PLAISANCE René

Par Alain Dalançon

Né le 5 septembre 1914 à Paris (Ve arr.), mort le 4 février 2000 à Gonesse (Val d’Oise) ; ouvrier professionnel puis professeur de l’enseignement technique ; militant syndicaliste de la CGT (secrétaire général de la section de l’usine Renault du syndicat de la Fédération des métaux à Boulogne-Billancourt en 1946-1947), membre du BN du SNET (1952-1966) puis du SNES, secrétaire national (1967-1969) ; militant communiste.

Congrès SNES 1970
Congrès SNES 1970
Réné Deshaies à gauche et René Plaisance (coll. IRHSES)

Fils unique d’Hélène, Marie, Emma Eliet, couturière, née le 25 septembre 1892 à Wignehies (Nord), René Plaisance fut reconnu par son père, Albert, Gaston Plaisance, électricien, né le 1er août 1897 à Reims (Marne), quand ses parents se marièrent le 21 octobre 1915 à Paris (XIVe arr.). Ceux-ci appartenaient à des familles ouvrières venues chercher du travail dans la capitale.

René Plaisance était très jeune quand son père mourut de ses blessures de guerre, à Attichy (Oise), le 1er septembre 1918, alors qu’il était 2e canonnier-servant au 130e Régiment d’artillerie lourde. Sa mère resta très attachée au souvenir de son mari et ne voulut jamais se remarier, tout en vivant plus tard avec un autre homme qui prit soin de son fils. Elle fit baptiser ce dernier et l’envoya au catéchisme.

Pupille de la Nation, Renée Plaisance fréquenta l’école professionnelle de garçons du complexe Adolphe Chérioux à Vitry-sur-Seine (Seine, Val-de-Marne), ouverte en 1927 et destinée à scolariser les orphelins de guerre et les boursiers du département, où il acquit une formation technique en ajustage. Il travailla ensuite comme ouvrier professionnel dans diverses entreprises et effectua son service militaire en 1936-1937. Il commença à cette époque à militer à la CGT.

Il épousa Georgette Carbonnet, le 21 mai 1938 à Paris (XIVe arr.), née le 9 septembre 1916 à Saumur (Maine-et-Loire), décédée le 3 février 2003 à Villiers le Bel (Val d’Oise), avec laquelle il eut deux enfants : Eric, né le 16 août 1940, devenu professeur à l’Université Paris-Descartes, et Chantal, née le 19 août 1945, secrétaire.

Mobilisé en 1939, il fut fait prisonnier en juin 1940 et réussit à s’échapper du camp où il était interné en France, grâce à de faux papiers d’électricien. Pendant la guerre, il vécut et travailla à Paris et participa à un groupe de défense passive. Il permit à un couple de Juifs originaire de Hongrie d’échapper aux rafles : le mari comme médecin, sous le faux nom de Schongut, exerçait à l’hôpital des enfants malades, la femme, Galamb Erszebet Grossova, était artiste peintre. Le fils de René Plaisance retrouva plus tard ces Juifs en Hongrie, où ils étaient retournés dans les années 1950, qui lui confirmèrent ce qu’ils devaient à son père. Ce dernier semble aussi avoir continué à militer dans la CGT clandestine.

En 1945, René Plaisance fut initié au Grand Orient de France dans la loge parisienne « Les zélés Philanthropes ». L’année suivante, il adhéra au Parti communiste français et y resta fidèle jusqu’à son décès.

Permanent de la CGT, il fut envoyé en 1946, « pour renforcer la direction de la section » du syndicat des métaux de Boulogne-Billancourt de l’usine de la Régie nationale des usines Renault – le plus gros site industriel du pays –, dont il devint le secrétaire. Aux élections professionnelles de 1946, la CGT avait en effet obtenu plus de 90 % des suffrages exprimés du collège ouvriers et employés et plus de 50 % du collège des agents de maîtrise et techniciens. En 1947, sur les 27 000 salariés de Renault, la CGT revendiquait 20 000 adhérents, dont 83 % sur le site de Boulogne-Billancourt. René Plaisance travaillait avec le secrétaire permanent du syndicat des métaux de Boulogne-Billancourt, Henri Delame, et les délégués du personnel, Jean Charrier et André Chèze. Les relations avec le président directeur général de la RNUR, Pierre Lefaucheux, étaient bonnes, d’autant que la CGT était résolument investie dans la « bataille de la production » et que le ministre du Travail était le communiste Ambroise Croizat, ex-secrétaire général de la Fédération des métaux de la CGT. Mais le nouveau président du Conseil depuis le 28 janvier 1947, le socialiste Paul Ramadier, avait décidé de faire de la lutte contre la très forte inflation l’une de ses priorités, ce qui signifiait un contrôle très étroit des salaires dont les minima et maxima étaient fixés par le ministre du Travail. Or le pouvoir d’achat des ouvriers de la métallurgie parisienne continuait de baisser – moins 25 % depuis janvier 1945 – suscitant un mécontentement de plus en plus important chez les salariés de Renault, d’autant que leurs salaires étaient inférieurs à ceux des autres usines automobiles de la région parisienne. Ce mécontentement général dans le monde salarié se traduisit par des premières grèves dans les ports, la presse, et une sévère déconvenue de la CGT aux élections du 24 avril aux élections pour les caisses primaires de la Sécurité sociale.

