 1939. Mais il se consacra pour l’essentiel au mouvement libertaire dont il fut incontestablement le leader principal dans la région du Nord pendant l’entre-deux-guerres, se partageant entre la région lilloise et le bassin minier.

Secrétaire de la section de l’Union anarchiste de la commune minière d’Ostricourt jusqu’en 1926, il s’établit à cette date à Croix, près de Roubaix, où il exerça le métier d’artisan bonnetier dans sa petite maison au 1 rue d’Arcole ; utilisant deux métiers à main, il fabriquait des bas, des gilets qu’il vendait sur les marchés. Fondateur et secrétaire du groupe anarchiste l’Entraide de Croix, il anima également plusieurs groupes libertaires de la région lilloise (Amis de Germinal, Amis du Libertaire, Ligue antireligieuse de la Raison), organisant d’innombrables réunions au cours desquelles il faisait entendre une voix vibrante où se mêlaient violence et générosité.

Il s’occupa tout particulièrement des déserteurs qu’il aidait à franchir la frontière et des objecteurs de conscience. Cette action lui attira évidemment de multiples ennuis avec la justice : il fut poursuivi pour avoir distribué des tracts contre l’armée à Roubaix, le 26 mars 1921 ; le 7 mai 1921, devant le tribunal, il fit une déclaration reproduite dans le Libertaire du 13-20 mai 1921, qui se terminait par ces mots : « A bas la police ! Vive l’anarchie ! ». Condamné à treize mois de prison et à 2 000 F d’amende, Meurant fit appel et sa peine fut ramenée le 5 novembre à huit mois de prison ; le soir même, il était libéré.

Le 25 janvier 1923, il comparaissait devant le tribunal correctionnel de Béthune ; le 24 janvier 1924, il fit appel de ce jugement qui l’avait condamné à trois mois de prison. Pendant la grève de la faim de Ferdinand Michel emprisonné en 1926 à Douai pour son action contre la guerre du Maroc, Hoche Meurant était allé distribuer des tracts devant la prison et avait crié « on assassine à la prison de Douai ! » ; il fut condamné à une amende qu’il refusa à plusieurs reprises de payer. Par application de la contrainte par corps, il fut arrêté le 11 février 1927, emprisonné cinq jours pour « menaces proférées contre les huissiers » et inculpé de « rebellion à agent ». Le Libertaire du 25 février 1927 rapporta que Meurant venait d’être condamné, le 16 février, par contumace à quatre mois de prison par le tribunal correctionnel de Lille, jugement confirmé, et duquel il fit appel, quand il se présenta devant ses juges le lendemain de sa condamnation (voir Germinal, n°385, 8 janvier, n°391, 19 février & n°392, 26 février 1927). En 1927 il était membre du bureau du Comité de défense sociale du Nord Pas-de-Calais dont les responsables étaient Adolphe Bridoux (secrétaire), Gabriel Even (secrétaire adjoint) et Vannier (trésorier).

Meurant assista à tous les congrès anarchistes qui se tinrent au plan national pendant l’entre-deux-guerres, notamment à celui de Paris des 20 et 21 mai 1934, dit congrès de l’unité où il représenta la Fédération du Nord. Il entretenait des relations avec d’autres organisations à l’étranger et effectua plusieurs voyages pour assister comme observateur à des congrès anarchistes ; il se lia d’amitié avec plusieurs dirigeants néerlandais, belges et italiens ainsi qu’avec Nestor Makhno et Voline. Il participa également aux congrès tenus par la Fédération du Nord et du Pas-de-Calais et notamment à celui du 27 janvier 1924 à Lens à l’issue duquel il fut nommé responsable de la rédaction du mensuel le Combat, organe de la Fédération (Lille-Wasquehal, 13 numéros de mai 1923 à avril 1924) aux côtés de Bridoux, Oscar Descamps et Paul Thant et dont l’administrateur était Achille Vigneron et le gérant Paul Celton (cf. Libertaire, 30 janvier 1924), et aussi au sixième qui se tint à Montigny-en-Gohelle le 13 juin 1926.

