BARRABÉ Louis [né CUPIF Louis, Camille]

Par Jacques Girault, Michel Pinault, Jeffrey Tyssens

Né le 16 mars 1895 à Bonneval (Eure-et-Loir), mort le 13 février 1961 à Paris (XIVe arr.) ; professeur d’Université ; militant syndicaliste ; secrétaire général du SNESup-RS, puis président du SNESup. ; militant communiste.

Fils de Marcel, Louis, Barrabé, né Cupif, commis principal des contributions indirectes, (indiqué parfois employé d’octroi puis inspecteur de bouilleurs de cru), et de Marie, Hortense, Lallement, fille d’un directeur de collège, institutrice, Louis Barrabé avait environ quatorze ans quand son père abandonna un nom qu’il jugeait ridicule pour adopter le patronyme de sa propre mère : Barrabé. Son frère, Marcel, normalien (1913), fut tué à la guerre ; il avait été reçu premier au concours de l’École polytechnique.
Après avoir obtenu le baccalauréat en 1912, il commença des études de licence à la Faculté des sciences de Caen et fut reçu à deux certificats (géologie et botanique). Elles furent interrompues par sa mobilisation comme lieutenant dans le Génie (décembre 1914-septembre 1919). Après quatre ans de front et une grave blessure à la jambe droite qui lui laissa un boitillement prononcé, Louis Barrabé entra à l’École normale supérieure en 1919 (promotion de guerre). Agrégé de sciences naturelles en 1921, boursier-Commercy (1921-1924), il devint préparateur de géologie à l’ENS en 1924. Il fut chargé de missions scientifiques pour la Carte géologique de la France et pour l’Office national des combustibles liquides dont il devint administrateur (Pyrénées-Orientales,1923, Madagascar, 1924 et 1926, Martinique 1927) et fut, à partir de 1927, chef de travaux au laboratoire des hautes études de géologie appliquée. Il travaillait aussi pour sa thèse de doctorat qu’il soutint en 1929 sous le titre Contribution à l’étude stratigraphique et pétrographique de la partie médiane du pays Bakalave (Madagascar).
Il se maria, en novembre 1929 à Paris (Ve arr.), avec Madeleine Bouglé, fille de Célestin Bouglé, ils eurent quatre enfants.
Docteur ès sciences, il fut nommé comme chargé de cours à la Faculté de Dijon (Côte-d’Or) sur la chaire de géologie, géographie physique et minéralogie en 1929-1930 et dans le même temps, il donnait un cours de pétrographie à l’ENS. Devenu en 1930 maître de conférences de géologie appliquée et structurale, puis élu maître de conférences de géologie appliquée et structurale en 1931, Louis Barrabé fut nommé professeur sans chaire de géologie, en 1935 à Paris. Il habitait 95 boulevard Jourdan dans le XIVe arrondissement de Paris, vraisemblablement dans les immeubles possédés par l’Université de Paris. Collaborateur adjoint au service de la carte géologique de la France, membre du comité scientifique (géologie) de l’Office national des combustibles liquides, occupant en 1943-1944 à titre provisoire la chaire de géologie structurale et appliquée, il fut nommé en 1945, directeur du laboratoire de géologie de l’ENS et directeur du laboratoire de géologie des gîtes minéraux à l’École des hautes études. Professeur titulaire sur la chaire de géologie structurale et de géologie appliquée de la Faculté des sciences de Paris en 1947, il continuait son intense collaboration à l’exécution de la carte géologique de la France. Membre du conseil de la Société française de minéralogie depuis 1947, des conseils d’administration du bureau de recherches du pétrole (1945) et de l’Institut du pétrole (1947), il participait régulièrement aux congrès mondiaux du pétrole et de géologie.
Louis Barrabé devint le secrétaire général du Syndicat national confédéré des membres de l’enseignement secondaire et de l’enseignement supérieur (devenu en 1937, Syndicat confédéré des membres du personnel de l’enseignement supérieur - dont il était membre depuis au moins 1935 (Lettre à Ludovic Zoretti du 9 décembre 1935) et depuis sa fondation (« Il appartint, vers 1930, au petit groupe de ceux qui implantèrent l’idée syndicale parmi les membres de l’Enseignement supérieur », selon [Marcel Prenant_>127346]) - composante de la Fédération générale de l’enseignement dans la CGT, le 24 mai 1939 en remplacement de Zoretti. Membre de la SFIO avec laquelle il rompit peut-être lors du Front populaire et en tout cas avant la guerre. Membre de l’Union rationaliste et de son comité directeur, il anima en 1935 la campagne contre la radiesthésie et, en particulier, contre l’existence de cours de radiesthésie donnés aux officiers de l’armée. Il était membre de la Ligue de l’Enseignement.
Adhérent du Parti communiste, représentant de l’enseignement supérieur dans le bureau clandestin de la FGE dès 1942, il fut un des animateurs du Front National Universitaire et son laboratoire abrita ses réunions clandestines. Il reconstitua l’organisation syndicale à la Libération et en devint le secrétaire général. Au congrès de 1946, Louis Barrabé fut réélu secrétaire général du syndicat rebaptisé Syndicat national de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique (SNESRS), regroupant les enseignants des facultés, les chercheurs du CNRS et des autres instituts de recherche, tout comme des bibliothécaires. En octobre 1944, il avait été désigné membre du Conseil supérieur d’enquête, chargé par le ministre d’épurer l’enseignement public.