Dans ce contexte, René Plaisance fut un acteur de premier plan de la grève du printemps 1947 à l’usine Renault de Boulogne-Billancourt, en essayant de gérer les contradictions auxquelles étaient confrontées la CGT et le PCF. Partie le 25 avril des départements 6 et 18 du secteur Collas, la grève s’étendit dans les jours suivants à l’initiative des militants trotskistes de la CGT. Le comité de grève qu’ils constituèrent demandait une prime à la production de 10 F de l’heure, que le bureau de l’Union syndicale des travailleurs métallurgistes du département de la Seine estimait légitime pour l’ensemble des travailleurs de la métallurgie de la Région parisienne. Mais lors des premières négociations du 28 avril, les responsables de la CGT Renault demandèrent seulement une prime uniforme de 3 F, Plaisance insistant sur le retard par rapport aux salaires des usines Citroën et refusant la proposition un peu inférieure de Lefaucheux liée au coefficient hiérarchique, assortie d’une prime de cantine.

Pierre Bois, dans La Révolution prolétarienne de mai 1947, mit alors le secrétaire du syndicat CGT en accusation : « Le citoyen Plaisance, après avoir déclaré publiquement à Collas, le lundi matin 28, qu’il se pliait aux décisions de la majorité, n’hésitait pas à déclarer à midi, au meeting de la place Nationale, « qu’une poignée de gaullistes-trotskystes-anarchistes avait voulu faire sauter l’usine ».

Le 29 avril, la grève s’étendit à 13 départements. Toute la presse titra à la une : « La CGT débordée chez Renault ». Roger Linet, secrétaire à l’organisation de l’USTM, fut envoyé par Benoît Frachon aider l’équipe militante en place pour reprendre la situation en mains, mais il intervint très peu dans les négociations menées par Plaisance, Delame et Chèze. Le vendredi 2 mai, un vote fut organisé donnant 11 354 voix pour la grève et 8 015 contre. Le même jour, Ramadier confirma devant l’Assemblée nationale – et ensuite à Lefaucheux – la ligne directrice de sa politique de contrôle strict des salaires, en n’acceptant aucune augmentation qui ne soit liée à une augmentation de la production, s’opposant ainsi à Jacques Duclos qui estimait justes les revendications de la Fédération des métaux visant à « améliorer les salaires par des primes à la production ».

Le dimanche 4 mai, les députés communistes refusèrent leur confiance à la politique salariale et sociale du gouvernement ; le 5 mai, les ministres communistes en furent exclus ; la grève devint générale à l’usine de Boulogne-Billancourt. La CGT Renault, tout comme Pierre Lefaucheux et le nouveau ministre du Travail, Daniel Mayer, souhaitaient cependant trouver une issue rapide au conflit. Le jeudi 8 mai, le ministre et la direction finirent par proposer une augmentation de la PPP (prime progressive de production) avec une partie uniforme et une partie progressive, permettant une augmentation à la base de la hiérarchie de 3 F, et au sommet de 3,80 F, augmentation couplée avec une augmentation de la production et de celle des prix des véhicules à la vente. Linet et Plaisance estimèrent alors avoir obtenu l’essentiel de ce qui avait été demandé au départ par le syndicat CGT Renault et appelèrent les salariés à se prononcer pour la reprise du travail lors d’un scrutin organisé le 9 mai (12 075 pour, 6 866 contre). Il fallut attendre le vendredi suivant, 16 mai, pour que la reprise soit effective, les départements 6 et 18 poursuivant des débrayages pour obtenir le paiement des jours de grève. L’influence de la CGT fut entamée chez Renault et au-delà. Plaisance quitta la direction de la section syndicale de l’usine pour aller renforcer les sections parisiennes du PCF des XVIIe, XVIIIe et XIXe arrondissements ; il fut remplacé par Henri Delame, avant que ne soit créé un syndicat spécifique de la Régie Renault dont Roger Linet devint le secrétaire à son congrès constitutif le 29 octobre 1949. Ce dernier, devenu ensuite membre du Comité central du PCF et député, raconta plus tard avoir dû faire son autocritique. Il semble que René Plaisance se trouva dans la même situation mais préféra se reconvertir, plutôt que de poursuivre une carrière de permanent au Parti ou à la CGT.

