PIQUES Maurice, Louis, Joseph

Par Jacques Girault, Émile Gracia

Né le 20 mai 1931 à Toulouse (Haute-Garonne), mort le 29 septembre 1998 à Cornebarrieu (Haute-Garonne) ; instituteur puis professeur de collège en Haute-Garonne ; militant du SNI puis du SNI-PEGC et de la FEN ; président de la CAMIF.

Fils unique d’un instituteur rural chargé pendant toute sa carrière d’une école à une classe à Coueilles, petit village du sud de la Haute-Garonne, et d’une mère femme au foyer d’origine paysanne, Maurice Piques, élève du cours complémentaire de L’Isle-en-Dodon où il s’occupa de la coopérative scolaire, entra à l’Ecole normale d’instituteurs de Toulouse en 1947 où il organisa le voyage de fin d’études. Sorti major de sa promotion, il devint instituteur à Ambax, poste déshérité d’un village proche de L’Isle-en-Dodon. Après son service militaire, il fut nommé à Blagnac puis devint maître-formateur à l’école annexe à Toulouse. Passé professeur de collège en 1954, il enseigna les mathématiques et les sciences au collège d’enseignement général Maurice Bécanne à Toulouse.

Membre du conseil syndical de la section départementale du Syndicat national des instituteurs en 1954, il la représentait à la Commission nationale des jeunes du SNI. Il devint en février 1960 secrétaire général de la section de Haute-Garonne du SNI qui, quoique section proche de la majorité nationale, avait un fonctionnement unitaire qui intégrait dans ses instances (conseil syndical et bureau départemental) des représentants de la minorité « Unité et Action ». Ce fonctionnement fut remis en cause en 1968 après le vote de défiance des minoritaires sur l’action de la section départementale lors du mouvement étudiant et ouvrier. Il créa, au début des années 1960, le Cercle d’étude des jeunes enseignants, organisme à vocation culturelle et sociale qui agit pour le planning familial et l’organisation de séjours d’été et d’hiver d’enfants et de jeunes enseignants. Il créa en 1969 la Coopérative d’impression et d’édition (CIEPEP) au rayonnement étendu de Bordeaux à Montpellier. Il fut aussi le créateur des Journées syndicales annuelles d’étude à contenu pédagogique, culturel et syndical à l’intention des enseignants de la Haute-Garonne. Il devint alors également en 1968, secrétaire général de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale et le resta jusqu’en 1976. La section FEN fut, en cette période de rivalités syndicales exacerbées, le trait d’union et de rencontre des centrales, union particulièrement utile pour la défense des militants espagnols victimes du franquisme.

Il signa la motion d’orientation présentée par la majorité nationale pour le congrès du SNI de Paris en 1961, puis par la suite toutes les déclarations de la tendance « autonome » puis « Unité Indépendance et Démocratie ». Il intervint dans le débat sur le rapport moral, le 5 juillet 1961, pour dire sa fierté de l’action du SNI pour la paix en Algérie. Lors du congrès national du SNI, le 5 juillet 1964, dans la discussion du rapport moral, il protesta contre les conséquences de la réforme de l’éducation et se montra favorable à « une égalité de chances pour tous les enfants sans laquelle il n’y a point de démocratie ». L’année suivante, le 12 juillet 1965, il condamna la réforme de l’enseignement et la création des collèges d’enseignement secondaire. Lors du congrès national du SNI, le 5 juillet 1964, dans la discussion du rapport moral, il protesta contre les conséquences de la réforme de l’éducation et se montra favorable à « une égalité de chances pour tous les enfants sans laquelle il n’y a point de démocratie ». L’année suivante, le 12 juillet 1965, il condamna la réforme de l’enseignement et la création des collèges d’enseignement secondaire.

En 1966, Piques fut élu au Bureau national du SNI et y demeura jusqu’en 1986. Dernier intervenant au débat d’orientation syndicale du congrès d’Evian, le 15 juillet 1966, il justifia la nécessité de tendances reconnues qui permettent, « tout en donnant à chacun toute possibilité d’expression, de réaliser un effort commun dans la diversité des options personnelles. » Profondément favorable au rapprochement syndical ouvrier, il invite les militants, « passionnément, à s’attacher à la naissance d’une Société nouvelle, où la production et l’échange n’échapperaient pas aux travailleurs. » Le 22 novembre 1968 au congrès de Nice, il rappela que « la réunification syndicale reste pour la majorité [du SNI] le but à atteindre […], que cette recherche exige de tous les partenaires un esprit libre et objectif, de se refuser à faire reprendre à tout prix par son organisation syndicale les mots d’ordre de son parti […] et de s’interdire de substituer à sa propre analyse celle de son journal politique. »

En 1972, il quitta Toulouse pour entrer au secrétariat permanent du SNI. L’inspecteur d’Académie André Audigié, à son départ de la Haute-Garonne, salua l’action déterminée et intransigeante de Piques qu’il surnomma « Saint-Just ». Chargé sur le plan national de la formation syndicale et du secteur administratif des collèges, il apporta une aide efficace aux professeurs de collège lors de l’instauration de leur nouveau statut en 1969 et pour leur intégration dans le corps des Professeurs d’enseignement général de collège. En 1975, il fut chargé de la préparation de la modification des statuts du SNI pour faire face à la menace d’éclatement du syndicat. Le 22 juin 1976, au congrès extraordinaire de Paris, sur sa proposition et sous son impulsion, le SNI adopta de nouvelles structures et se transforma en SNI-Pegc. Il en devint alors, de 1976 à 1980 le secrétaire général adjoint, responsable du premier cycle. Il fut particulièrement actif pour présenter les collèges comme deuxième cycle du premier degré dans l’esprit de la construction d’une « école fondamentale ».

A défaut d’être secrétaire général, il fut secrétaire national chargé, de 1980 à 1984, de la vie de l’organisation (responsabilité qui comprenait le fonctionnement du syndicat, la formation des militants et l’organisation des élections du Bureau national), des sections, de l’étranger et des relations avec la presse. Sous son action la majorité nationale se renforça en 1979 pour atteindre 60 % des suffrages lors des élections au Bureau national de 1982, résultat jamais atteint auparavant.

De 1984 à 1986 chargé du secteur économique et de la formation des militants, il salua, le 30 mars 1985, le fait que, « depuis leur création par des enseignants syndicalistes, nos œuvres (MAIF, CAMIF, MGEN, MRIFEN et bien d’autres) ont choisi délibérément d’accorder toute leur confiance au personnel et de l’associer à leurs projets et à leurs espoirs ».

Politiquement proche du Parti socialiste autonome puis du Parti socialiste et d’Alain Savary*, Piques séparait son engagement politique de son action militante syndicale et mutualiste.

Nommé en 1982 administrateur national de la CAMIF au congrès de Toulouse, Piques fut désigné vice-président le 18 décembre 1986 par le conseil d’administration et élu le 25 mai 1989 président par l’assemblée générale de Paris, responsabilité qu’il exerça jusqu’en 1998. Il mit en application sa vision d’une gestion démocratique faite d’innovation et d’ouverture. D’entreprise réservée aux personnels de l’Éducation nationale, sous son impulsion, la CAMIF s’ouvrit aux hospitaliers et agents des impôts d’abord, aux mutuelles de la Fonction publique et des collectivités locales, aux coopératives des postiers ou militaires ensuite et enfin à la Mutualité française dans son ensemble. Il favorisa la diversité des offres de la CAMIF (mobilier, rénovation et aménagement et construction de la maison, création de son propre organisme de crédit, alimentation fine etc…). Il s’appuya très tôt sur les technologies de l’informatique et d’internet pour l’information, la communication avec serveur vocal dès 1989 pour le développement de la CAMIF en France et en Europe, avec la création, en 1996, du Groupe CAMIF. Enfin il engagea la CAMIF, devenue entreprise citoyenne par la création de CAMIF Solidarité, dans la voie du partenariat social et économique concret et de la conduite d’actions humanitaires et de solidarité en faveur des plus démunis.

Il était également membre de nombreux conseils d’administration d’associations du CCOMCEN (comité regroupant des organisations syndicales mutualistes et coopératives de l’Éducation nationale, dont il fut vice-président), dont la CASDEN-Banque populaire, Arts et Vie (organisme culturel et de voyages), de la Fondation MAIF (Mutuelle assurance). En outre, il était administrateur du Groupement national de la Coopération, du Clamca, de l’Alliance coopérative internationale, du Comité consultatif de l’économie sociale.

Piques se maria en août 1953 à Toulouse avec une professeur d’espagnol au collège Maurice Bécanne. Le couple eut un garçon et une fille puis divorça. Piques se remaria en juin 1973 à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) avec une instructrice en Algérie qui fut mise à la disposition de la section départementale du SNI jusqu’en 1972, puis qui rejoignit la région parisienne avec Maurice Piques où ils résidaient à Choisy-le-Roi. Divorcé, il se remaria en août 1987 au Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis) avec une secrétaire employée au siège national du SNIPegc qu’elle quitta en le suivant à Niort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158491, notice PIQUES Maurice, Louis, Joseph par Jacques Girault, Émile Gracia, version mise en ligne le 28 avril 2014, dernière modification le 23 octobre 2018.

Par Jacques Girault, Émile Gracia

SOURCES : Presse syndicale. — Notes de Robert Furton et de Guy Georges.

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