Né le 9 janvier 1921 à Taza (Maroc), mort le 15 novembre 2005 à Laval (Mayenne) ; économiste, permanent de la CGT ; accède à la scène publique en mai 1968 par sa rupture spectaculaire avec la centrale ; par la suite, retourne à l’anonymat tout en militant à la CFDT et surtout au PSU.

André Barjonet vers 1960.
[Coll. privée Marc Huraux]
André Barjonet en 1941.
André Barjonet était fils d’un lieutenant-colonel, Pierre Barjonet et de Marie-Félicie née Daumes. Comme beaucoup d’officiers de l’époque, son père était fortement imprégné des idées de l’Action française. Sa sœur, Marcelle Barjonet*, professeure de philosophie, adhéra au Parti communiste en 1939.
La scolarité d’André Barjonet se passa à Vanves et à Paris. Il adhéra aux Jeunesses communistes en 1939 et entra en résistance le 17 juin 1940 en prenant la défense de Jankélévitch* et d’un certain Bayet. Ayant fréquenté les Facultés des lettres de Toulouse et de Montpellier, intéressé par la géographie et l’histoire et par les travaux de Marc Bloch dont il avait suivi les cours, il renonça à une carrière universitaire devant le caractère intemporel de l’enseignement. Il travailla à la Revue de la presse économique, juridique et sociale en 1944-1945 et fut associé à l’Encyclopédie de la Renaissance française impulsée par Roger Garaudy*. En 1946, il devint secrétaire du Centre d’études économiques de la CGT.
Dès lors, la vie d’André Barjonet fut consacrée à l’analyse économique et à la représentation de la centrale dans de multiples comités, notamment ceux des prix, des conventions collectives, de la productivité du Ve Plan, des comptes de la Nation. À partir de 1959, il fut membre du Conseil économique et social. Adhérent du Parti communiste français, il participa à sa Commission économique. Il publia en 1961 Qu’est-ce que la paupérisation, aux Éditions sociales, dont la troisième édition, revue et mise à jour, parut en 1966. Il collabora à France nouvelle ainsi qu’à Économie et politique. Il représenta également la CGT dans le conseil de l’Institut du travail de Strasbourg, créé par Marcel David*. Enfin, durant les mêmes années, il écrivit aussi dans Les Cahiers internationaux.
L’apparente orthodoxie d’André Barjonet ne l’empêcha pas d’être sensible aux travers de l’action communiste et attentif aux interrogations que formula Pierre Le Brun*, secrétaire de la CGT en charge du secteur économique de la centrale. Devant la stratégie suivie par Georges Séguy* au cours du mouvement social de mai 1968, André Barjonet se démit de ses responsabilités. Voici l’intégral de son courrier au secrétaire général :
« Paris, le 24 mai 1968
André Barjonet à Georges Séguy, secrétaire général de la CGT,
Camarade,
C’est avec regret et tristesse mais détermination que je t’informe de ma démission de toutes mes fonctions de collaborateur du Bureau confédéral
Cette démission est motivée par la façon dont le bureau confédéral et toi-même, plus personnellement, avez freiné le plus considérable mouvement populaire que la France ait jamais connu depuis des décennies, en l’orientant sur une voie exclusivement revendicative et en sauvant ainsi le pouvoir gaulliste aux abois.
Elle est, en second lieu, motivée par ton attitude à l’égard des étudiants.
André Barjonet
PS. Je vais informer Émile Roche de ma démission du Conseil économique et social »
Ce départ semble avoir été une complète surprise pour les militants syndicaux qui travaillaient avec lui et notamment Jean Magniadas* qui l’avait vu le jour même : c’est par la radio que ce dernier apprit ce départ quelques heures plus tard. André Barjonet prit la parole au meeting organisé notamment par le PSU et la CFDT au stade Charléty le 27 mai pour tenter d’amplifier le refus du constat de Grenelle ; le 4 juin, il acheva une brochure, La révolution trahie de 1968, où il expliquait ses désaccords avec le PCF, y compris sur l’approche thorézienne de la paupérisation, sa critique du subjectivisme léniniste et sa réprobation devant ce qu’il considérait comme une « braderie » du mouvement social. À partir de 1968, il fut remplacé par Jean Magniadas au Conseil économique et social.
Ayant constaté que les forces émergentes au cours des événements de Mai 1968 n’étaient pas parvenues à s’unir, André Barjonet adhéra au PSU et collabora à son, journal Tribune socialiste mais s’opposa au ralliement de Michel Rocard au Parti socialiste. Il fut exclu de la CGT et adhéra à la CFDT pour laquelle il rédigea en 1971 un Lexique des principaux termes marxistes. À partir de 1970, il enseigna l’économie au Centre d’études littéraires supérieures appliquées (CELSA) ainsi qu’à Paris IV. Ultérieurement des problèmes de santé le conduisirent à cesser ses activités professionnelles et militant. Il mourut à laval, il était alors domicilié à Vaiges (Mayenne).
Il eut trois fils : Pierre, Alain et Claude Barjonet, journaliste, et il éleva le fils de sa femme, né d’un premier mariage, Jean-Michel Quatrepoint qui devait également devenir journaliste et notamment durant un temps directeur de la rédaction de La Tribune de l’économie.

ŒUVRE : Plus value et salaires, Paris, Éditions sociales, 1950. — Qu’est-ce que l’économie politique, Paris, Éditions sociales, vers 1960. — Qu’est-ce que la paupérisation, Éditions sociales, 1961, réédité en 1965 et 1966. — La révolution trahie de 1968, Éditions John Didier, Collection Controverses, 1968. — La CGT, Éditions du Seuil, Collection Points, 1968. — Lexique des principaux termes marxistes, in Formation, n° 90, novembre-décembre 1970.

SOURCES : Archives de la CGT. — Témoignage de Jean Magniadas. — Michel Noblecourt, « André Barjonet », Le Monde, 26 novembre 2005.— Acte de décès à Laval.

René Mouriaux

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