Il passa donc le concours de professeur technique adjoint au cours de l’année 1950-1951. Il suivit le stage de formation de PTA à Rouen, puis fut nommé en 1952 au collège technique de Montgeron (Seine-et-Oise, Essonne), avant d’être muté à l’école pratique Adolphe Chérioux de Vitry-sur-Seine (où il avait été élève), devenue lycée technique en 1959, où il termina sa carrière comme professeur certifié en 1976, après avoir réussi le concours spécial.

Durant une quinzaine d’années, René Plaisance milita au Syndicat national de l’enseignement technique dont il fut, aux côtés de Philippe Rabier et Etienne Camy-Peyret, un des principaux militants minoritaires du courant « Unité et Action » puis « Union pour une action syndicale efficace ». Membre titulaire de la commission administrative et du bureau national de 1952 à 1966, il fut chargé des PTA et des stagiaires d’ENNA en 1956 puis des cours professionnels en 1957. Il était en même temps élu à la commission paritaire nationale des PTA aux élections de 1956 et de 1960 et était membre suppléant de la CA de la Fédération de l’Éducation nationale de 1961 à 1967.

Quand la fusion du SNET et du Syndicat national de l’enseignement secondaire eut lieu en 1966, il fut désigné membre de la CA et du BN, mais ne réussit pas à se faire élire secrétaire de la catégorie des PTA lors du premier scrutin au collège unique en 1967 (qui resta à l’ « autonome » Pierre Sauvreneau*), bien que le courant « Unité et Action » ait gagné la direction du nouveau SNES. Il fut cependant « chargé d’affaires personnelles » dans l’exécutif et passa la main aux élections de 1969 à René Deshaies qui fut élu secrétaire de catégorie.

Il milita comme retraité au SNES et fut toujours un membre actif de l’association des anciens élèves de son établissement ; il était lié aussi à Roland Depretto, directeur de l’Ecole Estienne de 1968 à 1971. Il s’était retiré à Puiseux-en-France (Val d’Oise).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158499, notice PLAISANCE René par Alain Dalançon, version mise en ligne le 28 avril 2014, dernière modification le 12 février 2018.

Par Alain Dalançon

Congrès SNES 1970
Congrès SNES 1970
Réné Deshaies à gauche et René Plaisance (coll. IRHSES)
Congrès SNET 1961
Congrès SNET 1961
de gauche à droite au 1er rang : Philippe Rabier, Etienne Camy-Peyret, René Plaisance (coll. IRHSES)

SOURCES : Arch. IRHSES. — Pierre Bois, « La grève des usines Renault », La Révolution prolétarienne, 25 mai 1947, (www.marxists.org/francais/barta/1947/05/greve_renault.htm). — Ph. Fallachon, « Les grèves de la régie Renault en 1947 », Le Mouvement Social, n° 81, octobre-décembre 1972, p. 111-142. — M. Freyssenet, Division du travail et mobilisation quotidienne de la main-d’œuvre. Les cas Renault et Fiat, CSU, 1979, édition numérique, freyssenet.com, 2006. — Claude Poperen, Renault, regards de l’intérieur, Éditions sociales, 1983, p. 28-29, 45, 52-53. — Roger Linet, CGT. Lendemains de guerre 1944-1947, Pluriel Hachette, 1995 ; Renault 1945-1958. Heures chaudes durant la guerre froide, Le temps des cerises, 1997. — Cyrille Sardais, « Autopsie d’une négociation. Le règlement de la grève d’avril-mai à la Régie Renault », Le Mouvement social, n° 232, 2010/3, p. 47-73. — Témoignage de René Plaisance pour une émission TV en septembre 1985 sur les grèves de 1947, Télérama du 11 septembre 1985. — Renseignements fournis par son fils, Eric Plaisance.

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