Il représentait l’enseignement supérieur dans la commission d’étude sur le statut de l’enseignement privé présidée par André Philip (fin 1944-début 1945). À titre personnel, il fut membre d’une sous-commission de la commission Langevin-Wallon qui élabora un projet de réforme de l’enseignement. En 1945, il siégea dans la commission de réforme et de l’enseignement supérieur, présidée, elle aussi, par Paul Langevin. Dès janvier 1945, il siégeait dans la section géologie et minéralogie de la commission consultative de révision des nominations et de l’avancement pour le personnel de toutes catégories appartenant aux facultés. Membre du comité consultatif de l’Enseignement supérieur depuis 1946, il fit partie du Conseil supérieur de l’Éducation nationale dans les années suivantes. Il fut membre de la commission recherche du 1er Plan.
Membre du premier comité directeur du CNRS, en septembre 1944, il proposa, avec Frédéric Joliot-Curie et Jean Orcel en décembre 1944, la création d’une commission du CNRS pour étudier les ressources minérales de la France et de son empire colonial. Dans la mise en œuvre, il collabora à l’harmonisation des différents services concernés et prit une part active aux recherches et aux découvertes de gisements d’uranium, dans les débuts du Commissariat de l’énergie atomique. Membre élu du comité national du CNRS, réélu en 1950. En janvier 1951, son appartenance du PCF servit de motif pour son éviction de ses fonctions de conseiller scientifique au CEA. Pour les mêmes raisons, alors qu’il avait été, dès 1924, un précurseur dans les recherches pétrolières et avait réussi, avant la guerre, le premier forage gazier près de Saint-Gaudens, il fut écarté de la recherche pétrolière française. Il intervint régulièrement pour défendre auprès du ministère les chercheurs écartés des responsabilités pour leurs opinions politiques ou leurs activités syndicales et mutualistes. Il assurait aussi la liaison depuis la guerre avec les organisations syndicales enseignantes, comme le SPIE. En tant que secrétaire général du SNESRS, Louis Barrabé le représentait dans les grandes réunions internationales, ainsi en septembre 1953, au congrès de la Fédération mondiale des travailleurs scientifiques à Budapest.
A la Libération, Louis Barrabé, membre du bureau provisoire de la FGE, le demeura quand elle se transforma en 1946 en Fédération de l’Éducation nationale. Il faisait partie de la commission de la France d’Outre-mer et était chargé des relations avec le SPIE. Il cosignait les circulaires de la FEN. En 1948, toujours au bureau, il présidait cette commission avec Georges Lauré et prenait part à la commission des affaires corporatives, puis de la commission pédagogique. Membre de la commission administrative de la FEN au titre du SNESup avec Robert Sauterey puis Ernest Kahane, il intervenait publiquement pour défendre les positions minoritaires et signait, par exemple, la motion "présentée par un groupe de camarades cégétistes" en 1949. Il cessa d’appartenir à la CA à partir de 1956 puisque la naissance du Syndicat national des chercheurs scientifiques diminuait à un seul membre la représentation du SNESUP.
Louis Barrabé occupa le secrétariat général du SNESRS jusqu’en 1956. Il ne put, cette année-là, éviter la scission du SNESRS en syndicats séparés de l’Enseignement supérieur, de chercheurs et de personnels des bibliothèques. Renonçant à prolonger sa fonction, il devint président du SNESup, qui succéda au SNESRS pour les enseignants du supérieur et resta membre de la CA et du bureau national jusqu’à son décès.
Louis Barrabé fut élu au conseil d’administration de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, le 8 décembre 1946 lors de sa constitution. Il ne fut pas réélu lors de la première assemblée générale de la MGEN en juillet 1947.
Il collaborait en outre aux réflexions internes du Parti communiste français concernant le devenir des sciences en France, de la recherche et des universités. Il écrivait régulièrement dans la revue La Pensée.
Officier de la Légion d’honneur, il était titulaire de la croix de guerre 1914-1918.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15747, notice BARRABÉ Louis [né CUPIF Louis, Camille] par Jacques Girault, Michel Pinault, Jeffrey Tyssens, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 2 décembre 2018.

Par Jacques Girault, Michel Pinault, Jeffrey Tyssens

SOURCES : Arch. Nat., AJ/16/ 5733, F1a 3207, 3252, F17/27 798, CAMT à Roubaix (Fonds Zoretti, 1998011, 12 WP 2). — Archives de la FEN, 2 BB 3. — Arch. comité national du PCF. — Archives de la FERC-CGT, carton 2. — Presse syndicale. — Hommages à Louis Barrabé, par le doyen Pérès et d’autres, cérémonie du 18 mai 1961, brochure de l’ENS. — Renseignements fournis par Annie Barrabé. — Notes de Laurent Frajerman. — Notice nécrologique de Marcel Prenant (Cahiers rationaliste, février 1961) et témoignage de Jean Orcel (La Pensée, septembre 1959). — Michel Pinault, Frédéric Joliot-Curie, Odile Jacob, 2000.— Etat civil.

Œuvre : Le fichier de la BNF comprenait en 2018 16 références. En 1947, il établit une notice sur ses travaux comportant 83 références, des conférences radiodiffusées, des cartes géologiques, des rapports de mission.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément