OLIVIÉRI Jean, Charles [Dictionnaire Algérie]

Par Madeleine Singer

Né le 21 octobre 1931 à Alger ; professeur certifié de lettres classiques au lycée Bugeaud d’Alger ; membre du « triumvirat » à la tête du Syndicat général de l’Éducation nationale (SGEN) dans l’académie d’Alger en 1959 ; puis secrétaire (SGEN) de cette académie d’octobre 1960 à 1962.

Jean Oliviéri était l’aîné des deux enfants de Charles Oliviéri, inspecteur des PTT à Alger, qui avait épousé Germaine Bazin, surveillante des PTT dans la même ville. D’abord élève de l’école primaire Dordor à Alger, Jean Oliviéri entra en Sixième en 1942 au lycée Bugeaud d’Alger, passa le baccalauréat en 1949, fréquenta alors pendant un an l’hypokhâgne du lycée et suivit les cours de la faculté des lettres d’Alger. Il obtint en 1952 la licence ès lettres classiques et le DES l’année suivante. Il fit son service militaire de novembre 1954 à décembre 1955. Admis au CAPES en 1956, il fut après une année de CPR nommé au lycée Bugeaud où il exerça jusqu’en 1963…

Jean Oliviéri avait adhéré au SGEN dès son arrivée en 1957 au lycée Bugeaud car il désirait appartenir à un syndicat confédéré et se reconnaissait dans une idéologie chrétienne, humaniste et laïque…. Dès son adhésion il travailla dans la section syndicale SGEN en « parfait accord », dit-il, « avec mon collègue et ami Jean-Pierre Weiss »*, qui en était le secrétaire. Or depuis 1956 les secrétaires académiques successifs du SGEN à Alger quittaient les uns après les autres leur fonction car ils n’approuvaient pas la politique algérienne du SGEN. Un texte voté le 25 juin 1956 par le bureau académique, associé aux élus SGEN des commissions administratives paritaires académiques (CAPA), protestait contre la motion du comité national (SGEN, Paris) du 10 juin qui demandait « l’élaboration entre la nation française et les peuples d’Outre-Mer de rapports nouveaux fondés sur la compréhension du processus mondial de décolonisation ainsi que des mouvements nationalistes qui se développent dans les territoires sous-développés »… En avril 1958 Jean Oliviéri participa au congrès national de Metz (Moselle)…

Une assemblée générale des adhérents SGEN eut lieu le samedi 10 octobre 1959 au local de la CFTC à Alger. Elle permit la constitution d’un bureau académique de dix personnes, bureau dont Jean Oliviéri, Jean-Jacques Weiss* et Madame Bouveret*, directrice du lycée franco-musulman de Kouba, commune suburbaine d’Alger, prirent la tête. Les membres de ce « triumvirat » vécurent alors une période difficile… Ils devaient en même temps réorganiser la section. Le 19 janvier 1960, Madame Bouveret* pouvait annoncer à Paris que les effectifs avaient été « bien reconstitués », avec « un noyau d’adhérents conscients qui suivent attentivement et la situation politique et l’évolution syndicaliste et les affaires algériennes »….

[Après les journées des Barricades de janvier 1960 et la réduction de la révolte coloniale et militaire française par le général De Gaulle], Le Monde du 25 février 1960 fit paraître en première page un article de Jean Oliviéri. Dans ce « Plaidoyer pour la famille Hernandez » (du nom de la pièce de théâtre), J. Oliviéri revenait sur « le drame de cette semaine tragique ». Jean Oliviéri disait dans son article qu’Hernandez rassemblait en lui toutes les qualités et les défauts de l’homo mediterraneus. Celui-ci rêve d’une France mythique parce qu’il ne connaît rien de la France réelle, mais le bruit des fusillades l’a réveillé. Il faut donc faire son éducation et « ramener un espoir raisonnable dans des cœurs désespérés », montrer à Hernandez qu’il pourra toujours se « retrouver en famille chez lui, dans une Algérie nouvelle où il devrait, Français, pouvoir demeurer. En famille aussi en France, avec son frère qu’il devra bien accepter différent et qui devra bien l’accepter aussi ». Lors de l’assemblée générale du SGEN à Alger, le 20 octobre 1960, Jean Oliviéri fut élu secrétaire académique.

