CASTEU Second, François [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

Né le 27 janvier 1876 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 18 (ou le 21) mai 1935 à Paris ; typographe ; anarchiste et syndicaliste.

Second Casteu, orphelin de père, appartenait à une famille de trois enfants, et devint ouvrier typographe. Après dix-neuf jours de service militaire, puis déserta. Il s’exila en Suisse, où il résida à Lausanne. Le 17 octobre 1895, il épousa à Vevey une veuve, Louise, Henriette, Emilie Perrin, déjà mère de un ou deux enfants. Ensemble, ils en eurent trois entre 1896 et 1903.

A partir de 1905 au moins, il fut actif au syndicat des typographes affilié à la Fédération des unions ouvrières de la Suisse romande (FUOSR), d’orientation syndicaliste révolutionnaire. L’année suivante il était un des piliers de l’Imprimerie communiste qui publiait son organe, La Voix du Peuple,mais aussi L’Exploitée, le Gutenberg, organe de la fédération suisse des typographes, et d’autres titres.

En 1908, la famille Casteu habitait 1, rue de l’Hôtel-de-Ville, à Vevey.

En 1909, il parvint à regrouper les syndicats du bâtiment dans une fédération romande qui s’affilia aussi à la FUOSR. En septembre 1910, à l’occasion de la visite en Suisse du président français Armand Fallières, qui avait refusé la grâce de Liabeuf, Casteu le traita d’assassin dans La Voix du peuple. Arrêté, il fut mis au cachot vingt jours puis expulsé du pays, malgré quinze ans de résidence et une épouse suisse.

Après être passée par Thonon-les-Bains puis par Paris, la famille s’installa au 4, rue Halle-aux-Herbes, à Nice. Second joua un rôle actif à la bourse du travail qui, à ce moment, n’adhérait plus à la CGT depuis trois ans. Son ou ses fils envoyèrent, à l’époque, des dessins à la revue Les Petits Bonshommes (voir Léon Clément).

En septembre 1913, la famille Casteu habitait au 119, rue Didot, à Paris. En novembre de cette année, elle s’installa à la Ruche de Sébastien Faure, à Rambouillet. Louise Casteu mourut le 25 janvier 1914 à Neuilly, et Second resta à la Ruche avec ses enfants âgés de 11 à 16 ans. Il y rencontra bientôt Eugénie Trébuquet, qu’il devait épouser par la suite.

En août 1914, Second Casteu fut mobilisé à Beauvais dans la territoriale. Le 8 mars 1915, Second Casteu et Eugénie Trébuquet se marièrent à Antibes (Alpes-Maritimes).

Redevenu civil à la fin de 1918, il se fixa à Crillon (Oise) avec Eugénie.

En 1919, il était un des principaux rédacteurs de l’hebdomadaire de la Fédération anarchiste, Le Libertaire. En parallèle, après y avoir été opposé, il adhéra au Parti communiste de Raymond Péricat vers novembre ou décembre 1919.

Alors que les anarchistes soutenaient largement la Révolution russe, la solidarité avec le gouvernement bolchevik portait à controverse. Le 17 septembre 1920, le congrès révolutionnaire régional tenu à Amiens départagea les uns et les autres. A une courte majorité de 23 voix sur 40, Second Casteu et Georges Bastien firent voter la création de la Fédération communiste libertaire (FCL) du Nord, solidaire de la Révolution russe mais opposée au bolchevisme.

Casteu devint ensuite correspondant de l’hebdomadaire Germinal, dont il fit la propagande pendant plus de dix ans. Il administra l’édition de l’Oise durant toutes les années 1920, et assura la gérance du titre de 1927 à 1933.

Le 9 février 1921, il fut jugé par le tribunal correctionnel de Beauvais pour des propos révolutionnaires tenus en réunion publique le 12 mai 1920 ; il fut condamné par défaut à deux ans de prison ; le 13 avril, la peine fut confirmée, mais il obtint le sursis et se vit infliger 500 francs d’amende. Le 20 juillet, ce fut la saisie et ses meubles furent vendus.

