BARRAT Fernand, Louis, Barthélémy

Par Jacques Girault

Né le 15 février 1914 à La Garde (Var), mort le 16 février 1992 à Toulon (Var) ; administrateur universitaire ; résistant ; militant syndicaliste ; militant socialiste SFIO puis communiste, puis à nouveau socialiste ; adjoint au maire de Garéoult (Var).

Fils unique de Louis Barrat ouvrier électricien, Fernand Barrat, titulaire du certificat d’études primaires, entra le 1er septembre 1928, comme apprenti à l’Arsenal maritime de Toulon (Var) à l’atelier des torpilles (direction des constructions navales). Ouvrier ajusteur en février 1932, il suivit les cours par correspondance de l’École spéciale des travaux publics, du bâtiment et de l’industrie dans la section « mécanique » de 1931 à 1935, puis, effectua son service militaire d’avril 1935 à octobre 1936 dans la Marine nationale qu’il termina comme quartier-maître mécanicien.

Syndiqué à la CGT depuis 1932, membre du conseil d’administration de la section syndicale en 1934, il adhéra à la SFIO à la fin de 1936, militant dans la tendance issue de la « Bataille socialiste ». Il devint en 1937 secrétaire de la section SFIO de La Garde où il demeurait et où s’exerçait l’influence du député-maire Michel Zunino. Il participa comme délégué de sa section au congrès fédéral à La Seyne, le 22 mai 1938 et approuvait les analyses de Léon Blum et s’opposa aux accords de Munich.

Toujours militant de la CGT, Fernand Barrat, après la grève des bras croisés du 30 novembre 1938, subit une sanction d’un jour de mise à pied. Puis, le 30 décembre, une punition supplémentaire lui fut infligée : quatre jours de mise à pied sous le prétexte inscrit dans son dossier : « a refusé de travailler. A quitté son poste et a tenté de se rendre auprès d’un groupe d’ouvriers qui n’avaient pas cessé le travail ». Dans l’enquête qui suivit, l’administration nota : « Cet ouvrier s’est défendu d’avoir engagé ses camarades à ne pas travailler, prétextant que s’il avait quitté son poste et avait tenté de se rendre auprès des ouvriers monteurs de torpilles qui n’avaient pas cessé le travail, c’était pour une question personnelle. »

Rappelé sous les drapeaux, le 28 août 1939, après un séjour dans la DCA à Toulon avec le grade de quartier-maître chef, Fernand Barrat fut démobilisé et réintégra l’atelier des torpilles, le 29 juillet 1940. Il passa dans l’atelier des machines, le 8 février 1943, puis dans l’atelier des réparations. En congé sans salaire à partir du 15 août 1944, il quitta définitivement l’Arsenal, le 11 septembre 1944.

Fernand Barrat, adhérent du Parti communiste depuis décembre 1940, fut contacté au printemps de 1941 par Raymond Cantagrel de La Garde, militant communiste. Il entra alors au Front national en mai 1941 et agit sous le pseudonyme de « Jean ». Il effectua dans l’Est toulonnais diverses tâches (tracts, journaux clandestins, sabotages à l’Arsenal, propagande, recrutement, formation de groupes qui furent intégrés au début de 1943 dans les FTPF). Lui-même et son groupe avaient été intégrés dans les FTPF à partir du 1er septembre 1942. À partir de mars 1943, il participa à l’organisation des maquis de Sainte-Maxime et des Maures, puis fut attaché au service des renseignements de l’état-major départemental des FTPF jusqu’en février 1944. De juillet 1943 à septembre 1943 (capitulation de l’Italie), recherché par l’OVRA, il vécut dans l’illégalité. Aucune trace de son absence ne figura sur le registre de matricules ou dans son dossier personnel grâce à l’intervention de l’agent technique Clément Balestra.

En février 1944, Fernand Barrat, comme chef départemental des Milices patriotiques, fut intégré à l’état-major départemental des FTPF. À l’issue des combats pour la libération de la région toulonnaise, il avait le grade de lieutenant-colonel FFI. Il devait être intégré dans l’armée au grade de capitaine d’infanterie (12 juin 1946).

