BARDONNÈCHE (DE) Aristide [de BARDONNÈCHE Jean, Aristide]

Par Gilles Morin

Né le 8 février 1886 à Vallouise (Hautes-Alpes), mort le 8 septembre 1957 à Veynes (Hautes-Alpes) ; instituteur, puis éleveur ; militant et élu radical-socialiste puis socialiste ; conseiller général (1937-1957) et maire (1945-1957) de L’Argentière-en-Bessée, conseiller de la République puis sénateur des Hautes-Alpes (1948-1957).

[Sénat]

Aîné d’une famille de cultivateurs de sept enfants, titulaire du brevet élémentaire, Aristide de Bardonnèche fut instituteur à Pelvoux puis directeur d’école à L’Argentière-la-Bessée. En 1939, il prit sa retraite dans cette localité. Sa femme était également directrice d’école. Dans ses professions de foi électorales de 1948 et 1955, il se présentait comme « modeste fils d’une famille de paysans de France, Haut-Alpin de vieille souche ».

Combattant des deux guerres, chasseur alpin blessé à la Grande guerre, Aristide de Bardonnèche obtint le grade de Capitaine d’infanterie de réserve. Il aurait adhéré à la SFIO dès la fin de la Première Guerre mondiale selon lui, mais fut élu conseiller d’arrondissement du 14 octobre 1934 au 10 octobre 1937, puis conseiller général radical socialiste à cette date. Il soutint les campagnes électorales de Maurice de Rothschild, sénateur des Hautes-Alpes, et de Maurice Petsche, avec lequel il était lié. Il était par ailleurs membre de la Ligue des droits de l’homme et du citoyen. Mobilisé en 1939 comme capitaine d’infanterie à Briançon, il fut démobilisé en juin 1940.

Aristide de Bardonnèche rentré dans son village entreprit de pratiquer l’élevage de moutons et entra en résistance. A-t-il été membre de la Légion en 1941 ? Le Travailleur Alpin communiste l’accusait en juillet 1947 (17, 19 et 22) d’avoir envoyé une lettre assurant au responsable départemental de la Légion « son attachement à la cause de la révolution nationale ». Selon une note des RG datant de 1942 ou 1943, il aurait été membre de la Légion en 1941, avant d’en démissionner l’année suivante. Son loyalisme à l’égard du Chef de l’État français était qualifié de « douteux » et sa position à l’égard du gouvernement jugée « plutôt hostile ». Menacé d’arrestation, il rejoignit les Forces françaises libres en Algérie en 1943, en passant par l’Espagne. Il fut associé au cabinet d’André Le Troquer* à Alger, puis prit part à la Libération du territoire comme chef de bataillon.

Aristide de Bardonnèche fut élu maire SFIO de sa commune le 17 mai 1945. Il exerça comme maire jusqu’à son décès. Il fut en septembre 1945 réélu au conseil général, le 23 septembre 1945 au premier tour, par 1 329 voix contre le communiste Fernand Lagier-Bruno*, 669 voix), et réélu le 20 mars 1949. Longtemps considéré comme « l’enfant terrible du conseil général », il présida la commission départementale en 1945-1948, puis celle des travaux publics. Il s’efforça, avec quelques succès, de faire classer de nombreux chemins vicinaux en chemins départementaux, afin de soulager les caisses des petites communes. Il fut par la suite membre du comité consultatif pour la gestion du Fonds national pour le développement des adductions d’eau dans les communes rurales.

Les Renseignements généraux le décrivaient en 1948 comme « très populaire dans le département », ajoutant « il rassemble autour de lui la plupart des anticommunistes de toutes opinions ». L’année suivante une autre note le présentait comme « affable, bon vivant, de caractère gai », ajoutant « il rencontre de nombreuses sympathies et un intérêt peut-être un peu superficiel ».

