LAFON Robert, Charles, Joachim, dit LANOFF [Dictionnaire des anarchistes]

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

Né le 22 juin 1879 à Paris ; chansonnier ; anarchiste individualiste.

Ancien disciplinaire, Robert Lafon, anarchiste individualiste ami de Lorulot*, fut l’auteur et l’interprète sous le nom de Lanoff de nombreuses chansons anarchistes et antimilitaristes.

Le 11 mars 1905 il fut condamné par défaut à Paris à 50f d’amende pour « infraction à la police des chemins de fer ». Collaborateur du journal L’Anarchie (Paris-Robinson, avril 1905 au 30 juillet 1914) de Libertad* et membre du groupe Les libérés des bagnes militaires, il fit à partir de 1910 une tournée de conférences-spectacles contre ces bagnes dans tout le bassin ouvrier du nord. Le 20 novembre 1910 à Lille, lors d’une conférence sur Biribi, il déclara : « Les officiers et sous-officiers qui comandent les compagnies de discipline sont des alcooliques et des tarés… c’est la pourriture de la pourriture… » (cf. rapport du Commissaire spécial de Lille, 21 novembre). Il rééditait cette conférence accompagnée de chansons anarchistes le 24 à Roubaix, le 26 à Valenciennes, le 27 à Blanc-Misseron et le 3 décembre à Chauny où il fit « l’apologie de Ravachol, de Vaillant, d’Emile Henry, interprète une chanson dans laquelle il préconise la désertion aux soldats et le pillage des coffres-forts » (rapport commissaire de Chauny, 4 décembre). Il collaborait à la même époque à l’organe révolutionnaire Le Réveil Artésien (Arras, 60 numéros du 27 mars 1910 au 6 mai 1911).

En 1912 il collabora au journal Le Cri du soldat (Pantin, 3 numéros de septembre à novembre) sous-titré « bulletin non officiel des armées de terre et de mer », publié par Emile Aubin* et dont le but était « de semer dans les masses populaires la haine de l’armée ». En 1912-1913 il fut un collaborateur très régulier de L’anarchie où, tout en défendant l’amour libre, il exprimait des points de vue d’une extrême misogynie ; lors de la publication des souvenirs de Rirette Maîtrejean*, il alla jusqu’à la traiter dans les colonnes du journal de "gouine", de "savantasse", de "salope", de "goule", de "paillasse dont l’opinion change avec chaque mâle".

Au moment de l’affaire Bonnot*, il fut à plusieurs reprises arrêté et emprisonné pour avoir pris la défense du groupe. Arrêté, suite à des conférences les 21 et 25 avril 1912, sous l’inculpation « d’apologie de faits qualifiés crimes et d’excitation au crime », il fut condamné en juillet, par la cour d’assises de Douai, à quatre mois de prison et 50 f d’amende et emprisonné à Douai. Il fut une nouvelle fois arrêté en décembre 1912 suite à un article (17 octobre) en faveur des emprisonnes de la bande à Bonnot et fut alors remplacé à la rédaction de L’Anarchie par C. Delmyre. Le 8 avril 1913, la 9e chambre correctionnelle le condamnait à trois ans de prison et 1 000 f d’amende pour sa brochure De la rue Ordener aux Aubrais. Rejugé en appel en mai 1914 pour le même article, après 17 mois de prison, il vit la peine de trois ans confirmée.

A l’été 1914, il préparait avec Alexandre Flesky la publication d’un hebdomadaire anarchiste individualiste intitulé Le Rebelle qui, suite aux circonstances, ne vit pas le jour. Il habitait alors 15 rue Gérando (Paris 9è). Pendant la première guerre mondiale, Lafon, exempté de service militaire, fut maintenu dans cette position, qui était encore la sienne en mars 1916.

Rédacteur après guerre au Populaire et délégué du syndicat des artistes lyriques, Robert Lafon fit l’objet d’une plainte déposée par Georgius (de son vrai nom Georges Guibourg), président de l’Union indépendante des artistes de Music-Halls, le 23 mars 1920, pour entraves à la liberté du travail et diffamation.

Robert Lanoff a également collaboré à plusieurs séries du journal de Lorulot L’Idée Libre.

Pour citer cet article :
http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article156744, notice LAFON Robert, Charles, Joachim, dit LANOFF [Dictionnaire des anarchistes] par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy, version mise en ligne le 24 février 2014, dernière modification le 3 avril 2014.

Par Jean Maitron, notice complétée par Rolf Dupuy

ŒUVRE : De la rue Ordener aux Aubrais (édition de l’Anarchie, Paris, 1912, 8 p.). Parmi ses chansons : À bas Biribi. — Paroles d’un révolté. — Je suis un incroyant. — Pourquoi j’vote pas. — Les Prêtres. — Le Droit à l’avortement. — Lettre d’un détenu politique. — Les Renégats. — Conseils aux avachis – Guerre à l’alcool — Maternité, etc.

SOURCES : Arch. Nat. F7/13 053, F7/13 061, F7/13816, 1er février 1923 = maitron-en-ligne — L’Anarchie, année 1912 — R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. — Notes d’Anne Steiner.

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