BARTHES Lucien

Par Michel Dreyfus

Mort vers 1953 ; ingénieur gazier-électricien ; militant syndicaliste CGT.

Ingénieur à la Compagnie du Gaz de Paris, Lucien Barthes fut, dans les années trente, secrétaire du syndicat CGT confédéré des employés et secrétaire général du syndicat de cette entreprise jusqu’en juillet 1936. Au congrès de réunification de la Fédération de l’Éclairage en mars 1936, il vota en tant que délégué de son syndicat pour la motion d’incompatibilité des mandats politiques et syndicaux, tout en l’approuvant à titre personnel. En juillet 1936, il fut élu secrétaire général de la Fédération CGT de l’Éclairage en remplacement de Raoul Lèbre* démissionnaire mais quitta cette fonction un an plus tard au congrès de Lyon où il fut remplacé par Marcel Paul*. Selon B. Weiss (La Fédération légale de l’Éclairage CGT, 1936-1944) Clément Delsol* aurait alors tenté de le faire réélire à la place de Marcel Paul* mais Lucien Barthes refusa. Cependant, il resta un des secrétaires généraux adjoints de la Fédération jusqu’en 1939.
Selon certaines sources, il aurait alors été inquiet devant la progression des syndicalistes communistes mais il semble bien pourtant qu’il ait favorisé l’accession de Marcel Paul* à la tête de la Fédération en juin 1937. Il est certain que dès l’été 1938, Lucien Barthes avait rallié les positions communistes : dans le numéro de juillet-août 1938 de Force, le journal de la Fédération, il se prononça pour l’unité syndicale internationale, notamment avec les syndicats soviétiques. En septembre 1937, il avait également été parmi les fondateurs du Groupement national des cadres (GNC), créé à l’initiative des ex-unitaires de la Fédération.
Mobilisé à l’automne 1939, Lucien Barthes ne put prendre position au sujet du Pacte germano-soviétique mais défendit certainement des positions très proches de celles des communistes. À la suite du comité fédéral tenu le 5 novembre 1939, L. Barthes ne fut plus considéré comme secrétaire de l’organisation. Il fut donc réintégré dans son entreprise. Mobilisé en 1940, il aurait ensuite été fait prisonnier jusqu’à la fin de l’année 1941 ou début 1942, selon les sources.
De retour en France, Lucien Barthes rejoignit Fernand Gambier* dans la Résistance. Son nom fut prononcé lors du comité fédéral du 8 novembre 1941 de la Fédération « légale » de l’Éclairage parmi les camarades à « convoquer » pour reprendre des responsabilités syndicales, ce qui surprend : avait-il « depuis sa libération critiqué le Pacte germano-soviétique et fait amende honorable auprès des dirigeants fédéraux » ? se demande B. Weiss (op. cit.).
Lucien Barthes fut effectivement convoqué au comité fédéral du 9 mai 1942 ainsi que Jacques Alliez*. Il réapparut dans la vie de la Fédération « légale » lors de sa commission exécutive du 29 mars 1943 puis de son comité fédéral du 3 mai 1943, sans toutefois, semble-t-il, y être intervenu. Il semble bien qu’il ait alors renseigné la Fédération « illégale » sur ce qui se déroulait chez sa rivale, comme en témoigne le document qu’il écrivit au lendemain de la conférence nationale des 17 et 18 décembre 1943, « Notes sommaires sur la fédération de l’Éclairage » et qu’il remit à Fernand Gambier*. Il y retraçait l’histoire de la Fédération depuis 1936 jusqu’en 1943 avec le souci constant, selon B. Weiss, de mettre en lumière l’opportunisme et l’anticommunisme de ses deux secrétaires fédéraux. Toujours selon B. Weiss, il n’aurait alors pas fait preuve d’une grande lucidité, et se serait « plus attaché à détruire les secrétaires fédéraux sur le plan moral que sur le plan syndical ».
À la Libération, Lucien Barthes fut élu un des trois secrétaires permanents de la Fédération réunifiée de l’Éclairage, et il fut réélu à cette fonction par sa conférence-congrès en avril 1945. Depuis septembre 1944, il était membre de la sous-commission des nationalisations du Conseil national de la Résistance (CNR) ainsi que de la commission créée le 10 novembre 1944 par le ministre Robert Lacoste pour « étudier la nationalisation de l’industrie électrique » et présidée par l’ancien ministre radical des colonies, Léon Perrier. En novembre 1945, Lucien Barthes fut appelé au cabinet de Marcel Paul* où il participa activement à la rédaction de la loi de nationalisation du gaz et de l’électricité ainsi qu’à l’élaboration du statut national du personnel. Du 10 mai 1946 au 17 avril 1953, il fut administrateur d’EDF.
Lucien Barthes fut réélu secrétaire de la Fédération lors de ses XVIe, XVIIe et XVIIIe congrès (1946, 1948, 1950) ainsi que secrétaire du GNC en mars 1948 puis à nouveau lors de son congrès de 1952. Il fut également élu administrateur suppléant du Conseil central des œuvres sociales (CCOS) de janvier 1947 à décembre 1949 puis titulaire, de cette date à la dissolution de cet organisme par le gouvernement en février 1951, dissolution contre laquelle il protesta au conseil d’administration de GDF le 21 février.
Lucien Barthes était chevalier de la Légion d’honneur.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15819, notice BARTHES Lucien par Michel Dreyfus, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 10 septembre 2013.

Par Michel Dreyfus

SOURCES : La Révolution prolétarienne, 10 juillet 1937, p. 641. — Arch. CCOS. — René Gaudy, Les porteurs d’énergie, Paris, Temps actuels, 1982. — René Le Guen, en collaboration avec René Gaudy, Voyage avec des cadres, Paris, Éditions sociales, 1977. — B. Weiss, La Fédération légale de l’Éclairage CGT (1936-1944), mémoire de maîtrise, Université Paris VII, 1995.

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