KEDDAR Ahmed [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Né le 18 février 1914 à Duperré (Aïn-Defla), mort le 6 mars 1995 à Aïn Defla ; ayant adhéré au PCA en 1943, un des organisateurs par le PCA des groupes de paysans de la vallée du Chelif et du massif du Dahra ; en 1956 contribuant à la mise en place du maquis des Combattants de la libération dans l’Ouarsenis ; longuement interné dans les camps pendant la guerre d’indépendance.

Ahmed Keddar à gauche.
Clichés fournis par la famille.

Les parents Keddar vivaient sur des lopins communaux. Ils abandonnent la terre et s’établissent dans un gourbi à l’entrée de la ville de Duperré, gros bourg de la vallée du Chelif, ce qui valut au jeune garçon, Ahmed Keddar, d’aller à l’école primaire française de la ville, école mixte et comprenant d’assez nombreux enfants algériens. Il obtient le certificat d’études primaires en 1929. Comme son père, il travaille d’abord comme ouvrier agricole sur des fermes coloniales, puis il devient ouvrier à l’usine de traitement du crin végétal. Au début des années 1930, il trouve un emploi de bureau chez un notaire et finit par faire fonction de clerc.

Choqué par les manifestations de racisme en particulier lors des fêtes locales dans cette région très peuplée, il est sensible aux revendications sociales que portent l’ancien émigré Mohamed Marouf auréolé de la gloire de l’Étoile nord-africaine et du soutien de l’Émir Khaled et revenu militer dans la vallée du Chelif. Il suit les meetings du Front populaire et commence à participer à la défense des ouvriers agricoles et des paysans.

À la reprise des luttes politiques en 1943 après le débarquement allié de novembre 1942, il s’inscrit au PCA et commence le travail militant auprès des paysans du massif du Dahra, le versant Nord de la vallée du Chelif. À partir du cabinet du notaire, il se met à recevoir les plaintes des paysans en difficultés. Il tient un bureau du contentieux (lettres et actions en justice dans des affaires de terres) qu’il fera déclarer à son compte en 1955. Depuis plusieurs années, il est le principal organisateur des groupes paysans que met en place le PCA avec l’appui de la CGT, et prend la tête des luttes contre les caïds nommés par l’administration coloniale qui font régner l’arbitraire et la concussion sur toute la région avec la caution du Bachaga Boualem, dont la puissance domine le versant sud de la vallée qui est celui du massif de l’Ouarsenis. Il est aussi conseiller municipal de Duperré et un des grands soutiens de la longue grève des mineurs du Zaccar, ce qui lui vaut d’âtre momentanément arrêté en mai 1955.

Les communistes du Dahra de Ténès (où la figure de proue est celle du Dr Masseboeuf) à Orléansville (Chlef) sont très actifs et se préparent assez tôt à l’action armée en prévoyant des dépôts d’armes. En mai 1956, c’est à la ferme des Smail près de Duperré (Aïn Defla) que parviennent une part des armes et des munitions du chargement du camion détourné par l’aspirant Maillot. Ahmed Keddar veille à ces opérations. Le maquis des Combattants de la libération, voulu par les dirigeants du PCA pour peser dans les négociations de reconnaissance par le FLN, est établi dans l’Ouarsenis qu’Ahmed Keddar connaît moins ; il fait monter des armes. Son rôle est de se tenir en appui dans le Dahra.

Après l’attaque fatale qui met fin au maquis rouge, tuant notamment Henri Maillot et Maurice Laban et dispersant les quelques survivants, Ahmed Keddar fait monter les partisans communistes du Dahra aux maquis de l’ALN. Deux de ses fils sont tués au combat ; sa famille, proches parents, cousins et alliés, compte une soixantaine de membres victimes de guerre. Longuement interné dans les camps d’Aflou, Bossuet (Dhaya), Paul Cazelles (Aïn Oussera), Lodi (Draa Essamar), Magenta (El Hacaiba), A. Keddar est libéré le 31 mai 1961. Il revient à Aïn Defla après l’indépendance ; après avoir été employé à la Sécurité sociale, il s’activera dans les Services agricoles.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157211, notice KEDDAR Ahmed [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 27 février 2014, dernière modification le 21 novembre 2019.

Par René Gallissot

Ahmed Keddar à gauche.
Clichés fournis par la famille.

SOURCES : Arch. d’Outre-mer, Aix-en-Provence, 1K156. — Témoignage recueilli par A. Taleb-Bendiab. — Entretien d’Ahmed Keddar avec la doctorante Nacera Aggoun en 1992-1993 à Aïn-Defla. — S. Kastell, Le maquis rouge. L’aspirant Maillot et la guerre d’Algérie. 1956, L’Harmattan, Paris, 1997. — Notes de son petit-fils Keddar Mohamed Essedik.

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