De Bardonnèche reçut officiellement le général de Gaulle dans sa commune le 15 septembre 1948, ce qui lui valut la réputation d’être proche du RPF. Mais ce parti présenta un candidat contre lui aux élections cantonales de 1949. Élu conseiller de la République, le 7 novembre 1948, il s’appuyait sur les milieux ruraux : il était délégué cantonal de la CGA, et des Anciens combattants. Il s’inscrivit tout d’abord au Conseil de la République au « Groupe Républicain indépendant et paysan » de Petsche. Son adhésion au RPF fut annoncée par la presse, mais il l’a démentie lui-même immédiatement en adressant une lettre aux responsables fédéraux et nationaux de la SFIO. Il appartint à partir de janvier 1949 au groupe socialiste. Secrétaire de la commission de l’Intérieur, il était par ailleurs membre de la commission des pensions. Il fit adopter une adresse de félicitations au gouvernement Mendès-France en octobre 1954 par le conseil général. Pour la CED, il adressa le 5 janvier 1954 une lettre aux maires du département pour leur demander leur position, assurant qu’il se conformerait, si possible, à leur opinion sur cette « question très grave qui préoccupe ma conscience ». Selon le préfet, de Bardonnèche était « coutumier de ce genre d’intervention ». Il vota en faveur des accords de Paris en janvier 1955, ce qui lui valut l’accusation à la Une des Allobroges du 30 mars 1955 d’avoir « voté le réarmement des nazis » et, dans le corps du texte d’avoir « accepté de redonner des armes aux incendiaires de Villard-Saint-Pancrace, Saint-Chaffrey, Ristolas, Montclus, aux assassins de Paul Héraud, aux tortionnaires de la villa Mayoly ». Pour sa part, il écrivait cinq jours plus tôt dans Le Dauphiné Libéré du 25 mars 1955 en réponse aux campagnes communistes pour l’inciter à refuser les accords : « Lorsque au point de vue religieux on est profondément chrétien et en politique socialiste aux idées larges et généreuses, on ne peut être communiste, sans pour cela être anticommuniste ». Et il répondait ainsi : « Profondément chrétien et socialiste, je suis un partisan acharné du désarmement général, collectif et contrôlé ; seul le désarmement conduira les peuples à la Paix et à la Prospérité ! Qu’on le veuille ou qu’on ne le veuille pas, l’Allemagne sera réarmée ; ne vaut-il pas mieux qu’elle soit sérieusement contrôlée ». Il s’affirmait par ailleurs partisan de la construction d’une Europe unie.

Aux sénatoriales de 1955, de Bardonnèche, surnommé le « colonel » dans le groupe socialiste au Sénat, reçu l’investiture de la SFIO, mais se présenta sous l’étiquette « socialiste-paysan ». Il répondait aux critiques des socialistes qui trouvaient qu’il menait une action politique trop personnelle et trop éloignée du parti, qu’il avait besoin des voix modérées et paysannes pour être élu. Il se faisait élire par les paysans de ses montagnes natales et se montrait particulièrement tolérant en matière religieuse. Son brillant succès à sa réélection le 19 juin 1955 contre le radical Émile Didier, fut particulièrement remarqué. Après avoir rassemblé 133 voix au premier scrutin, contre 118 en 1948, il fut élu au deuxième tour avec le désistement des communistes qu’il récusa (avec 185 voix sur 321 inscrits et 319 exprimés). Il était secrétaire de la commission des pensions du Palais du Luxembourg en 1955. Son activité lors de la construction du barrage de Serre-Ponçon semble avoir été particulièrement appréciée.

Aristide de Bardonnèche démissionna de ses fonctions de maire le 31 octobre 1956, et décéda après plusieurs mois de maladie le 8 septembre 1957. Ses obsèques eurent lieu le 10 septembre, avec un service religieux.

Aristide de Bardonnèche était titulaire de la Croix de guerre avec Palme, commandeur de la Légion d’honneur à titre militaire et de la Résistance. Il était par ailleurs médaillé de la Résistance,

Marié avec Marguerite Pons, il était père de trois enfants.

Un autre de Bardonnèche fut élu conseiller général FGDS (centre gauche) de Saint-Bonnet en 1967 et fut battu au renouvellement de 1973.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article15700, notice BARDONNÈCHE (DE) Aristide [de BARDONNÈCHE Jean, Aristide] par Gilles Morin, version mise en ligne le 20 octobre 2008, dernière modification le 1er mars 2010.

Par Gilles Morin

[Sénat]

SOURCES : Arch. Nat., F7/15 493, n° 2818 ; F/1cII/143, 270, 272, 305. F/1cIV/151. — Arch. OURS, dossiers Hautes-Alpes. — Conseil de la République, Notices et portraits, septembre 1952. — État civil et lettre de monsieur Joël Giraud, adjoint au maire d’Argentière-la-Bessée, 20 mai 2003.

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