Jean Oliviéri m’écrivit plus tard qu’il avait assumé sa fonction avec « l’appui fidèle et solide de Weiss et de Madame Bouveret »…. Ce ne fut pas une mince affaire car ils étaient ultra-minoritaires ... À partir de cette époque, ajoutait J. Oliviéri, « on hésitait à parler, à écrire même… ; on ne pouvait sur place que se taire et se terrer. Les activités syndicales étaient en sourdine. Les positions nationales suffisaient à nous mettre en danger déjà, sans que nous ayons à les renforcer par des déclarations locales. Aussi nos réunions étaient quasi confidentielles et nous nous contentions de « maintenir » le syndicat aux yeux des autorités académiques (démarches, commissions paritaires) et aux yeux des collègues. Mais nous ne pouvions prendre aucune initiative et la prudence était de règle, même dans la correspondance avec Paris »…

Le premier semestre 1962 fut une période dramatique. Un attentat de l’OAS visa le secrétaire SNES du lycée Bugeaud… À partir de là, il y avait manifestement danger pour Jean-Pierre Weiss* et pour Jean Oliviéri…. Les vacances de Pâques furent avancées en Algérie de quelques jours, vu la tension qui y régnait : le 17 mars, on annonça qu’elles débuteraient le lendemain. Le ménage Weiss réussit le 18 à prendre un bateau pour la France avec Jean Oliviéri accompagné de sa femme et de sa fille. [C’était le jour de l’annonce des Accords d’Evian]. À l’issue des vacances de Pâques, Jean Oliviéri ne rentra pas en Algérie, pas plus qu’un certain nombre de professeurs du lycée Bugeaud parmi ceux qui se sentaient les plus exposés.

Quand Jean Oliviéri revint en Algérie pour la rentrée du 1er octobre 1962, les syndicats français ne pouvaient plus exister dans un pays devenu indépendant. Une assemblée générale des adhérents SGEN eut lieu à Alger le dimanche 11 novembre 1962 ; elle avait pour objet de transformer la section académique en une association qui prit le nom d’Association générale de l’enseignement public, de la recherche et de la coopération technique (AGEP). Dépendant de l’OUCFA (office universitaire et culturel français pour l’Algérie) depuis l’indépendance du pays, Jean Oliviéri fut de 1963 à 1964 censeur par intérim au lycée Descartes d’Alger, puis professeur dans ce lycée jusqu’à sa nomination en 1973 au lycée Calmette de Nice (Alpes-Maritimes) où il prit sa retraite en 1991. Il avait épousé en 1956, Christiane Sudre qui fut après son mariage documentaliste de lycée et adhéra au SGEN. Ils eurent une fille, maître de conférences à la faculté des lettres de Nice.

[Extraits de la notice rédigée par Madeleine Singer.]

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157285, notice OLIVIÉRI Jean, Charles [Dictionnaire Algérie] par Madeleine Singer, version mise en ligne le 3 mars 2014, dernière modification le 3 mars 2014.

Par Madeleine Singer

SOURCES : M. Singer, Le SGEN 1937-1970, Thèse Lille III, 1984, 3 vol. (Arch. Dép. Nord, J1471, notamment les cartons 3 et 4 pour les lettres) ; Histoire du SGEN, Presses universitaires de Lille, 1987. ; Le SGEN. Des origines à nos jours, Paris, Le Cerf, 1993, collection Histoire. (Arch. Dép. Nord, J1578). — Syndicalisme universitaire (1958-1973). —Lettres de Madame Bouveret au bureau national, 23 novembre 1959, 19 janvier 1960. —Lettres de J. Oliviéri à M. Singer, 11 septembre 1979, 7 juin 1982, 19 juin 1995, octobre 1995, 25 novembre 1999, 21 janvier 2000, 29 janvier 2000 (archives privées).

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