PRUDHOMME Louis, Albert dit Valentin ou Albert d’Iris [Dictionnaire des anarchistes]

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

Né le 2 août 1868 à Reims (Marne), mort le 19 mai 1904 à Reims. Employé de banque, militant anarchiste à Reims (Marne), Nancy (Meurthe et Moselle) et Paris.

Louis Prudhomme dit Valentin, qui était sans doute le frère de Léon et avait été ajourné en 1888 pour "faiblesse", était au début des années 1890 l’un des militants du groupe anarchiste de Reims. La police le suspectait d’être l’auteur de diverses affiches circulant dans la région et notamment en novembre 1891 de l’appel Ouvriers des campagnes, travailleurs publié à l’occasion de la grève des verriers et d’un autre titré Aux conscrits pour lesquelles il fut poursuivi mais bénéficia d’un non lieu. Il figurait sur la liste des anarchistes de Reims établie en mars 1892 par le Préfet qui le qualifiait de "partisan de la propagande par le fait".
En juillet 1892 il était parti se fixer à Nancy chez le compagnon cordonnier Paul Serrure. Fin octobre 1892, il demeurait 27 rue des Jardiniers à Nancy.
En décembre 1892, trois ouvriers de la soudière de Varangeville (près de Nancy) dont Paul Reclus était l’un des ingénieurs, avaient été perquisitionnés puis licenciés  : Joseph Meunier, Calixte David et Louis Albert Prudhomme. Selon la police il s’agissait en fait de Désiré Pauwels, Elisée Bastard et Philomène Segard auquel dans ce cas, Prudhomme aurait donné ses papiers.
Début juin 1893, il demeurait 2 rue de Flandre à Paris. Il devint correspondant de La Révolte de Jean Grave, il se faisait adresser son courrier au siège de La Révolte.
Le 10 février 1898, il habitait 10 rue du Chalet à Paris.
En juillet 1898, sous le nom, selon la police, d’Albert Legris, il avait participé à une réunion anarchiste regroupant environ 80 participants au café Saint Maurice à Reims où il avait pris la défense de Dreyfus "le déclarant innocent" et avait appelé les compagnons à "faire un acte de propagande" en sa faveur. Il fut alors violemment interpelé par Delpierre et Lepretre, ce dernier ayant dit qu’il vaudrait mieux s’occuper des prisonniers anarchistes au bagne comme Monod et de laisser "les pourritures et les vaches d’officiers dans leur fumier au milieu des casernes en attendant le moment propice". A la même réunion le compagnon Prudhomme avait fait l’apologie d’Etievant, Ravachol, Emile Henry, Vaillant et Caserio.
Fin 1898 on lui aurait proposé d’intégrer la rédaction du Libertaire, mais il aurait refusé, étant en froid avec Sébastien Faure qui, selon un indicateur, avait séduit sa compagne. A cette même époque il animait parfois, avec notamment Paul Paillette et Buffalo, les soirées familiales de divers groupes.
On l’annonçait alors comme le poète montmartrois Albert d’Iris.
Le 18 décembre 1898, il fit une conférence au groupe l’International sur l’influence de la littérature révolutionnaire (chants, récits, poésies).
Il participait également aux réunions du groupe L’Harmonie au 69 rue Blanche. Il était également lié au groupe éditant le journal Le Cri de révolte pour lequel il aurait été l’un des organisateurs d’une soirée familiale tenue le 28 janvier 1899 à la Maison du peuple, rue Ramey et fit une causerie le 1er février au 281 rue Saint-Denis..
En 1899 il était, semble-t-il à Paris, où il habitait avec le chansonnier Georges Bernard, 105 rue des Amandiers et où il participait aux activités du groupe les Iconoclastes qui se réunissait au Café des artistes, rue Lepic, était dirigé par Janvion et réunissait un certain nombre d’opposants à Sébastien Faure et de déçus du dreyfusisme.
