BAREL Max [Pseudonymes : ROUCHON, GAUTIER]

Par Michel Launay

Né le 4 juillet 1913 à Menton (Alpes-Maritimes), mort sous la torture le 11 juillet 1944 à Lyon (Rhône) ; entré à l’École polytechnique en 1933, où il créa la première cellule communiste ; engagé dans la Résistance en 1941, il fut à l’origine de l’Union des Cadres industriels de la France Combattante.

Max Barel polytechnicien
Max Barel polytechnicien

Max Barel est né du premier mariage de Virgile Barel avec Françoise Scrivano ; ses parents avaient un poste double d’instituteurs à Castellar, village au-dessus de Menton ; ils se séparèrent après la guerre : à partir de 1920, le père garda Max à Menton, tandis que la mère, nommée à Valdeblore, garda Guy, né en 1917.
Son père, mobilisé en 1914, trois fois blessé, décoré de la Croix de guerre avec citation et de la Légion d’honneur à titre militaire, a longtemps été une figure politique communiste de premier plan, tant dans les Alpes-Maritimes où il fut élu municipal et départemental que sur le plan national où il fut député et même en 1978 doyen de l’Assemblée Nationale.
Max Barel fit ses études secondaires au lycée de Menton et des voyages de vacances en Allemagne (1927 et 1928), puis, après des vacances en Angleterre en 1929, il suivit les cours de mathématiques élémentaires au lycée de Nice (Alpes-Maritimes). Il s’inscrivit aux Jeunesses communistes et à l’Union sportive ouvrière niçoise. Reçu au baccalauréat, il fut inscrit comme interne en mathématiques spéciales au lycée Saint-Louis, à Paris, en octobre 1931 ; aux vacances de 1932, il participa à un camp à Bar-sur-Loup et fit l’objet d’une note des Renseignements généraux des Alpes-Maritimes.
À Saint-Louis, Max Barel anima un groupe de l’Union fédérale des étudiants que fréquentait Albert Soboul ; il y lut et fit lire l’Humanité, Vendredi, Marianne, la Lumière, et les livres de la bibliothèque de Marcel Cachin, ami de son père. Il anima aussi des « cercles d’études de lycéens » dans des cafés de la rue Vaneau et de la rue Saint-Jacques, où il fit venir Paul Vaillant-Couturier et Francis Jourdain. Reçu à Polytechnique et aux Mines en 1933, il choisit la première et participa au Groupe polytechnique d’études collectivistes (GPEC) animé par Claude Beaurepaire, militant socialiste, et il y côtoya François Moch (frère de Jules Moch, Schmit et Jacques Hamelin.
Le 9 février 1934, Max Barel fit le mur pour rejoindre la manifestation antifasciste et fut arrêté, puis relâché. Il fit un stage en août 1934 comme conducteur de locomotive sur la ligne Paris-Nord. Il participa aux manifestations du Front populaire en 1935-1936 et était considéré comme « le communiste » de l’École polytechnique. Marcel Cachin parle des « onze adhérents de la cellule qu’il avait fondée en pleine École » et où Marcel Cachin, Paul Vaillant-Couturier, Jacques Solomon et Georges Cogniot venaient participer à des débats.
Le 13 août 1935, Max Barel épousa à Nice Yvette Seyfarth. Le couple s’installa à Fontainebleau (Seine-et-Marne), où Max entra pour deux ans à l’École d’application d’Artillerie ; il s’y imposa pour règle de ne jamais laisser transparaître ses opinions politiques. Pendant ses vacances à Nice, il aida les républicains espagnols. En septembre 1937, naquit sa fille, Annette. Il fut nommé sous-lieutenant au 6e Régiment d’artillerie basé à Villeurbanne, caserne de La Doua.. Le 25 juin 1939, il eut un second enfant, Jean. Pendant l’été 1939, il écrivit à la demande de Georges Cogniot un article, anonyme, sur les chars de combat, pour le no 2 de La Pensée, qu’il acheva sur une phrase d’Engels : « L’essentiel, ce sont de bons officiers et la confiance des hommes dans les officiers. »
