PUTZ Joseph

Par Daniel Grason

Né le 24 avril 1895 à Bruxelles (Belgique), mort au combat le 28 janvier 1945 à Grussenheim (Haut-Rhin) ; représentant de commerce, secrétaire général de la mairie de Stains ; syndicaliste ; communiste ; volontaire en Espagne républicaine ; volontaire du Corps franc d’Afrique du Nord ; compagnon de la Libération.

D’origine alsacienne, Joseph Putz fut mobilisé en décembre 1914 au 161e Régiment d’infanterie, fantassin dans les groupes d’assaut. En 1916, il devint aspirant, puis sous-lieutenant en octobre 1917. Gazé en mars 1918 dans le secteur de Vacqueville en Alsace, il fut muté au 506e Régiment de chars de combat. Il fut décoré de la Croix de Guerre avec quatre citations, nommé officier de la Légion d’honneur. Très touché par son intoxication, démobilisé, il partit en Algérie, exerça la profession de représentant de commerce, revint en France.
Il entra dans l’administration, fut secrétaire général de la mairie de Stains (Seine, Seine-Saint-Denis), il exerça en même temps des responsabilités au sein de la CGTU. Joseph Putz eut de sérieux désaccords avec Jean Chardavoine, maire de Stains, il démissionna de son poste de secrétaire général. Dans une note sur Joseph Putz, Jean Chardavoine le soupçonnait d’avoir des « attaches […] avec Doriot et la police […] je crois que Putz devait appartenir au 2ème Bureau, car n’oublions pas qu’il était Capitaine de Réserve et que cela lui permettait d’avoir quelques entrées ». Jean Chardavoine l’accusait de « vol [qui] pourrait se monter à environ 2000 francs ». Enfin, il lui reprochait « sa vie privée ». (Note de six pages datée du 17 juin 1938 sans le nom du ou des destinataires).
En 1936, Joseph Putz convoya en Espagne les volontaires français recrutés par le comité Amsterdam-Pleyel, ils formèrent le 13e bataillon « Henri Barbusse » de la XIVe Brigade internationale. En décembre 1936, après la déroute du bataillon « La Marseillaise » dans les combats de Lopera qui firent plus de trois cents morts parmi les brigadistes et plus du double de blessés, le commandant Gaston Delassale était arrêté pour « trahison ». Joseph Putz présida un simulacre de procès militaire qui condamna à mort le commandant Gaston Delassale, pour « désorganisation et abandon volontaire de poste ». Victime expiatoire de la défaite, Delassale était exécuté sur le champ. Putz fut envoyé pour une courte période dans les Asturies en juin 1937. Nommé lieutenant-colonel en janvier 1937, il commanda la XIVe Brigade « La Marseillaise » jusqu’en avril 1937. Il commanda la brigade lors des combats de février 1937 au Jarama. Chef d’état-major de la 35e Division commandé par le général Walter (Karol Swierczewski), il dirigea les combats de Teruel du 15 décembre 1937 au 22 février 1938, fut blessé deux fois par balles. Il rentra six mois avant la fin de la guerre d’Espagne.
Le 5 avril 1938 Joseph Putz écrivit d’Espagne à Jean Chardavoine, sa lettre passa par le service de la censure « (N° censure 223) ». Optimiste il lui écrivait notamment : « Je pense que tu es revenu des multiples erreurs que tu as faites. Notamment celle qui me touche le plus et que tu avais inséré dans la Voix du Peuple, à savoir que j’étais affilié au parti du grand renégat [Jacques Doriot], ce qui est faux. J’ai seulement été pressentit pour entrer à la Mairie de Saint-Denis, quand j’ai démissionné de chez toi, un an après cette histoire de salade.
J’étais déjà décidé à partir en Espagne bien avant ma démission, mais toujours pour ma classe – celle du peuple – quoique tu aies pu dire, et non chez les fascistes comme tu l’as prétendu.
Tout cela est loin. J’ai été admis au Parti communiste au front, après mes blessures par Heussler. J’ai aussi fait le nécessaire pour être du PC espagnol ».
Joseph Putz demandait à Jean Chardavoine de « faire part de [son] salut aux camarades de Stains, chômeurs, camarades du Conseil, tous les antifascistes. […] J’ai vu des camarades de Stains ici un frère à Hérôme je crois, et d’autres.
Salut aux copains de la mairie, à Guillemain, pour l’ARAC, à l’Union des femmes, SRI, au syndicat. Enfin partout où j’étais inscrit avant que tu sois maire.
Mon salut à Tillon ».
Joseph Putz signa : « Camarade Coronel, Brigades Internationales, Barcelone ».
Il retourna en Algérie, travailla comme secrétaire général de la mairie de Béni Saf. À la déclaration de guerre en septembre 1939, mobilisé sur place au 7e Régiment de tirailleurs algériens à Tlemcen comme capitaine de réserve, il était muté à Meknès en février 1940. Il était démobilisé en juillet 1940 sans avoir combattu. Il resta en Afrique du nord, travailla dans les chemins de fer de la ligne Méditerranée Niger où il commandait un groupement de travailleurs formé en majorité d’Espagnols et d’anciens légionnaires. Rattrapé par son passé en Espagne, les autorités de Vichy lui demandèrent de démissionner. Prudemment il partit dans le sud marocain pour éviter l’arrestation.

Après le débarquement allié en décembre 1942, il leva des hommes, ils formèrent le 3e bataillon du Corps franc composé en majorité de Républicains espagnols, d’ex-internés gaullistes et d’anciens légionnaires. En mars 1943, ils combattirent en Tunisie, participèrent du 23 avril au 8 mai 1943 à l’offensive sur Bizerte, Putz fut promu chef de bataillon. Il se rallia aux forces gaullistes, commandant du 3e bataillon du Régiment de marche du Tchad au sein de la 2e DB du général Lelerc avec des troupes des Forces françaises libres (FFL) et de l’armée d’Afrique.

Transporté en Angleterre, ces troupes y restèrent quelques mois, il débarqua en août 1944 en Normandie, participa le 11 et 12 août aux combats de la forêt d’Ecouves (Orne). Lors de la Libération de Paris, trois cents à trois cent cinquante républicains de toutes obédiences, anarchistes y compris étaient dans la 2e DB. Il fut de la campagne des Vosges, repoussa une contre-attaque à la tête de ses hommes. En novembre 1944 il était nommé lieutenant-colonel, prit part à la Libération de Strasbourg et à la campagne d’Alsace. Il fut tué le 28 janvier 1945 avec quatre officiers par l’éclatement d’un obus avant l’offensive sur Grussenheim, son inhumation eut lieu dans le cimetière communal. Décoré de la Croix de Guerre avec quatre citations, le général de Gaulle le fit Compagnon de la Libération (décret du 24 mars 1945).

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article158073, notice PUTZ Joseph par Daniel Grason, version mise en ligne le 10 avril 2014, dernière modification le 3 mars 2016.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. BDIC Mfm 880/36 545.6.1361 (Moscou). – Jean-Christophe Notin, 1061 Compagnons. Histoire des Compagnons de la Libération, Éd. Perrin, 2000. – Rémi Skoutelsky, L’espoir guidait leurs pas, Grasset, 1998. – Jacques Delperrie de Bayac, Les Brigades internationales, Fayard, 1968. – Castells Andreu, Las Brigadas internacionales de la guerra de España, Ariel, 1974. Site internet Ordre de la Libération.

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