Dès février 1899 il avait préconisé que les compagnons cessent de s’occuper de Dreyfus pour revenir à la lutte contre le gouvernement et la bourgeoisie.
Relevant de maladie il rentrait à Reims le 4 mars 1899. Il résidait chez ses parents 27 rue de Cernay à Reims où dès avril il fut membre du nouveau groupe L’En-Dehors dont faisaient également partie Geoffroy, Lapinte, Marquette, Desfossez, Léveillé, Bourguer et Lecompte. C’est lui qui avait donné lecture des statuts lors de la première réunion du groupe. Selon un indicateur, il avait été, à son retour à Reims, critiqué par de nombreux compagnons pour "être resté en relation avec Le Cri de révolte et les ennemis de Sébastien Faure".
En avril 1899 il fit au groupe L’En Dehors plusieurs causeries sur l’économie politique et sociale (16 avril) ou sur l’amour libre et la prostitution (22 avril) et le 1er mai il prit la parole lors d’une réunion organisée par le groupe au café Saint Maurice de Reims.
Il serait revenu à Paris en septembre 1899. Fin 1899, il fut avec Bariol, l’organisateur d’un "Noël des gueux". Il demeurait alors 92 boulevard de la Chapelle et était membre du groupe Les Iconoclastes animé par Janvion et groupe pour lequel le 31 janvier 1900, il fit une causerie sur le thème ’ Le groupement révolutionnaire est-il utile ?"
Le 22 février 1900, il fit une conférence à la bibliothèque d’enseignement libertaire de Belleville contre l’individualisme (Stirner). Il demeurait alors 105 rue des Amandiers.
En juin 1900, il avait tenté d’organiser un conservatoire de chansons et de révolte, boulevard de Belleville auquel avaient adhéré Maurice Lucas, Ladignac, Lacour, Eugène Tournain, Emile Biais, Georges Bernard, Hippolyte Monot , Chaloz et Georges Bargas entre autres .
Le 30 avril 1901, il fit une conférence devant le groupe des Naturiens sur les poisons de la civilisation, le blanc de céruse.
Le 18 juillet 1901, son état de santé le conduisait à retourner de nouveau à Reims, 27 rue de Cernay.
Il aurait été candidat lors des élections législatives de 1902. A cette époque il collaborait à divers journaux sous le pseudonyme Albert d’Iris. Bien que considéré comme "peu dangereux actuellement", le préfet considérant que "son état cérébral" donnait lieu à son maintien sur la liste des anarchistes. Le 27 septembre 1903, il avait participé à la fondation du groupe Les Iconoclastes lors d’une réunion tenue au café Corominés à laquelle avaient participé 24 compagnons dont Grimbert, Dhooghe, Bourguer, Maillard, Lossing et Beauvilain.
Le 26 décembre 1903, le tribunal correctionnel de Reims le condamnait à 3 jours de prison et 25 francs d’amende, pour injures par cartes postales.
Tombé malade, Albert d’Iris, auteur de plusieurs complaintes et poésies, décédait le 19 mai 1904 à l’hôpital de Reims.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156821, notice PRUDHOMME Louis, Albert dit Valentin ou Albert d'Iris [Dictionnaire des anarchistes] par Rolf Dupuy, Dominique Petit, version mise en ligne le 23 février 2014, dernière modification le 3 novembre 2019.

Par Rolf Dupuy, Dominique Petit

SOURCES :
Arch.de la Marne 30M73, 30M74, 30M75, 30M81, 30M83, 30M108, 30M110 1 R 1141- Registres matricules 1888 — Arch. Nat. BB 186461, F7/12507 , F7/12723 — Arch. Préf. de pol BA 1497, BA 1498, BA 1508 — Les Temps nouveaux 17 décembre 1898, 17 février 1900 — L’Aurore 25 septembre 1898, 1er février, 16 et 22 avril,1er mai 1899, 31 janvier 1900, 30 avril 1901.

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