MOINE André, Michel

Par Bertrand Gogendeau

Né le 30 janvier 1924 à Payré (Vienne), fusillé le 13 décembre 1943 à Angers (Maine-et-Loire) ; élève-instituteur ; communiste ; résistant FTPF ; membre du Front national.

Sa sœur retient de son frère qu’André Moine était un garçon intelligent, simple et très affectueux. Elle ajoute que ceux qui l’ont connu ont tout de suite été conquis par son sourire franc et généreux et sa grande bonté.
André Moine passa sa petite enfance à Seiches-sur-le-Loir (Maine-et-Loire) où son père, Henri, en tant qu’adjudant, était chef de la brigade de gendarmerie. Après son école primaire, il intégra le cours complémentaire de garçons de Baugé (Maine-et-Loire) où il obtint le brevet élémentaire en 1940. Son rêve était alors de rentrer à Saint-Cyr et devenir officier, mais du fait de la guerre et des conditions financières, il passa le concours d’entrée à l’École normale qu’il intégra le 1er octobre 1941. Une fois la guerre finie, il souhaitait rembourser ses études et réaliser son rêve. En attendant, il suivait ses études d’élève-instituteur au lycée David-d’Angers, à Angers, où il était major de sa promotion, baptisée « Cyrano ». Dans le même temps, il était interne à l’EPS Chevrollier à Angers.
André Moine était présent, ce jour d’octobre 1942, où l’ensemble de la promotion « Cyrano » se réunit dans une salle du lycée David d’Angers pendant une heure de permanence. Là, tous s’engagèrent dans la Résistance, dit « le groupe des Normaliens », dépendant du Front patriotique de la jeunesse (FPJ), filiale du Front national.
En décembre 1942, il adhéra aux Jeunesses communistes et s’engagea dans les FTPF ainsi qu’au Front national des étudiants angevins dirigé par Roger Mercier (mort en déportation). Il effectua de nombreuses distributions de journaux clandestins tels que France d’abord et L’École nouvelle, ainsi que des tracts contre l’occupant allemand. Il participa aussi à plusieurs sabotages sur des camions militaires allemands, entre décembre 1942 et janvier 1943, dont l’un à Angers, place de l’Académie.
Dans la nuit du 16 au 17 juin 1943, il participa, avec d’autres FTP au cambriolage de la mairie de Vern d’Anjou (Maine-et-Loire). Mais cette dernière opération clandestine tourna mal. Au retour, ils furent arrêtés par deux soldats allemands. André Moine et Roger Pelluau sortirent leur pistolet et blessèrent les deux sentinelles. André Moine reconnut, par la suite, être l’auteur des coups de feu au cours de son interrogatoire par la police. Dans leur fuite à travers champ, Pierre Porcher dut abandonner sa bicyclette. La police française qui menait l’enquête découvrit sur le porte-bagages une valise contenant ses effets personnels et une liste de Normaliens.
Dans la journée du 17 juin 1943, le commissaire Poupaert de la Section des affaires politiques (SAP), accompagné des inspecteurs Laurent, Thomas et Cartier, investit l’EPS Chevrollier mitraillette au poing. André Moine, Pierre Porcher, Robert Fontaine, René Tremblay, Paul Roger, Marcel Guilbault, Marcel Bodineau et Couprie furent arrêtés. Comme ses autres camarades, il fut interrogé au quartier général du SAP, rue Racine à Angers. Il fut ensuite incarcéré à la prison du Pré-Pigeon à Angers, dans le quartier français.
Le 21 juin, il fut remis aux autorités militaires allemandes et passa dans une cellule du quartier allemand. Là, il resta à l’isolement. Durant cette période, il n’eut le droit qu’à dix minutes de promenade par mois. Il fut tout de même mis, quelque temps, avec d’autres détenus. Mais suite à sa condamnation à mort, le 1er décembre 1943, il fut à nouveau placé en isolement, enchaîné aux pieds et lumière allumée en permanence. Ceci jusqu’au jour de son exécution. Dans un premier temps, son père put le voir au cours de brèves visites. Mais, un jour, celles-ci furent refusées. Il continua tout de même à porter un colis à son garçon. Les gardes prirent le paquet et en échange lui remirent son linge sale et les emballages vides. Un jour, sur le coin d’un mouchoir, les parents remarquèrent un mot tracé à la main : « pot ». Ils découvrirent alors un double fond fabriqué par André dans un pot de beurre : une longue lettre en caractères serrés s’y trouvait. Cette correspondance dura plusieurs semaines. Mais tout s’arrêta après le 1er décembre 1943, date à laquelle André Moine et ses compagnons, Alfred Clément*, Pierre Porcher, Julien Alix, Gabriel Alix, Adrien Tigeot et Marius Briant furent condamnés à mort par le tribunal militaire allemand de la Feldkommandantur 595 d’Angers. Il fut reconnu coupable d’« aide à l’ennemi et d’être un franc-tireur ». À partir de là, les colis furent refusés. Ses parents reçurent un billet de leur garçon dans lequel il annonçait sa condamnation à mort et concluait par ses mots : « moral assez bas, mais j’espère quand même ».
Le 15 décembre 1943, tous les espoirs s’écroulèrent. Ses parents reçurent un courrier écrit de la main d’André dans lequel il leur adressait un message d’adieu daté du 13 décembre 1943. Ils furent tous fusillés dans la clairière de Belle-Beille à Angers, sauf Marius Briant qui vit sa peine commuée en travaux forcés, c’est-à-dire la déportation en Allemagne.
André Moine fut ensuite enterré dans le cimetière de l’Est d’Angers, carré 15, rang 6, tombe 1. Exhumé le 19 décembre 1953, il fut inhumé dans ce même cimetière (no 8706, carré 2, rang 4 Est, tombe 4), dans une concession familiale acquise par son père.
Une rue, ainsi que l’école primaire du boulevard Clemenceau d’Angers portent son nom. Tous les troisièmes dimanches du mois d’octobre, une cérémonie a lieu devant le monument des fusillés de Belle-Beille au cours de laquelle son nom est cité.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article157123, notice MOINE André, Michel par Bertrand Gogendeau, version mise en ligne le 26 février 2014, dernière modification le 16 mars 2017.

Par Bertrand Gogendeau

SOURCES : DAVCC, Caen (Notes Thomas Pouty). – Arch. Dép. Maine-et-Loire, 181 J 50, 303 W 293. – Arch. mun., Angers, 4H103. – Acte de décès, Registre des inhumations du cimetière de l’Est à Angers. – Arch. privées : Roseline Leroux (sœur d’André Moine) et Florian Thoreau (cousin d’André Moine). – Association amicale des anciens élèves du lycée David d’Angers, Bulletin d’honneur de la guerre et de la Résistance 1939-1945, Angers, 1948 ; cérémonie commémorative du 23 octobre 1949. – Hommage aux morts et disparus de la Guerre et de la Résistance 1939-1945, Angers, 1949. – Lycée David d’Angers, En souvenir de nos martyrs 1940-1944, Angers, p. 17-18.

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