KHIDER Amar [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 8 décembre 1906 au douar Beni-Thour près de Dellys ; ouvrier agricole puis traminot, syndiqué à la CGTU et adhérent de l’Étoile nord-africaine à Alger en 1933 ; émigré en région parisienne, membre de la direction de l’ENA en France (1935-1936) puis du PPA ; sous Vichy et l’occupation allemande organisant une Union des travailleurs nord-africains (1942-1944) au sein de l’organisme de collaboration, Le Front social du travail ; condamné à mort en 1945, libéré après dix-sept ans de prison ; retiré en Algérie.

Très jeune, Amar Khider est d’abord berger en Kabylie puis ouvrier agricole. Il s’instruit comme il peut et saura lire et écrire sans peine en français. Arrivé à Alger au début des années 1930, il est employé aux Tramways d’Alger. Militant à la CGTU, avec d’autres traminots, il aurait participé à la tentative de Parti national révolutionnaire menée par le communiste A. Belarbi, dit Boualem, et, en 1933, suivi ses camarades dans l’implantation à Alger de l’Étoile nord-africaine qui devient le parti de Messali. Il décide alors de remonter à la source de l’ENA dans l’émigration en France.

Il ne cesse de militer dans l’ouest de la région parisienne (Argenteuil-Bezons-Nanterre-Courbevoie) où grandit l’immigration nord-africaine offrant sa base principale à l’ENA. Dès 1934, il entre au comité directeur. Quand Messali se réfugie en Suisse, il participe à la direction parisienne. Il semble se tenir en retrait des conflits sur la participation au Front populaire puis aux Brigades internationales de la guerre d’Espagne qui opposent Messali et Amar Imache. Après la dissolution de l’ENA en janvier 1937 par le gouvernement de Front populaire, il ne prend pas immédiatement part à la création du Parti du peuple algérien par Messali. En 1938, il redevient membre du comité directeur du « parti ». Dans un meeting à Courbevoie en octobre 1938, il clame : « Ne comptons que sur nous-mêmes, ni sur les communistes, ni sur les partis de droite ».

Arrêté en février 1940, libéré au moment de l’armistice de juin 1940, il se montre d’abord attentiste sous le régime de Vichy et devant l’occupation allemande. Il n’appartient donc pas à la fraction messaliste qui passe dans le camp allemand et que Messali condamne depuis la prison de Maison-Carrée en Algérie. En 1941, il va adhérer au Front social du travail, organe de collaboration, pour tenter sous son couvert d’utiliser l’administration, voire de tourner la police française. Il fait retirer de la Préfecture de police de Paris une part des dossiers concernant des dirigeants du PPA. Au début de 1942, il tient une assemblée de travailleurs à Courbevoie pour former une Union des travailleurs nord-africains. Il obtient de la Direction du travail l’autorisation d’accès sur les chantiers et les entreprises pour toucher les travailleurs de l’émigration. En juin 1944, au moment du débarquement allié, il abandonne l’appellation d’Union des travailleurs nord-africains pour rétablir le nom de PPA.

Arrêté après la Libération, il est jugé pour collaboration et condamné à mort, mais le procès est révisé par la suite. Il passe dix-sept ans en prison pour en sortir en 1959. Après l’indépendance, il revient en Kabylie. Mahmoud Bouayed a enregistré son témoignage avant sa mort.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157346, notice KHIDER Amar [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 9 mars 2014.

Par René Gallissot

SOURCES : M. Bouayed, L’Histoire par la bande. Entretiens avec Banoune Akli et Amar Khider, SNED, Alger, 1974. — B. Stora, Dictionnaire biographique des nationalistes algériens, op. cit. — O. Carlier, Entre nation et Jihad, op. cit.

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