BARRÉ Henri, Alphonse

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 9 août 1888 à Jazeneuil (Vienne), mort le 28 juillet 1972 à Paris (XXe arr.) ; ouvrier forgeron puis correcteur-typographe ; secrétaire de la fédération communiste de la Vienne, membre du comité central du Parti communiste ; exclu en 1928 ; militant oppositionnel puis socialiste à Paris (XXe arr.) ; député de la seconde Assemblée nationale constituante (1945-1946), conseiller de la République puis sénateur (1946-1958) de la Seine.

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946

Né de parents ouvriers agricoles, Henri Barré commença à travailler comme bouvier dès l’âge de huit ans, puis comme garçon de course. Entré en apprentissage à quatorze ans chez un forgeron, il devint ouvrier forgeron à Montreuil-Bonnin (Vienne).

Henri Barré adhéra au Parti socialiste en 1917. Son appartenance à l’Association républicaine des anciens combattants semble indiquer qu’il prit part aux combats de la Première Guerre mondiale.

Un rapport de police du 13 avril 1920 signalait l’influence d’Henri Barré sur les ouvriers de la Manufacture d’armes de Châtellerault. Il fut l’animateur du courant en faveur de la IIIe Internationale dans la fédération socialiste de la Vienne. Malgré l’opposition du secrétaire fédéral A. Meunier*, Henri Barré entraîna la grande majorité des militants au Parti communiste (trente-huit mandats pour l’adhésion, vingt-neuf contre). Le comité fédéral, réuni le 16 janvier 1921 au lendemain de la scission de Tours, confia le secrétariat à Henri Barré entouré d’Eugène Tricoche (secrétaire adjoint), de la citoyenne Eugénie Barré (trésorière) et de Georges Jolly (trésorier adjoint).

Henri Barré représenta la Vienne au congrès de Marseille (25-30 décembre 1921) mais dut avoir des divergences politiques avec sa fédération, car il écrivit dans Le Prolétaire de la Vienne du 5 janvier 1922 : « Je reste toujours solidaire de Loriot, Vaillant-Couturier, Dunois et Treint. Ma démission de secrétaire fédéral est posée devant la fédération, car je ne veux pas faire figure d’usurpateur. Demain, si les camarades le décident, je reprendrai ma place dans le rang ». La confiance lui fut conservée au congrès du 29 janvier 1922. Barré se situait résolument dans l’aile gauche du Parti. Le secrétaire fédéral rencontra de nouvelles difficultés dans la défense du Front unique : au comité fédéral du 29 janvier 1922 « les délégués, en ce qui les concernent personnellement, sont unanimement opposés au Front unique. Il sera pourtant mis à l’étude dans les sections » (Le Prolétaire de la Vienne, 2 février 1922). L’opinion changea sous l’influence de Barré et, le IIIe congrès fédéral (29 et 30 septembre 1922) adopta le Front unique par vingt et une voix contre neuf et trois abstentions. Les mandats se répartirent ainsi : motion Frossard-Souvarine 20, Dondicol-Renoult 8, Verfeuil 3, abstentions 2. Barré garda le secrétariat fédéral et fut délégué avec Jolly au congrès de Paris (11 au 11 octobre 1922). À l’issue de son compte rendu fait devant la section de Montreuil-Bonnin le 12 novembre 1922, les adhérents « félicitent la fraction de Gauche de la Section française » (Bulletin communiste, 23 novembre 1922). Henri Barré dirigea la liste communiste aux élections municipales de Châtellerault en mai 1925 mais, déjà, ses responsabilités dépassaient le cadre départemental. Il intervint au congrès de Lyon (20 au 20 janvier 1924). Le bureau politique le désigna comme permanent dans la Région bordelaise le 23 septembre 1924.

Le congrès national de Clichy (17-23 janvier 1925) l’avait élu au comité central. Il fut propagandiste appointé pour la région du Sud-Ouest jusqu’en juillet 1927. La même année, Barré siégeait au comité central de l’ARAC et assurait la gérance du journal Le Feu. En 1926, il était délégué à l’organisation et à la propagande de l’ARAC.

Sa spécialisation dans l’action auprès des anciens combattants explique qu’après le congrès communiste de Lille (20-26 juin 1926) il ait été chargé, comme membre du CC, du secrétariat de Jacques Duclos.

