MORVAN Jean, Marie, Julien, François

Par Daniel Grason

Né le 19 novembre 1888 à Saint-Lormel (Côtes-du-Nord, Côtes-d’Armor), fusillé comme otage le 15 décembre 1941 à Caen (Calvados) ; ouvrier tailleur ; militant communiste ; résistant.

Jean Morvan
Jean Morvan
Communiqué par Jean Darracq

Fils de Laurent, laboureur, et de Sidonie, née Bourget, ménagère, Jean Morvan, de la classe 1908, fut exempté de service militaire. Il épousa Jeanne Clarenna en mairie de Dinan. Le couple demeurait au 24 rue de l’Église à Paris (XVe arr.). Il exerçait la profession de tailleur à domicile, travailla pour la maison Patou ; il avait des difficultés à lire et à écrire.
Adhérent du Parti communiste dès 1932 au 6e rayon de l’organisation, il fut appréhendé le 13 février 1935 pour distribution de tracts. Il diffusa l’Humanité à la criée en 1936 et 1937, fut responsable du Comité de défense de l’Humanité (CDH) et membre de la Fédération sportive du travail. Il interrompit son activité militante après l’interdiction du Parti communiste en septembre 1939. Émile Billot lui demanda de s’occuper du matériel de propagande, des tracts, papillons, affiches... et de le répartir. Il aurait adhéré au Front national de lutte pour l’indépendance de la France en mai 1941. Il diffusait tracts et papillons dans un secteur de l’arrondissement.

L’entrée des troupes nazies en Union soviétique le 22 juin 1941 provoqua une très forte réaction des militants communistes qui se mobilisèrent. La police remarqua une recrudescence de la diffusion de la propagande communiste dans l’arrondissement.
Deux inspecteurs des Renseignements généraux interpellaient Émile Billot le 18 juillet 1941. Jean Morvan fut appréhendé le même jour à 12 h 30. Un paquet de tracts était posé sur une chaise de la salle à manger : ayant pour titres « Aux métallos du XVe » et « À la population du XVe », édités par l’organisation clandestine, ils ne laissaient aucune place au doute sur son implication. Les autres militants, François Langouët et Georges Jensen, chargés de la diffusion des tracts dans d’autres secteurs, furent interpellés le même jour. Joseph Di Fusco, qui habitait le même immeuble que Jean Morvan, fut arrêté le lendemain.
Incarcéré le 18 juillet à la prison de la Santé, inculpé pour « activité communiste », il comparut le 24 septembre 1941 devant la Section spéciale de la cour d’appel de Paris. Il fut condamné à quinze ans de travaux forcés pour « détention et diffusion de brochures et de tracts communistes ». Le 25 septembre, sous le titre « La répression de la propagande communiste », le quotidien collaborationniste Le Matin annonça le verdict. Le 1er octobre, il fut envoyé à la centrale de Caen.
En représailles aux attentats des résistants contre les militaires allemands, le 14 décembre 1941, le général Von Stülpnagel fit paraître dans la presse collaborationniste un « Avis » : « Ces dernières semaines, des attentats à la dynamite et au revolver ont à nouveau été commis contre des membres de l’Armée allemande. Ces attentats ont pour auteur des éléments, parfois même jeunes, à la solde des Anglo-Saxons, des Juifs et des Bolcheviks et agissant selon les mots d’ordre infâmes de ceux-ci. Des soldats allemands ont été assassinés dans le dos et blessés. En aucun cas, les assassins ont été arrêtés ».
Le lendemain, soixante-dix otages ont été fusillés au Mont-Valérien, neuf à Châteaubriant, trois à Fontevrault-l’Abbaye (Fontevraud, Maine-et-Loire) et treize à Caen dont Jean Morvan. Son nom figure sur le mur commémoratif rue du Capitaine-Guynemer à Caen.
Après la Libération, une plaque commémorative fut apposée à l’entrée de l’immeuble où il vécut : « Ici habitaient Morvan Jean, 1888-1941, et Di Fusco Albert, fusillés par les nazis le 15 décembre 1941 ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157333, notice MORVAN Jean, Marie, Julien, François par Daniel Grason, version mise en ligne le 17 mars 2014, dernière modification le 18 décembre 2018.

Par Daniel Grason

Jean Morvan
Jean Morvan
Communiqué par Jean Darracq

SOURCES : Arch. PPo., 77W 86, 77W 1708, BA 2057. – DAVCC, Caen, B VIII dossier 2 (Notes Thomas Pouty). – Le Matin, 25 septembre 1941. – Site Internet ONAC Caen. – Mémorial GenWeb. – État civil en ligne cote 5MiEC 1898.

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