AUBIN Émile [Dictionnaire des anarchistes]

Par Guillaume Davranche

Né le 8 mars 1886 à Paris XIe arr. ; électricien puis cheminot ; anarchiste et syndicaliste puis républicain-socialiste.

Émile Aubin (1923)
Émile Aubin (1923)
Arch. PPo

En juin-juillet 1908, alors qu’il effectuait son service militaire comme matelot sur le cuirassé Vérité, Émile Aubin avait tenté de créer des incidents à l’occasion du voyage du président de la République dans les eaux scandinaves. Une perquisition révéla que, sous le pseudonyme de Marat, il était l’auteur de plusieurs chansons révolutionnaires. Il bénéficia d’un non-lieu, mais fut envoyé aux compagnies de discipline.

Revenu de Biribi, il fut secrétaire adjoint du syndicat des électriciens, où la police le considérait comme « le digne élève de Pataud », organisant les manifestations en l’absence d’Émile Pataud. Le syndicat des électriciens s’était rendu célèbre en plongeant Paris dans le noir à plusieurs reprises. Le 11 février 1910, il fut arrêté au cours de l’une d’elles au théâtre de la Renaissance, durant une grève des machinistes et accessoiristes.

En mai 1910, il cofonda le Groupe des Libérés des bagnes militaires qui compta une quarantaine d’adhérents et se réunissait chaque mardi au 206, rue Saint-Maur, à Paris 11e. Ses militants principaux en furent Émile Aubin (secrétaire), Arcole Vauloup* (trésorier), Gandon (secrétaire de la section de Paris-Rive gauche), Lefranc (trésorier de Paris-Rive gauche) et Pêne (secrétaire de la section du Sud-Est). Tous signèrent, dans La Guerre sociale du 21 septembre 1910, un appel aux conscrits à se défendre physiquement des officiers qui s’en prendraient à eux. L’appel était cosigné de Corbet, Vennet, Fernand, Titeux, Grandjean, Hanouet, Bechezle et Prêtre, « anciens disciplinaires ».

Démissionnaire en décembre 1910, Émile Aubin fut réélu en février 1911 au secrétariat du Groupe, qui publia l’affiche « Galonnés assassins ».

Il fut particulièrement actif durant l’affaire Aernoult-Rousset (voir Émile Rousset) et fit campagne pour l’abolition de Biribi.

Poursuivi pour un discours antimilitariste prononcé le 1er octobre 1910, il comparut devant la Cour d’assises de Melun qui le condamna à dix-huit mois de prison, 100 francs d’amende et aux frais du procès. Le jugement fut annulé en cassation.

Le 7 octobre 1911, il fut condamné à cinq mois de prison et 500 francs d’amende pour « injures à l’armée » par les assises de l’Yonne. Le 4 novembre 1911, il fut condamné une seconde fois par la même cour à six mois et 100 francs d’amende pour « diffamation et injures à l’armée ». Il y eut confusion des peines. Il était assisté de Me Berthon et la défense fit citer une victime de Biribi, Pierre Quillard de la Ligue des droits de l’homme, le député socialiste Veber, l’ancien communard Constant*, Eugène Péronnet* et René de Marmande, du Comité de défense sociale. Aubin sortit de prison le 16 juillet 1912, en même temps que Gustave Hervé. Ils fêtèrent ensemble leur libération.

Le 1er septembre 1912, Aubin fonda Le Cri du soldat, dont le gérant fut Arcole Vauloup. Les numéros 2 et 3 parurent les 25 septembre et 25 novembre 1912.

En mars 1913, lors d’une réunion de l’École de propagande de la FCA, il fut nommé, avec Jacques Long*, pour remplacer définitivement Édouard Boudot comme « professeur d’énergie et d’éloquence », tandis que Havane*, de la Jeunesse anarchiste était chargé de la formation des orateurs. Les cours avaient lieu au Foyer populaire de Belleville, 5 rue Henri Chevreau, à Paris 20e.

Suite à une altercation avec des conscrits en train de défiler le 20 mai 1913 à Boulogne, il fut condamné le 2 juin à deux mois de prison pour « coups, blessures et violences » par la 9e chambre du Tribunal correctionnel. Il vivait alors au 51, rue des Sept-Arpents à Pantin.

Émile Aubin présida, le 18 août 1913, la troisième journée du congrès anarchiste national tenu à Paris. En juillet de la même année, il avait remplacé Silvaire* comme secrétaire de rédaction du Libertaire, et il devait le rester jusqu’à la guerre. Il passait aussi à l’époque pour un des responsables de l’imprimerie communiste L’Espérance.

En novembre 1913, il fut le gérant du numéro unique de Liberiamo Masetti, un journal édité par les militants italiens à Paris pour la campagne en faveur de Masetti, soldat italien qui avait tiré sur un officier pour protester contre la guerre de Tripolitaine.

En 1915, il fut blessé au front alors qu’il était mobilisé comme caporal au 236e régiment d’infanterie. Pierre Martin s’en réjouit en apprenant la nouvelle, et exprima le souhait que tous les anarchistes ayant rejoint l’Union sacrée connaissent le même sort.

Le 21 octobre 1915, Aubin épousa Louise Point à Paris 18e ; il eut deux enfants avec elle et en divorça vers 1924.

En 1919, il fut élu conseiller municipal socialiste à Aubervilliers.

En 1920, devenu cheminot sur le réseau État-Rive droite, il fit la grève. Le 7 mai, il prit la parole dans un meeting de grévistes pour protester contre les révocations et estimer que les patrons seraient malgré tout obligés de reprendre le personnel révoqué. Le 1er juillet 1920, à Pantin, il prit la parole dans un meeting en faveur de l’amnistie des soldats mutinés pendant la guerre.

Après le congrès de Tours, il passa au Parti communiste. A l’époque, il était secrétaire de la section de Drancy de l’Association républicaine des anciens combattants (Arac).

En décembre 1924, Aubin adhéra au Parti socialiste français qui, en mai 1926, fusionna dans le Parti républicain-socialiste. Cela ne l’empêcha pas de prendre la parole le 30 juin 1926 dans un meeting du Comité de défense sociale organisé salle du Cinéma, place de la mairie de Drancy, en faveur de Sacco et Vanzetti.

En 1926, il était secrétaire adjoint à la mairie de Drancy et habitait 3, avenue Jean-Jaurès. Le 25 avril 1926, il épousa Yvonne Denis à Drancy.

Le 16 mai 1931, il fut rayé du carnet B.

Au début des années 1930, il poussa la municipalité socialiste de Drancy à appuyer la création d’une coopérative pour les chômeurs, organisée par Louis Dorlet*. Dorlet disait d’Aubin qu’il « régnait » à la mairie où, la guerre finie, il avait « trouvé sa planque, mais conservait un profond sentiment de solidarité dont profitait tout tenant de l’idée libertaire ».

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157320, notice AUBIN Émile [Dictionnaire des anarchistes] par Guillaume Davranche, version mise en ligne le 7 mars 2014, dernière modification le 6 avril 2018.

Par Guillaume Davranche

Émile Aubin (1923)
Émile Aubin (1923)
Arch. PPo

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 053 et F7/13 332 ― Arch PPo GA A10 ― L’Humanité, 18 juin 1910 ― La Guerre sociale du 21 septembre 1910 ― La Bataille syndicaliste, 5 mai et 5 novembre 1911 ― René Bianco, Cent ans de presse anarchiste, op. cit. — Guillaume Davranche, Trop jeunes pour mourir. Ouvriers et révolutionnaires face à la guerre (1909-1914), L’Insomniaque/Libertalia, 2014.

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