DOBRENN Marguerite [Dictionnaire Algérie]

Par René Gallissot

Née en 1912 à Oran ; proche d’Albert Camus*, collaborant en 1936-1937 au Théâtre du travail et à la Maison de la culture d’Alger, alors adhérente au PCA ; après –guerre, membre du cabinet de René Pleven aux côtés de son amie Jeanne Sicard*.

Ce sont les grands parents provençaux et alsaciens qui se sont installés en Oranie ; la famille a une bonne assisse de propriétés immobilières et foncières coloniales dont une ferme à Aïn el-Turk sur la côte ; le père est chirurgien dentiste. Au lycée de filles d’Oran, Marguerite Dobrenn fait la connaissance de Christiane Galindo et surtout commence une vive liaison avec Jeanne Sicard, qui vient de quitter le giron des institutions religieuses ; celle-ci appartient à la riche famille des « tabacs Bastos » qui domine la Chambre de commerce et s’affiche à l’extrême droite Action française. Mais ces jeunes bourgeoises en mal de culture, vont prendre, sans rompre, leurs distances avec leurs familles.

Rejoignant Jeanne Sicard à Alger, Marguerite Dobrenn vient préparer une licence d’histoire et un diplôme d’études supérieures d’histoire ancienne. Toutes deux sont rapidement en relation avec Albert Camus* et les jeunes étudiants et artistes qui suivent le mouvement du Front populaire et fondent le Théâtre du travail (1936) et la Maison de la culture d’Alger (1937) ; M. Dobrenn devient parallèlement la secrétaire du Cercle d’études sociales. La plupart de ses jeunes qui se pensent « algériens de culture méditerranéenne », adhérent au PCA. C’est le cas de Marguerite Dobrenn qui appartient à la cellule dite « des intellectuels » du Plateau-Saulière à Alger. Elle abandonne le Parti communiste lors de l’exclusion d’Albert Camus.

Avec Albert Camus par épisodes et par sa liaison avec cette autre oranaise qu’est Christiane Galindo, Jeanne Sicard et Margurite Dobrenn pour leur vie commune, s’installent à « la Maison Fichu », Chemin Sidi Brahim, au dessus du Telemly sur le haut de la colline Laperlier ; la terrasse a vue sur toute la baie d’Alger.

Albert Camus restera très proche des deux amies, appréciant en Marguerite, la petite à lunettes, « la petite fille calme et pleine de santé » ; en témoigne leur correspondance, pleine des confidences amoureuses du grand séducteur, de ses graves soucis de santé et de ses projets littéraires. Les deux amies accompagnent Camus en Italie ; Marguerite le fait accueillir par des membres de sa famille, pour ses séjours de cure en Auvergne. En Algérie dans les années de repli sous Vichy, les amis et amies se retrouvent à Oran et Aïn el-Turk.

Quand le gouvernement de la France libre en 1943 s’établit à Alger, les deux amies travaillent aux côtés de René Pleven dont Jeanne Sicard est chef de cabinet ; elles suivent le gouvernement à Paris en 1944. René Pleven, leader de l’UDSR avec François Mitterrand, sera plusieurs fois ministre. Poursuivant leur vie commune, toutes deux continuent à soutenir les entreprises littéraires (revue Caliban) et théâtrales d’Albert Camus. Marguerite Dobrenn fera ensuite carrière dans l’administration. Tout en se situant à gauche, les deux « oranaises » entretiennent Albert Camus dans son attachement à l’Algérie française, refusant l’indépendance de l’Algérie.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156978, notice DOBRENN Marguerite [Dictionnaire Algérie] par René Gallissot, version mise en ligne le 22 février 2014, dernière modification le 1er décembre 2016.

Par René Gallissot

SOURCE : H.-R. Lottman, Albert Camus, Le Seuil, Paris, 1978. — 0. Todd, Albert Camus, une vie, Gallimard, Paris, 1996.

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