Le Parti communiste l’exclut lors de la conférence nationale des 30 janvier et 1er février 1928, avec A. Treint, Suzanne Girault et Marguerite Faussecave. Il était intervenu à la conférence pour défendre les thèses « zinoviévistes ». Barré et Treint publiaient depuis décembre 1927 l’Unité léniniste, qui laissa bientôt place en juin 1928 au Redressement communiste, organe du Comité de redressement du Parti communiste et de l’Internationale. Ils gardaient l’espoir d’une évolution de l’URSS et du Parti, aussi, lors des élections législatives d’avril 1928, appelèrent-ils à voter communiste en proclamant : « On ne lutte pas contre Staline en faisant le jeu de Blum » (extrait d’un tract distribué par Barré sur la voie publique). Il se prononça également pour le vote communiste aux élections municipales de mai 1929.

Resté sans travail, Henri Barré fonda avec son ami Treint une éphémère entreprise de frottage de parquets sous la raison sociale « Albert et Henri » puis, il entra comme correcteur-typographe à L’Information. Il exerça la même profession à Paris-Soir en 1940 et à Terre de France en 1941.

Henri Barré aurait adhéré à la 20e section socialiste SFIO de Paris en 1931. L’année suivante, il était membre du groupe de la Fraction de gauche. En avril 1933, il participa, au nom de ce groupe, à une tentative d’unification des courants oppositionnels avec des exclus communistes, la Gauche communiste de Michel Collinet* et des représentants de la Ligue communiste (trotskyste). Le Parti socialiste SFIO le présenta aux élections municipales de mai 1935 dans le quartier de Charonne (749 voix sur 7 429 votants) et aux élections législatives d’avril 1936 dans la deuxième circonscription du XXe arr. (1 819 voix, 6,82 % des 30 217 inscrits). Il parla, en 1936 et 1937, dans de nombreux meetings contre les procès de Moscou et pour soutenir le POUM (Parti ouvrier d’unification marxiste) d’Espagne. Après la scission survenue au congrès de Royan (4-7 juin 1938), il suivit Marceau Pivert au Parti socialiste ouvrier et paysan (PSOP) et siégea à la Commission administrative permanente. Il assista notamment à sa dernière réunion le 31 août 1939 pour y défendre la perspective d’une semi-clandestinité du Parti.

Au début de l’Occupation, en juillet 1940, Henri Barré fut avec Jean Rous* un des fondateurs du Mouvement national révolutionnaire dont la revue, La Révolution française, portait en manchette : « Ni Londres, ni Vichy, ni Berlin, ni Moscou ». Il siégeait au comité directeur du MNR. Rous et Barré croyaient pouvoir mener une action dans la semi-légalité, mais Barré fut arrêté alors qu’il franchissait la ligne de démarcation, porteur de lettres à destination de l’Angleterre. Il appartenait à l’organisation « Ceux de la Résistance ». Condamné à la peine de mort le 4 juillet 1941, il fut gracié le 24 octobre suivant et sa peine fut commuée en douze ans de travaux forcés qu’il purgea en Allemagne à Cologne. Les troupes alliées le libérèrent en août 1945.

Élu député sur une liste UDSR en octobre 1945, il fut réélu en juin 1946 sur une liste socialiste SFIO. Il devint conseiller de la République en décembre 1946 et vit son mandat renouvelé en novembre 1948 et en mai 1952. Il ne se présenta pas en juin 1958. Henri Barré était vice-président de l’association dite « Les anciens du Parti socialiste SFIO » et président de l’Union nationale des grands déportés politiques et de l’Amicale des anciens du MNR. Il présidait également la Confédération nationale des internés et déportés politiques de la Résistance et la Confédération nationale des internés, déportés et emprisonnés politiques, des familles de fusillés, des disparus et des victimes de l’oppression et du racisme.

Estimant que les méthodes de l’épuration, telles qu’elles étaient pratiquées, étaient contestables, Henri Barré décida de présider le Comité français pour la défense des droits de l’homme, comité qui s’opposait aux accusations et condamnations jugées excessives.

Un Édouard Barré (son frère ?), né en 1889 à Chasseneuil, charron-forgeron à Montreuil-Bonnin, était signalé comme communiste en 1924 (Arch. Nat. F7/13691).

Marié (séparé en 1931), Henri Barré était père d’une fille née en 1912.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15761, notice BARRÉ Henri, Alphonse par Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 13 juin 2010.

Par Jean Maitron, Claude Pennetier

Assemblée nationale, Notices et portraits, 1946
Sénat

SOURCES : Arch. Nat., F7/13022, rapport du 13 avril 1920, F7/13090, F7/13091. — Arch. J. Maitron. — BMP 64 (note de J. Girault) — Le Prolétaire de la Vienne, 1921-1923. — L’Avant-Garde (de Tours), 1923-1924. — La Lutte ouvrière, 12 septembre 1936 et 22 juillet 1937 — Interview de Pierre Frank par J.-M. Brabant, 29 septembre 1976 — Renseignements recueillis par J.-M. Brabant.

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