Lors de la scission confédérale, en décembre 1921, Second Casteu opta pour la CGTU, où il se classa dans la tendance Besnard, et devint secrétaire de l’union départementale unitaire (UDU) de l’Oise.

Il représenta le groupe anarchiste de l’Oise au IIIe congrès de l’Union anarchiste à Levallois (Seine) les 2 et 4 décembre 1922.

Casteu était alors un des porte-paroles de la minorité « anarcho-syndicaliste » au sein de la CGTU. Délégué aux réunions du comité confédéral national de mars et de juillet 1923, il vota contre la majorité Monmousseau, et soutint contre ce dernier une polémique au sujet de la Russie (L’Humanité des 5 et 6 mars 1923).

En avril, le nom de Casteu fut cité durant l’instruction du procès de Germaine Berton*, et la police enquêta à son sujet, sans pouvoir établir de lien entre lui et l’assassinat de Marius Plateau.

Les 12 et 13 août 1923, il assista au IVe congrès de l’UA, tenu à Paris.

Les communistes s’emparèrent de l’UDU de l’Oise lors de son congrès du 30 octobre 1923. Le rapport moral présenté par Casteu fut battu par 11 voix contre 5, et il refusa de faire partie de la nouvelle commission exécutive.

Le 10 mai 1927, Second Casteu témoigna aux assises, en larmes, au procès d’un de ses fils, membre d’une bande de « cambrioleurs anarchistes » ayant dévalisé une bijouterie. Il était alors établi comme commerçant. Son fils fut condamné à cinq ans de réclusion et cinq ans d’interdiction de séjour.

En septembre 1927, Second Casteu fut poursuivi par l’évêque de Beauvais en raison d’articles anticléricaux publiés dans Germinal et condamné à verser 7 503,20 francs d’amende au total. Ne pouvant payer, il fut arrêté le 26 septembre et incarcéré à la prison d’Amiens. Il fit pendant dix-huit jours la grève de la faim pour obtenir le régime politique et fut libéré peu après. En 1931, il fit l’objet de nouvelles poursuites et fut libéré après dix jours de prison et sept de contrainte par corps.

Le 15 mai 1931, à Beauvais, Second et Eugénie Casteu divorcèrent.

Décédé le 18 (ou le 21) mai 1935 à l’hôpital Broussais à Paris, il fut incinéré au cimetière du Père-Lachaise le 23 mai.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157331, notice CASTEU Second, François [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, Guillaume Davranche, Marianne Enckell, version mise en ligne le 9 mars 2014, dernière modification le 22 mai 2014.

Par Jean Maitron, Guillaume Davranche, Marianne Enckell

SOURCES : Arch. Nat. F7/13091, F7/12959 et F7/13567 — Arch. PPo. dossiers 49 et 50 — AD des Alpes-Maritimes — Cercle vaudois de généalogie — La Voix du Peuple, Lausanne — Les Petits Bonshommes, 1912 — Le Libertaire des11 février 1921 ; 23 septembre, 7 et 21 octobre 1927 ; 14 mars 1931 ; 24 et 31 mai 1935 — L’Humanité des 5 et 6 mars, du 28 avril et du 31 octobre 1923 — Le Petit Parisien du 9 au 12 mai 1927 — Terre libre du 14 juin 1935 — Le Réveil anarchiste du 5 octobre 1935 — Informations communiquées par G. Mader — Pierre Berthet, « Les Libertaires français face à la révolution bolchevique en 1919, autour de Raymond Péricat et du parti communiste », mémoire de maîtrise, Paris-IV, 1993 — Renaud Quillet, La Gauche dans la Somme, Encrage, 2009

ICONOGRAPHIE : Le Libertaire, 7 juin 1935.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
fiches auteur-e-s
Version imprimable Signaler un complément