Du point de vue doctrinal, Meurant fut classé au début des années vingt parmi les « anarchistes-communistes ». Il s’opposa au sein de la Fédération du Nord au militant amiénois G. Bastien qui préconisait une Fédération anarchiste structurée avec cotisations et cartes d’adhérents, et se prononça pour un système moins centralisé qui laisserait aux groupes une certaine autonomie en matière d’organisation ; ce souci de parvenir à un certain encadrement du mouvement l’amena, par opposition, à lutter contre les « individualistes » dont Constantin Dryburgh était le plus actif représentant dans le Nord. Cette position de compromis fut exposée par Meurant lors du congrès de l’Union anarchiste communiste révolutionnaire (UACR) réuni à Paris les 26, 27 et 28 avril 1930 où il représenta la Fédération du Nord avec Bastien. Il s’opposa en particulier aux propositions des plateformistes de Paris et du Midi qui visaient à créer un véritable Comité central de l’UA.

Meurant fut l’administrateur de Germinal pour l’édition du Nord-Pas-de-Calais qui sortit à compter du 25 septembre 1925 ; ce journal, dont Bastien fut le principal animateur, avait paru à Amiens (Somme) de 1904 à 1913 puis reprit le 29 août 1919 ; il s’étendit ensuite à l’Oise, au Nord et au Pas-de-Calais ; Germinal tirait en 1925 à 3 500 exemplaires pour la Somme, 5 000 pour l’Oise et 1 000 pour le Nord et Pas-de-Calais ; il disparut après juillet 1933 mais eut une brève résurrection en 1938. Meurant collabora à plusieurs reprises au Libertaire (entre 1923 et 1939) ; en 1933, il administra le Flambeau, mensuel, paru de juin 1927 au 5 juin 1934 (quatre-vingts numéros) ; ce journal eut un prolongement dans Terre libre (Aulnay-Nîmes, 1934-1936) dont Meurant fut responsable en 1934 pour l’édition Nord-Nord-Est (édition de Paris : responsable Laurent* ; édition du Midi, responsable A. Prudhommeaux* ; édition de l’ouest, R. Martin* ; édition du centre, Rémy Dugne*).

Dès le début du soulèvement franquiste en Espagne, il participa à un réseau de passage d’armes monté en particulier par les compagnons italiens U. Marzocchi et R. Gilioli à Lille et Mantovani à Bruxelles : les fusils achetés à Bruxelles étaient ensuite acheminés jusqu’à Toulouse où la famille Tricheux servait d’intermédiaire avec les compagnons espagnols. Pendant la guerre d’Espagne, Hoche Meurant anima les sections locales de la Solidarité internationale antifasciste (SIA) fondée par Louis Lecoin et organisa une campagne de souscription pour les troupes républicaines et plus particulièrement pour la CNT. Il participa également à l’acheminement par camions de l’aide en vêtements, nourriture et aussi armement. Ce fut au cours d’un de ces voyages en Espagne où il allait avec sa compagne Léa (originaire de Wattrelos) livrer des armes qu’il fut sérieusement blessé dans un accident de voiture (janvier 1937). Il était à cette époque le responsable à la presse du bureau de l’union locale CGTSR de Croix-Lille. Après la défaite des Républicains, il hébergea, malgré la faiblesse de ses revenus, de nombreux militants anarchistes espagnols réfugiés en France, puis, l’Occupation venue, il aida la Résistance en lui fournissant du matériel d’imprimerie et en jouant le rôle de « boîte aux lettres ».

Après la Seconde Guerre mondiale, Hoche Meurant s’efforça de reconstituer le mouvement anarchiste dans le Nord. En 1948, il était encore secrétaire du groupe de Croix de la Fédération anarchiste et militait à la Confédération nationale du travail. Il était également le responsable de la SIA pour le Nord et participa à de nombreuses tournées de conférences dans toute la région. Il collaborait au Libertaire, à l’organe régional de la Fédération anarchiste Monde Nouveau (Marseille, 6 numéros de février à octobre 1946) dont l’administrateur était J. Gambarelli, ainsi qu’à Ce Qu’il Faut Dire (Paris 1944-1948) de L. Louvet.