En octobre 1944, Fernand Barrat était lieutenant-colonel des Forces républicaines de sécurité. Il fut le commandant de la 155e Compagnie républicaine de sécurité (du 1er janvier 1945 au 1er février 1948). Avec Maurice Agulhon, il narra les événements de cette période dans CRS à Marseille 1944-1947. Il se maria à Toulon en septembre 1945 avec une sténodactylo, fille d’un cultivateur. Jean Bartolini, maire communiste de Toulon, avait célébré lui-même le mariage. Le couple eut un garçon.,

Membre du bureau de la Fédération communiste du Var de 1945 à 1950 (responsabilité aux questions militaires et à la police), Fernand Barrat, après sa révocation des cadres de la police, resta membre de l’amicale des CRS dont il était le responsable politique. Il refusa l’emploi que le PCF lui proposait à Paris en mars 1948. Il devint inspecteur des ventes au journal communiste Le Petit Varois et y resta jusqu’en 1951. À la suite de la manifestation du 12 février 1950 à Toulon, comme d’autres communistes, il fut condamné à quinze jours de prison pour « rébellion et voie de fait envers les agents de police » et amnistié la même année.

Fernand Barrat entra à la mairie de La Garde comme employé au service des eaux en mai 1952 ; il occupait en fait les fonctions de secrétaire du député-maire communiste Zunino de 1954 à 1957. En 1952, lors des poursuites contre les dirigeants communistes varois, il ne se rendit pas à une convocation du juge d’instruction et vécut dans la clandestinité pendant quelques semaines dans le Haut-Var.

Dans la commune d’origine de son épouse, Garéoult, en mai 1953, Fernand Barrat conduisait la liste communiste pour les élections municipales. Il obtint au premier tour 55 voix sur 423 inscrits ; après une alliance avec les candidats de la SFIO, il fut élu, le dimanche suivant, avec 200 voix. Il devint deuxième adjoint. Il ne se présenta pas en mars 1959, la liste communiste, battue, obtint 120 voix sur 447 inscrits.

Devenu rédacteur d’administration universitaire à Valence (Drôme) en janvier 1957, nommé à Privas (Ardèche) de 1960 à 1963, il fut muté alors pour la Faculté des sciences de Marseille et y demeura jusqu’à sa retraite en décembre 1979.

Depuis 1959, Fernand Barrat avait quitté le Parti communiste français. Élu en mai 1965 conseiller municipal de Garéoult, il fut réélu en 1971 et en 1977 sous l’étiquette « socialiste ». Réélu par la suite, il était toujours conseiller municipal en 1991. L’adhésion au Front national de quelques conseillers amena la démission du maire socialiste. Dans le débat qui suivit sur la possibilité de continuer à travailler avec les élus maintenant frontistes, il se montra favorable à cette poursuite. Il refusa de modifier sa position après la demande de la fédération socialiste et fut exclu du Parti socialiste.

Militant du Syndicat national de l’administration universitaire, il devint membre de la commission administrative nationale du syndicat en janvier 1971 et en mai 1973, membre de son bureau national. Il représentait ce syndicat au CNESER (1974-1979) et fut le vice-président de l’université d’Aix-Marseille.

Fernand Barrat, vers 1967, adhéra à la Convention des institutions républicaines et milita par la suite au Parti socialiste. Il présidait à Garéoult l’association du troisième âge et l’association culturelle « Lei Vendumiaire ». Sur le plan départemental, lors de son décès, il présidait la section des anciens combattants du front.

Ses obsèques se déroulèrent à l’église Saint-Étienne de Garéoult.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15753, notice BARRAT Fernand, Louis, Barthélémy par Jacques Girault, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 14 septembre 2019.

Par Jacques Girault

ŒUVRE : M. Agulhon, F. Barrat, CRS à Marseille « La police au service du peuple », 1944-1947, Paris, A. Colin, Fondation nationale des sciences politiques. 1971, 228 pages, complété par article des mêmes auteurs dans le Mouvement social, 1975, n° 92.

SOURCES : Arch. Dép. Var, 4 M 50. — Arch. Troisième Région mar. : dossier individuel, registre des matricules : C 19. — Arch. Com. Garéoult et La Garde. —Arch. Fédération du Var du PCF. — Presse locale. — Renseignements fournis par l’intéressé.

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