Affecté comme sous-lieutenant au 55e RAD d’Orléans (Loiret), Max Barel fut troublé par le Pacte germano-soviétique (« Je n’y comprends rien... quelque chose m’échappe ») mais concluait : « Il est impossible que l’URSS transige avec le fascisme. Je ne puis croire que nous ne finissions pas par nous retrouver, elle et nous, dans le même camp. » Pendant une permission, le 27 avril 1940, il alla voir son père, emprisonné comme député communiste à la Santé. Son régiment était monté en ligne en Moselle dès septembre 1939. Suite à l’offensive allemande du 10 mai 1940, ce fut la débâcle. Le 14 juin, l’ordre de retraite fut donné à son unité. Pendant quatre jours, lui et ses hommes cherchèrent un passage. En route il rallia des éléments isolés (de 35 au départ, ils se comptèrent 87). Le 17 ils décidèrent de désarmer les canons. Les culasses, les artifices, et le matériel de génie furent enterrés, les chevaux mis en liberté. Max Barel donna l’ordre de se disperser en petits groupes. Le 17 juin, avec six soldats, il fut arrêté à un poste de garde, mais il réussit à convaincre l’officier de les relâcher. Le 18 juin, arrêtés près de Châtel-Gérard, ils furent conduits dans un camp de prisonniers dont ils s’évadèrent le 19. Le 22, à nouveau arrêté, seul, il réussit à persuader les Allemands qu’il n’était qu’un évacué de la ville de Troyes, vola le vélo d’un soldat allemand et arriva le 24 à Lyon où il se cacha jusqu’au départ de l’armée allemande. Le 10 juillet il fut réintégré, à l’état-major de l’artillerie 14, service des essences, où il retrouva le capitaine Schmit. Il fut décoré de la Croix de Guerre.
Mis en « congé d’armistice » à sa demande pour ne pas prêter serment à Pétain, Max Barel entra en septembre 1940 à l’Institut électrotechnique de Grenoble, dont il devait sortir premier en juillet 1941. Embauché comme ingénieur aux Ateliers et Constructions électriques de Delle, à Villeurbanne (Rhône) à partir de juillet 1941, il fut affecté au service de recherches et d’essais. Dès avant mai 1941, il était entré dans la Résistance, où il travaillait, sous la direction de Georges Marrane, à l’organisation de la Zone sud, en liaison avec Michel Pontremoli ; il fut à l’origine de l’Union des cadres industriels de la France combattante (UCIFC) ; il garda le contact avec le capitaine Schmit, revenu d’AOF, qui entra lui-même dans la Résistance, dans l’Oise, en 1943. Nommé en octobre 1943 chef de plateforme de contrôle et de réglage, puis en novembre 1943 adjoint à la direction des fabrications, il s’occupa de fabrication de matériel de sabotage et d’organisation des sabotages industriels (sabotage des machines, des alimentations électriques, des accès, fabrication de grenades et même de crève-pneus de son invention). Il avait grade de commandant FTP et était en relation régulière avec l’Armée Secrète.
À Pâques 1944, il échappa à une arrestation à son domicile grâce à la complicité de résidants des immeubles et entra en clandestinité. Le 6 juillet, il fut arrêté par la Gestapo en gare de Lyon-Perrache lors d’un contrôle d’identité et conduit dans les locaux de la Gestapo, place Bellecour. Selon un témoin, Marcel Moine, il « fut torturé de toutes les façons possibles [...] tenta de se suicider de différentes façons [...] il fut mis dans une baignoire et arrosé à l’eau bouillante. [...] Ceci a été fait par l’Obersturmführer Barbie. » Participèrent à ces interrogatoires deux miliciens, Max Payot et Marcel Moine, Il mourut dans les locaux de la Gestapo après cinq jours et quatre nuits d’interrogatoire. Son corps n’a jamais été retrouvé.
Une rue de Villeurbanne porte son nom.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15706, notice BAREL Max [Pseudonymes : ROUCHON, GAUTIER] par Michel Launay, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 12 novembre 2019.

Par Michel Launay

Max Barel polytechnicien
Max Barel polytechnicien
Max Barel, jeune
Max Barel étudiant
Max Barel en 1931
Max Barel à l’X.
Maison natale de Max Barel à Nice.

SOURCES : Janine Portal, Max Barel, Éd. de la Colombe blanche, Nice, s. d. (1951 ?), 44 p. – Charles-Marie Cardon, La courte vie, la longue mort de Max Barel, héros de France, Paris, Éd. Sociales, 1973 (préface de Georges Cogniot). – Notes manuscrites de Jean Maitron. — Informations communiquées par son fils Jean (août 2019).

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