Né le 29 juillet 1853 à Laval (Mayenne), mort en mars 1895 à Paris ; journaliste ; radical, puis anarchiste, puis boulangiste.

Étudiant en médecine à Rennes (Ille-et-Vilaine) où il s’inscrivit en 1872. Bientôt, il abandonna ses études pour se consacrer à la politique, et milita avec Émile Gautier. En 1874, il était à Paris, militait dans les rangs des radicaux et organisait des réunions privées en vue de préparer les élections législatives et sénatoriales. En 1876, il collaborait aux journaux Les Droits de l’homme, sous le pseudonyme de Ch. Crillon, et au Bien public.
En 1876, il soutint la candidature ouvrière, au Sénat, de Loiseau-Pinson. Il collaborait alors aux journaux Les Droits de l’homme, sous le pseudonyme de Ch. Crillon, et au Bien public.
En février 1877, il était membre du comité radical permanent des 5e et 6e arrondissements de Paris.
En 1878, Crié perdit son père et dut faire vivre sa famille. En 1880, il partit pour Bruxelles, et enseigna le français à l’Institut Léopold. C’est apparemment là qu’il passa à l’anarchisme.
Il collabora au journal socialiste belge Les Droits du peuple et prit part aux congrès anarchistes de Verviers, le 25 décembre 1880, et de Cuesmes le 18 mars 1881. C’est lui qui, en toute innocence, recommanda aux révolutionnaires parisiens le camarade Serraux*, un mouchard de la préfecture qui dirigea ensuite le journal La Révolution sociale avec des fonds policiers.
Crié, expulsé de Belgique en mars 1881 pour avoir arboré un drapeau rouge dans les rues de Cuesmes un 18 mars, en hommage à la Commune de 1871, revint à Paris où il travailla comme garçon de bureau. Il fut ensuite rédacteur au Petit Parisien, puis à L’Estafette. Avec Émile Gautier, Crié fut alors membre du Cercle d’études sociales du Panthéon, de tendance anarchiste. À ce titre, il prit part au congrès dit « socialiste révolutionnaire indépendant » à Paris du 25 au 29 mai 1881. Il y fut rapporteur de la question du salariat. Fin mai 1881, suite aux incidents survenus lors d’ouverture du congrès socialiste du Centre tenu à Paris, où les délégués anarchistes avaient été refoulés après avoir refusé de donner leurs noms, les compagnons et autres dissidents s’étaient constitués en congrès indépendant réunis 103 boulevard de Ménilmontant. Ce congrès, présidé par Maria, avait regroupé une centaine de participants dont A. Crié (cercle du Panthéon), Vaillant (groupe d’études sociales révolutionnaires), Victorine Rouchy (Alliance socialiste révolutionnaire), Bernard (chambre syndicale des homes de peine), Spilleux dit Serraux (mouchard) et Emile Pannard (groupe La Révolution sociale).
Le congrès réalisa la séparation des anarchistes de la Fédération des travailleurs socialistes de France, fondée au congrès de Marseille en 1879, et peut être considéré comme l’acte de naissance du mouvement anarchiste en France.
En septembre 1881, Crié prit une part active au Congrès de la Libre pensée.
Crié, en relations avec Toussaint Bordat, collabora ensuite à l’hebdomadaire anarchiste lyonnais Le Droit social.
Le 21 octobre 1882, il fut arrêté avec trois autres anarchistes – Hémery-Dufoug*, Jean Grave et Vaillat* – à la suite des violentes manifestations des mineurs de Montceau-les-Mines du mois d’août 1882 ; il fut relâché deux jours plus tard. Il fut alors un des orateurs du meeting anarchiste de la salle Rivoli, pour protester contre les arrestations. « Pour protester, il faut la propagande par le fait ! », clama-t-il. Il était à ce moment secrétaire de rédaction du Citoyen et de La Bataille de Lissagaray.
Il fut de nouveau arrêté le 10 juillet 1883 pour outrages à magistrats à propos du verdict condamnant Louise Michel pour la manifestation des sans-travail aux Invalides. Il fut condamné par défaut par le tribunal correctionnel le 25 juillet 1883. Sur opposition, la peine fut confirmée le 23 août. En appel, le 28 novembre, la peine fut encore confirmée.
Pour un discours prononcé à Roanne le 7 octobre 1883, la cour d’assises de Montbrison (Loire) le condamna par défaut à deux ans de prison et à 3 000 francs d’amende. Sur opposition, la peine fut ramenée le 25 mars 1884 à un an de prison et à 500 francs d’amende. Son pourvoi ayant été rejeté, il fut emprisonné.
Arsène Crié fut écroué à Sainte-Pélagie le 13 mai 1884, et y retrouva son ami Émile Gautier. Le Matin du 6 juin 1884 le décrivit comme « gai et bruyant », recevant nombre de visiteurs et entonnant des chants révolutionnaires, attitude qui tranchait avec l’attitude sombre d’Émile Gautier.
Libéré le 12 mai 1885, Arsène Crié reprit son activité de propagandiste. Il collabora au journal L’Ami du Peuple sous le pseudonyme de J. Roux, et à La Nation en août 1885, sous le nom de H. Laurent. Il donna des conférences aux réunions organisées par le Cercle d’études sociales de Paris 5e du Parti ouvrier et par le Comité d’union socialiste de Paris 5e, ainsi que par le groupe anarchiste La Vengeance du Panthéon. En 1886-1887, il publia un hebdomadaire : Le Cinquième.
L’année 1888 marqua un tournant. Lors d’un meeting le 20 mai 1888, Arsène Crié, tout en se défendant d’être boulangiste, appela à une révision de la Constitution, à la dissolution de la Chambre, et appela à voter Boulanger. Le 2 juin, il donnait sa pleine adhésion à la Ligue d’action républicaine qui soutenait le « brav’ général ». Il fut ensuite secrétaire du comité républicain révisionniste de Paris 5e, domicilié chez lui, au 46, rue de la Montagne-Sainte-Geneviève. La Révolte du 4 août 1888 lui dénia l’étiquette anarchiste dont il continuait de se réclamer.
Fut-il membre de la Ligue des patriotes ? Il assista en tout cas à ses réunions. Après l’élection triomphale de général le 27 janvier 1889, Crié collabora au quotidien La Presse, un des organes du boulangisme.
Au élections municipales d’avril 1890, Crié fut candidat boulangiste dans le quartier des Grandes-Carrières, à Montmartre, sous l’étiquette « républicain socialiste ». Il fut battu par le républicain Simoneau.
En décembre 1890, il fonda à Marseille Le Journal du Commerce. En septembre 1893, il s’abonna au journal anarchiste La Révolte. En 1894, il collaborait à La Cocarde.
Admis à l’Hôtel-Dieu le 21 mars 1895, il y décédait quelques jours plus tard.

SOURCES : Arch. PPo. BA/1022 et BA/1023. — L’Intransigeant du 24 octobre 1882 — Le Figaro du 23 octobre 1882. — Le Gaulois du 25 octobre 1882. — La Bataille, 4 avril 1883 (article de Crié). — Le Matin du 6 juin 1884. — La Lanterne n° 20 de juin 1888. — La Révolte du 4 août 1888. — Jean Maitron, Histoire du Mouvement anarchiste en France, tome I, Gallimard, 1975. — note de Rolf Dupuy.

Jean Maitron, notice complétée par Marianne Enckell et Guillaume Davranche

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