PORTE Jeanine [née GIOVANNETTI]

Par Gérard Leidet

Née le 14 novembre 1933 à Marseille (Bouches-du-Rhône), morte le 2 juillet 2010 ; couturière ; militante communiste, membre du comité central du PCF (1976-2000) ; conseillère générale (1973-2008) et députée des Bouches-du-Rhône (1978-1981).

Jeanine Porte
Jeanine Porte

Jeanine Porte naquit à Marseille dans une famille d’ouvriers immigrés italiens. Son père, Giovanni Giovanetti qui était ouvrier agricole en Italie avait fui le fascisme en traversant les Alpes à pied. Il s’installa à Marseille dans le quartier de la Cabucelle, l’un des plus populaires de la ville, où il commença à travailler pour l’entreprise Agricola et ensuite dans plusieurs usines de la Réparation navale. De tempérament libertaire, c’était un « anarchiste convaincu » qui participa à toutes les grèves déclenchées au sein des entreprises dans lesquelles il travaillait. Sa mère, née Maria Luisa Santucci fut d’abord lavandière dans son village d’Italie. Elle quitta l’Italie avec sa marraine à l’âge de seize ans pour fuir la misère et devint femme de chambre puis « bonne » dans plusieurs familles de la bourgeoisie marseillaise.

Vers l’âge de onze ans, ayant toujours baigné dans le monde du travail, la jeune Jeanine suivit, un jour de grève, des ouvriers de la réparation navale qui manifestaient dans le quartier de la Cabucelle en chantant l’Internationale. Déjà, elle ne supportait pas l’injustice et suivit le cortège syndical au lieu d’aller à l’école ; cela lui valut une belle correction paternelle.

Son professeur de français avait décelé une vive intelligence et une grande soif d’apprendre chez son élève, elle aurait aimé que Jeanine prolonge ses études jusqu’au brevet supérieur. Mais ses parents se trouvaient dans l’incapacité d’assumer financièrement ce choix et elle rejoignit le centre d’apprentissage de la rue Denis Papin afin d’y apprendre le métier de couturière.

Jeanine Porte travailla ensuite successivement à l’usine de dattes Micasar puis aux Abattoirs de la Calade avant de devenir couturière à domicile ; elle habitait alors la Madrague Ville. Elle cousait avec sa meilleure amie Suzanne Messikian d’origine arménienne qui était pantalonnière. Toutes deux appartenaient à la JAF (Jeunesse Arménienne de France), faisaient partie de sa chorale et militaient au Parti communiste français.

L’adhésion de Jeanine Porte à la cellule de la Cabucelle date du tout début des années 50. C’est ici que se retrouvaient nombre de familles souvent d’origine immigrée, des travailleurs du port, des chantiers navals et plus généralement de l’industrie marseillaise, victimes des transformations et restructurations urbaines, des bas salaires, plus tard du chômage de masse. Chassées par la spéculation foncière, isolées du reste de la ville par manque de transports et de services collectifs, ces populations des quartiers populaires de Marseille que Jeanine Porte fréquentait depuis son enfance à La Cabucelle (à la Calade, au Canet, à Saint-Gabriel, à la Belle de Mai ou aux Chutes-Lavie) firent face aux difficultés grâce à la solidarité ouvrière, grâce aussi au combat lucide que menaient côte à côte militants ouvriers et élus qui incarnèrent longtemps l’esprit de résistance et l’espérance sociale.

C’est dans ce contexte qu’elle rencontra son futur mari, Roger Porte (fils de Victor Porte), ouvrier métallo chez Durbec, militant et responsable syndicaliste, qui devint plus tard secrétaire de la section PCF de la Cabucelle. Le mariage eut lieu en 1954 à la mairie (et non à l’église, ce qui constitua un « sacrilège » pour la mère de Jeanine Porte catholique pratiquante) en présence de Pierre Doize qui recueillit le consentement des époux. À partir de là, Jeanine et Roger militèrent ensemble et Jeanine allait suivre toutes les écoles de formation du PCF (écoles fédérales, écoles centrales). Internationaliste convaincue, engagée contre les guerres du Vietnam et d’Algérie, Jeanine devint membre du comité fédéral du PCF en 1961 puis accéda au secrétariat de la Fédération des Bouches-du-Rhône. Elle fut élue pour la première fois conseillère générale communiste en septembre 1973, succédant ainsi à Roger Donadio et réélue sans discontinuer jusqu’en 2008. Élue au comité central du PCF en 1976, Jeanine Porte prit ensuite la succession à l’Assemblée nationale de Paul Cermolacce, une des grandes figures du communisme marseillais, en demeurant députée de 1978 à 1981 ; une période au cours de laquelle elle n’allait « jamais oublier les travailleurs du Port » dont elle fut le porte-parole assidue à la tribune du Palais-Bourbon. En retour, ces salariés lui manifestèrent régulièrement leur confiance et leur respect.

Lors de ces élections législatives de 1978 où elle était donc candidate pour la première fois, un journaliste de l’Express l’avait décrite comme « La Passionaria » des quartiers Nord de Marseille. Elle reçut cela comme un compliment, une fierté, tout en ajoutant : « je n’arrive pas à la cheville de Dolorès Ibarruri ». Héritant du dossier de la Navale, elle interpella en 1978 le premier ministre d’alors, Raymond Barre, au cours d’un discours qui fit date et qui devait déboucher sur une grande démonstration de force dans les rues de Marseille en septembre 1979. En charge du féminisme à la fédération du PCF depuis 1976, Jeanine organisa aussi avec Danièle Demarch*, députée européenne, une manifestation qui mobilisa des milliers de femmes qui défilèrent sur la Canebière pour la défense de leurs droits et pour la Paix. Autour de la même thématique elle fut à l’initiative d’une grande rencontre à la Salle Vallier avec la participation de parlementaires communistes, d’intellectuels et de syndicalistes pour s’inscrire dans la construction d’un grand rassemblement populaire afin de faire reculer les conditions difficiles des femmes au travail et d’agir pour la promotion des femmes dans la société.

Selon plusieurs témoignages, Jeanine était une élue de terrain, partageant le quotidien des habitants de son arrondissement et recevant leurs doléances dans ses permanences souvent bondées. Toujours présente aux portes des entreprises, elle était pleinement à l’aise, avec les dockers au centre d’embauche, avec les métallos de la navale, pour les accompagner dans leurs luttes afin de proposer des alternatives à la politique du patronat et du gouvernement, soutenir le statut des dockers pour un statut et ce qu’elle dénommait une « dignité ». On la voyait souvent aussi présente au premier rang des actions contre les expulsions (« Combien d’expulsions locatives a-t-elle empêchées ? » disaient certains responsables d’associations), au porte-à-porte dans ces cités populaires qui constituaient selon elle « une véritable priorité avec les conditions de vie des travailleurs et des femmes ». C’était une femme de conviction qui avait du mal à se résoudre au « ronronnement » (selon ses termes) des institutions, où elle ferraillait pour ses idées, en s’attachant fermement à ce qu’elle considérait comme juste. Investie totalement dans la lutte contre la misère Jeanine Porte organisa au sein du conseil général des Bouches-du-Rhône les premières assises départementales de lutte contre la pauvreté et la précarité auxquelles participèrent Monseigneur Gaillot et le professeur Léon Schwartzenberg qui allaient fonder l’association Droits devant !!

Jeanine Porte avait épousé Roger Porte en 1954. Le couple eut une fille, Hélène, employée aux archives départementales des Bouches-du-Rhône et un petit fils prénommé Enzo.

Entièrement dévouée au Parti, militante fidèle et dirigeante nationale du PCF dans ces années 70 et 80 où la crise du Parti communiste se mettait en place et s’approfondissait, « elle n’a pu en analyser ni les raisons ni la profondeur. Comme beaucoup d’autres… Mais jamais, elle n’a tremblé dans la défense de son idéal et de sa conception de la politique. » (Christian Digne). Comptant parmi les figures marquantes de l’histoire populaire marseillaise, Jeanine Porte décéda à l’âge de soixante-dix-sept ans dans la ville qui l’avait vu naître et dans laquelle elle mena tout au long de son existence quelques-uns des grands combats politiques et sociaux portés par le mouvement ouvrier de la capitale phocéenne. Avec toujours le même objectif, aimait-elle à répéter : « faire prendre conscience aux gens de leur force collective pour changer la vie ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158390, notice PORTE Jeanine [née GIOVANNETTI] par Gérard Leidet, version mise en ligne le 22 avril 2014, dernière modification le 8 février 2015.

Par Gérard Leidet

Jeanine Porte
Jeanine Porte

SOURCES : Lucien Degoy, l’Humanité, 8 juillet 2010. — Christian Digne, « La Boussole de son action », La Marseillaise, 7 juillet 2010. — Archives de la Fédération des Bouches-du-Rhône du Parti communiste français. —Témoignages de sa fille Hélène (novembre 2013) et de Anna Leidet.

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