Hoche Meurant vécut dans une misère totale jusqu’à sa mort le 13 avril 1950 à Croix (Nord) : hostile aux assurances sociales qu’il considérait comme une escroquerie étatique, il ne bénéficia d’aucune retraite alors que sa clientèle d’artisan bonnetier s’effondrait. Sa compagne, qui avait vécu à ses côtés pendant près de quarante ans, fut victime de la même situation : pour éviter l’hospice, elle fut contrainte de travailler sur son métier à tisser jusqu’à l’âge de soixante-treize ans.

Grand, mince, le visage allongé marqué d’une fine moustache et surmonté de cheveux noirs et courts, séparés par une raie médiane, Hoche Meurant appartenait par la manière et par l’idéologie, si ce n’est par l’âge et la chronologie, à la première génération de militants anarchistes. « Militant d’une intégrité parfaite et d’un dévouement à toute épreuve » a dit de lui Nicolas Faucier. Dans la nécrologie intitulée « Un gars du Nord » parue dans Défense de l’homme (juillet 1950) on pouvait lire : « mais la plus belle partie de sa vie militante, la plus importante au surplus, c’est celle que Meurant consacra à la défense des proscrits. Combien sont-ils, tous ceux qui, par les efforts de Hoche et de ses amis, parvinrent à traverser sans encombre la frontière ? des milliers sûrement. Et combien parmi ceux là qui trouvèrent, avant ou après la frontière, chez Meurant, le refuge fraternel… »

Outre les titres cités, Hoche Meurant collabora également à l’Almanach de la Paix pour 1934 édité par La Clameur, journal de l’Union des Intellectuels pacifistes, à L’Espagne Nouvelle (Nîmes, 1937-1939), à L’Eveil Social (Aulnay-sous-Bois, 29 numéros du 1er janvier 1932 à mai 1934) dont le gérant était Mohammed Saïl* et qui fusionna ensuite avec Terre Libre, à La Revue Anarchiste (Paris, 1929-1936) éditée par Fortin*, à La Revue Internationale Anarchiste (Paris, 8 numéros du 15 novembre 1924 au 15 juin 1925) dont le gérant était S. Ferandel* et à Simplement (Ivry, au moins 44 numéros de janvier 1933 à août 1938) administré par L. Daudonnet et sous-titré « vagabondage social et littéraire ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158583, notice MEURANT Hoche, Arthur [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Yves Le Maner, notice corrigée et complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell, version mise en ligne le 3 mai 2014, dernière modification le 29 avril 2019.

Par Jean Maitron, Yves Le Maner, notice corrigée et complétée par Rolf Dupuy et Marianne Enckell

ŒUVRE : Bas les armes ! Imprimerie Germinal, Croix, 16 p., s.d.

SOURCES : Arch. Nat. F 7/13060 et 13610. — Arch. Dép. Nord, M 154/195D, M 154/212 et M 154/213. — Arch. Dép. Pas-de-Calais, M 2372 et M 2387. — Arch. PPo., cartons 49 et 50. — Terre libre, année 1934 et avril 1936. — Josiane Garnotel, Étude de presse : le Libertaire quotidien, Mémoire de Maîtrise, Paris I, 1970. — R. Bianco, Un siècle de presse… op. cit.Le Libertaire, n° 225, 21 avril 1950. — Défense de l’Homme, n° 20, mai 1950, n° 22, juillet 1950. — L’idée libre, n° d’avril-mai 1962. — Ce qu’il faut dire, n° 13, 15 octobre 1945 et n° 27, 18 mai 1946. — Entretien avec Marceau Moreau, neveu de H. Meurant. — Témoignages de L. Dorlet et N. Faucier. — État civil. — Germinal, année 1927 — APpo BA 2159 — Note D. Vidal.

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